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Déclin de l’Europe et montée en puissance de l’Asie : ce que la grande crise du XVe siècle nous aide à comprendre de celle de 2008

La grande crise du XVe siècle et celle de 2008 ont accéléré le basculement des rapports de force au niveau de l'économie mondiale. Suite à ces deux crises, l'Europe est entrée dans une phase de déclin tandis que la Chine est montée en puissance.

C'était pas mieux avant

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Déclin de l’Europe et montée en puissance de l’Asie : ce que la grande crise du XVe siècle nous aide à comprendre de celle de 2008

Atlantico : Dans son dernier ouvrage, The Silk Roads: A New History of the World, l'historien Peter Frankopan compare la crise qui a frappé le monde au XVe siècle à celle que nous avons connue en 2008. S'il existe évidemment des différences, quels points communs – tant structurels que conjoncturels – est-il possible de souligner ?

Dominique Barjot : Il n’y a pas à proprement parler de comparaison possible entre cette crise et celle d’aujourd’hui sauf si l’on admet que le monde puisse être menacé par une catastrophe écologique, qui serait de l'ampleur de celle entraînée par la peste noire. En réalité, il faut comparer des évolutions comparables : la crise à laquelle fait allusion Peter Frankopan est une crise ouvrant sur dépression de longue durée, ce que l’on appelle un cycle long. On peut défendre l’hypothèse que nous entrons dans une période de décroissance de longue durée, mais à vrai dire je n’y crois pas trop : la montée en puissance de l'Inde, de l'Indonésie et de l'Asie du Sud-Est peut peut-être relayer le ralentissement chinois.

En revanche ce qui est peut-être plus pertinent c’est de dire qu’à travers la crise de 2008, a eu lieu un phénomène de basculement accéléré des rapports de force au sein de l’économie mondiale. D’une certaine manière c’est peut-être ce que cet historien cherche à montrer : entre le XIe siècle et la première moitié du XVIe siècle, l’Europe avait pris une avance importante, dont les croisades sont d'une certaine façon l'expression. Le monde d’aujourd’hui se traduit par la consolidation de la position de l’Amérique du Nord et la montée en puissance des grandes économies d’Asie (la Chine, l’Inde, voire l'Indonésie) qui  entraînent dans leur sillage les autres nations d’Asie de l’Est et du Sud-Est. Nous vivons fondamentalement un déclin de l’Europe. En 1348, la grande peste noire a entrainé un effondrement de la population de l’Europe. On connait un affaiblissement marqué aujourd’hui mais au lieu que ce soit un effondrement brutal, c’est un affaiblissement de longue durée lié au déclin démographique. Par ailleurs, il provoque de grandes migrations en direction des pays européens, ce qui n’était pas le cas aux XIVe-XVe siècles, malgré l'arrivée des Turcs et des Mongols.

En revanche, il n’est pas possible de comparer ces deux types de crises si on raisonne sur le court terme c’est-à-dire en termes de cycles courts de 7 à 12 ans (business cycles).

A partir du XVe siècle, l'économie chinoise semble progressivement faiblir face à une économie européenne qui monte. Comment expliquer ce jeu de balance ? Quels sont les mécanismes et les problématiques à l'œuvre ; et jusqu'où peut-on donc penser que la crise de 2008 préfigurait des changements tout aussi majeurs dans notre économie ?

En réalité, tous les spécialistes sont d’accord sur le fait que le grand décrochage de l’économie chinoise par rapport aux économies occidentales (Europe et Amérique du Nord) s’est produit au XVIIIe siècle, c’est-à-dire au moment de la révolution industrielle. Mais ce décrochage puise ses racines dans un mouvement qui s’est amorcé au XVIe siècle avec les grandes découvertes, lorsque la civilisation européenne a commencé à se diffuser dans le monde entier, y compris dans les mers d’Asie de l’Est. Par ailleurs, au XVIe siècle, survient le choc de l’imprimerie. Le livre imprimé est une invention chinoise et coréenne, mais la diffusion du livre a été beaucoup plus lente dans le monde chinois et ses marges qu’elle ne l’a été en Occident. C’est la révolution du livre qui d’une certaine manière, en permettant la diffusion du savoir à un très grand nombre, a permis à l’Occident de prendre progressivement l’ascendant sur le monde chinois.

 
Commentaires

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  • Par Texas - 25/02/2016 - 12:08 - Signaler un abus La crise...

    ....des Subprimes de 2008 est une nouvelle fois associée à un recul du paradigme Ultra-Libéral . La crise de 2008 a puisé ses racines dans l' OBLIGATION faite aux banques de prêter à des ménages insolvables . L' Obligation , C' est de votre point de vue un des concepts du Libéralisme ? .

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Dominique Barjot

Dominique Barjot est Professeur d'histoire économique contemporaine et Directeur de l'École doctorale d'Histoire moderne et contemporaine de l'Université Paris-Sorbonne (Paris IV).

Ses travaux portent sur l'histoire des entreprises, l'américanisation économique et technologique et, de façon plus large, sur l'histoire de l'industrialisation du travail.

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