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Début de la fin de la guerre en Syrie : pourquoi les Etats Unis vont devoir prendre une lourde décision quant à leur présence sur place

Le risque de voir se développer un axe Turquie-Syrie-Irak-Iran sur lequel il n'aurait pas la main inquiète le Pentagone.

Rebelote ?

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Plus spécifiquement, quels seraient les risques découlant d'un départ des États Unis, qui aurait pour effet de permettre la création d'une ligne Damas-Bagdad-Téhéran unifiée ?

Les intentions des uns et des autres sont assez claires en dehors de celles de Washington.

-         Bachar el-Assad veut reconquérir l’ensemble du pays et s’accrocher au pouvoir.

-         Les Russes sont là pour rester car la Syrie représente désormais leur base avancée au Proche-Orient et en Méditerranée. Les bases de Tartous et Hmeimim sont louées à Damas pour 49 ans depuis janvier 2017.

-         Les Kurdes veulent leur indépendance ou, à défaut, une très large autonomie dans un pays de type « fédéral ».

-         Les Turcs sont décidés à empêcher par tous les moyens la constitution d’un Kurdistan unifié (le Rojava) le long de leur frontière donc ils sont présents pour longtemps dans la zone qu'ils ont conquis lors de l'opération "bouclier de l'Euphrate" en août 2016 à l’ouest de l’Euphrate jusqu’au corridor d’Azaz.

-         Al-Qaida « canal historique » souhaite contrôler, via la coalition Hayat Tahir al Cham (HTC) qui lui est affiliée secrètement, la province d’Idlib et harceler le régime dans tout l’ouest de la Syrie. Le HTC monte en puissance gagnant de nouvelles recrues qui proviennent d’autres formations rebelles en perdition dont le plus puissant était le Ahrar al-Cham (soutenu par Ankara).

-         Téhéran est là pour créer un passage sécurisé qui reliera l’Iran à la Méditerranée via l’Irak et la Syrie. Pour cela, il se sert de nombreuses milices dont le Hezbollah libanais. Pour les encadrer, la force Al-Qods, le « Service Action » des pasdarans, est présente en nombre en Syrie. Globalement, le "croissant chiite" reliant l'Iran au Liban via l'Irak et la Syrie est en train de se réaliser dans les faits.

-         Le Hezbollah souhaite acquérir des armes - en particulier des missiles de haute précision - en prévision d’un conflit futur avec Israël quand il se sera retiré de Syrie une fois la guerre terminée. Hassan Nasrallah, son leader, a d'ailleurs proclamé le 11 septembre l'avoir définitivement gagné.

-         Israël veut empêcher le transfert d’armes vers le Hezbollah et éviter l’influence de plus en plus prégnante de l’Iran en Syrie. L’Etat hébreu tient aussi à préserver le plateau du Golan en éloignant au maximum les Iraniens et le Hezbollah.

-         Les Américains veulent vaincre Daech sur le terrain puis après, personne ne sait vraiment quelles sont leurs intentions. Peut-être même pas le président Trump lui-même !

A l'inverse, alors que le départ des Britanniques a déjà pu être signalé, que les autres puissances régionales se sont également retirées, dans quelle mesure les États-Unis peuvent ils rester isolés sur la zone ? Que peuvent ils réellement espérer de leur présence sur place ?

 

Il est possible que les Américains restent en Syrie pour assurer la survie du Rojava car personne (Ankara, Damas) n’osera l’attaquer s’ils sont là, même en nombre réduit (on parle de mille hommes des forces spéciales) mais alors, ils y seront pour longtemps comme en Corée du Sud depuis 1953 !

 
Commentaires

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  • Par padam - 13/09/2017 - 10:31 - Signaler un abus @ monsieur Rodier

    Si d'aventure, en réalité bien improbable, la "communauté internationale" décidait de juger tous les individus, groupes, mouvements et armées divers qui se sont livrés à des exactions criminelles plus ou moins massives au Moyen-Orient depuis bientôt 30 ans, il faudrait alors déplacer le TPI de La Haye au stade du Premier-Mai de Pyonpyang afin de pouvoir accueillir la totalité des accusés. Ce qui, il est vrai, serait quelque peu délicat...

  • Par Marie-E - 14/09/2017 - 12:46 - Signaler un abus un reportage intéressant

    d'un correspondant kurde de La Mena : Shalom de Deïr ez Zor (011409/17) [Analyse] Par Perwer Emmal à Deïr ez Zor © Metula News Agency. Peut être que la partie n'est pas gagnée par les Iraniens, ni les Turcs .... et peut être que les Russes et les Américains ont plus réfléchi qu'on le pense.

  • Par ajm - 14/09/2017 - 15:30 - Signaler un abus Bourbier syrien.

    Pourquoi faudrait-il que Trump enlise les USA dans ce bourbier syrien où ils n'ont aucun intérêt significatif, contrairement aux Russes qui y ont leur seule base navale en Méditerranée ? La guerre entre arabes c'est un peu comme les guerres entre bandes rivales du milieu. La police n'intervient que si il y a un débordement en dehors du monde des gangsters ou pour compter les morts et arrêter les survivants à la fin.

  • Par philippe de commynes - 15/09/2017 - 12:37 - Signaler un abus Kurdistan

    Les kurdes irakiens sont supposés tenir un referendum sur leur indépendance le 25 septembre, néanmoins une déclaration en bonne et due forme semble improbable sans le soutien américain, ne serait ce que pour les kurdes irakiens ne se retrouvent pas seuls contre les turcs, mais si ce devait être le cas les cartes du puzzle régional seraient encore une énième fois rebattue : nécessité d'une union rojava-kurdistan irakien (ces derniers ne pouvant plus compter faire transiter leurs hydrocarbures via la turquie), rapprochement usa-russes pour que ces derniers fassent accepter a assad la perte du nord (en échange de la fin définitive du soutien occidental aux djihadites modérés ?) , une turquie qui après avoir été brouillée avec la russie, puis les usa, le serait avec les deux à la fois , d'ici qu'en Israël on juge qu'une telle combinaison serait encore la plus avantageuse et que trump se laisse convaincre... à suivre

  • Par Anguerrand - 15/09/2017 - 16:10 - Signaler un abus Mais que l'on laisse ce salaud de Bachar à la tête de son pays

    Il faut des dictateurs comme lui pour tenir leur pays et que l'on est enfin tranquille de ce côté. Chaque fois que l'on a voulu imposer un president élu, ça n'a toujours qu'abouti à la reprise du pays par les djihadistes, et il faut tout recommencer alors laissons les se dem....der

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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