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Déclaration de politique générale : les écueils à éviter pour Jean-Marc Ayrault

Le Premier ministre prononce ce mardi sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée nationale. Les erreurs à éviter compte tenu de l'expérience passée de ses prédécesseurs.

Examen de passage

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Vous avez cité la « nouvelle société » de Chaban-Delmas. A l’époque, il avait suscité l’ire de Georges Pompidou, son discours convenant davantage à un chef d’Etat qu’à un chef de gouvernement. Est-il possible pour un Premier ministre d’exister face au président de la République ?

C’est toute la difficulté et l’ambiguïté des institutions de la 5e République.

Je passe sur le « Premier ministre collaborateur » de Nicolas Sarkozy : le résultat, c’est que la déclaration de François Fillon a été prononcée dans l’indifférence générale. Dans la mesure où était mis en avant dès l’origine le rapport de subordination du Premier ministre au président, il était évident que sa déclaration ne pouvait être que marginalisée.

Depuis le général De Gaulle, il est difficile de faire entendre une voix originale en tant que Premier ministre. Jacques Chaban-Delmas, qui avait soumis le texte au dernier moment à Georges Pompidou, l’avait profondément irrité car il présentait la philosophie d’un programme de réforme qui était celui d’un chef d’Etat.

A partir de ce précédent, les Premier ministres ont pu parfois être cantonnés à un rôle de relais de la pensée présidentielle. J'observe néanmoins que Michel Rocard en 1988 exprime dans sa déclaration une tonalité d’ouverture qui n’est pas celle du président Mitterrand. Et ce décalage est évidemment marqué dans les périodes de cohabitation. Edouard Balladur, dans sa déclaration de 1993, la plus longue de la Ve République, présente son projet pour la France, ce qu’il appelle « le nouvel exemple français», fondé sur des valeurs très différentes de celle du président socialiste.

Aujourd’hui, le Premier ministre étant très proche du chef de l’Etat, sa déclaration sera nécessairement dans le droit fil de ce qui a été annoncé par le candidat puis le président François Hollande.

Quelles sont les difficultés particulières auxquelles Jean-Marc Ayrault devra faire face ce mardi ?

Les défis sont les mêmes que ceux qui se posent à François Hollande. Il s’agit de trouver un équilibre entre le « changement » promis dans la campagne électorale  et un programme de rigueur, d’austérité budgétaire, et sûrement d’alourdissement fiscal, aux antipodes des envolées lyriques de 1981.

Cela pose la question du vote de confiance, puisque le gouvernement engage sa responsabilité sur cette déclaration. On sait que le groupe de la Gauche démocratique et républicaine, présidé par le communiste André Chassaigne, a décidé de s’abstenir.  On sait par ailleurs que Jean-Marc Ayrault ne demandera pas de vote de confiance au Sénat, où sa marge de manoeuvre est étroite.

J’ajouterais que le « style » Ayrault ne laisse pas présager de grandes envolées lyriques. C’est donc un exercice difficile pour lui. Par ailleurs, il va présenter un programme qui mécontente ses alliés périphériques, les communistes voire les Verts. Il y a là une double difficulté à la fois rhétorique et politique. C’est donc un discours périlleux qui l’attend.

Mais en même temps, il est certain de pouvoir compter sur une majorité lors du vote de confiance. Le risque est donc limité par la nature des rapports de force politiques et institutionnels.

Propos recueillis par Morgan Bourven

 
Commentaires

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  • Par Ravidelacreche - 03/07/2012 - 09:23 - Signaler un abus Il faut donc éviter la platitude, donner du relief

    Il a le physique de l'emploi ! :o)

  • Par François78 - 03/07/2012 - 11:59 - Signaler un abus Un écueil qu'il n'évitera pas

    sera celui d'accuser ses prédécesseurs (c'est pas moi, c'est eux). Comme notre moi président, qui a fait honte à la France lors de ses échanges avec Poutine, en conclusion de la visite de ce dernier à Paris. Mais je n'ai aucun doute, la presse citron (parce que "jaune") acclamera.

  • Par chateleine - 04/07/2012 - 13:40 - Signaler un abus discours long et ennuyeux, la

    discours long et ennuyeux, la rigueur c,est maintenant , pour moi la resistance c,est maintenant !!!!

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Jean Garrigues

Jean Garrigues est historien, spécialiste d'histoire politique.

Il est professeur d'histoire contemporaine à l' Université d'Orléans et à Sciences Po Paris.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages comme Histoire du Parlement de 1789 à nos jours (Armand Colin, 2007), La France de la Ve République 1958-2008  (Armand Colin, 2008) et Les hommes providentiels : histoire d’une fascination française (Seuil, 2012). Son dernier livre, Le monde selon Clemenceau est paru en 2014 aux éditions Tallandier. 

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