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Davos, Macron & Trump : le match des discours sur la mondialisation (et surtout celui de l’adéquation entre les paroles et les actes)

Emmanuel Macron et Donald Trump ont prononcé les deux discours les plus suivis lors du forum économique mondial de Davos, avec des perceptions différentes de la globalisation : mondialisation heureuse pour le président français et volonté protectionniste pour son homologue américain.

Faits et gestes

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Davos, Macron & Trump : le match des discours sur la mondialisation (et surtout celui de l’adéquation entre les paroles et les actes)

Atlantico : Emmanuel Macron et Donald Trump ont prononcé les deux discours les plus suivis lors de cette semaine de forum économique mondial de Davos. Chacun proposant sa propre perception, et sa propre approche de la mondialisation. Dans quelle mesure, dans le discours du moins, les deux hommes sont ceux qui prennent le mieux en compte les vices de la mondialisation ? 

Edouard Husson : Emmanuel Macron et Donald Trump n’auraient pas pu prononcer des discours plus différents. D’un côté, le président français a livré un exposé assez « intellectuel », sur les réformes menées pour adapter le pays à la mondialisation et sur une évolution des modalités de la mondialisation. De l’autre, le président américain a voulu faire passer un message très simple: le succès de la mondialisation repose sur l’attractivité des nations; et il affirme que les Etats-Unis sont redevenus la nation la plus attractive au monde.

On sent bien aux discours introductifs de Klaus Schwab que les organisateurs du Forum veulent mettre en avant le président français alors qu’ils doivent vivre avec la présence du président américain. Mais on peut se demander au bout du compte si le discours de l’entrepreneur Trump n’a pas été plus effricace que celui du haut fonctionnaire Macron. Le président français, fidèle à lui-même, argumente sur le mode balancé du « en même temps »: la France est en train de s’adapter à la mondialisation; en même temps tout n’est pas bon dans la mondialisation ; tandis que le président américain a un message beaucoup plus simple: tout ce qui ne va pas dans le monde vient de ce que les nations souveraines ne sont plus le fondement de l’ordre international; il faut retrouver les grands équilibres entre les nations. 

Alors qu'Emmanuel Macron est perçu comme le représentant d'une mondialisation heureuse et du multilatéralisme, Donald Trump s'approprie l'image du trouble fête, du protectionnisme et du bilatéralisme. Cependant, en se débarrassant des discours et des a priori, les politiques menées sont-elles si différentes ?

Oui, les politiques menées sont extrêmement différentes. Il faut y insister. D’abord parce que les Etats-Unis sont une nation souveraine; tandis que la France, membre de l’Union Européenne, n’est plus maîtresse de ses décisions dans un certain nombre de secteurs, à commencer par la monnaie. Ensuite, comparées à la réforme fiscale de Trump, les réformes économiques de Macron apparaissent souvent bien timides. Il est peu probable que le rôle de l’Etat dans l’économie française aura beaucoup diminué à la fin du quinquennat de Macron. Alors que Trump, comme Reagan, préside à une nouvelle « révolution conservatrice », fondée sur la dérégulation, la lutte contre la bureaucratie, l’appel aux capitaux étrangers etc.... Il est une différence fondamentale entre Trump et Reagan, elle concerne le commerce: Reagan n’avait jamais mis en cause le libre-échangisme de ses successurs, au contraire. Alors que Trump , vous avez raison de le souligner, entend substituer le bilatéralisme au multilatéralisme en termes de traités commerciaux. Trump est d’abord un entrepreneur; il se propose de faire venir ou revenir les entreprises aux Etats-Unis; ensuite, l’Etat ne s’en mêlera plus, ce sera à la communauté des affaires de réussir. Alors qu’Emmanuel Macron est un brillant produit de l’Ecole Nationale d’Administration qui, au fond, juge l’Etat indispensable pour faire aboutir la politique économique. Les deux hommes se prennent en permanence à contrepied: comme Reagan, Trump entend relancer l’effort de défense. Alors qu’Emmanuel Macron, pris dans les contraintes du pacte de stabilité, peinera à maintenir l’appareil militaire français en bon état. 

Quels sont les risques, pour l'un et pour l'autre de faire diverger trop largement leurs discours et leurs actes, notamment auprès des populations qui sont elles mêmes "victimes" de la mondialisation ? 

Les risques diffèrent pour les deux présidents. Donald Trump a peu de temps pour réussir: il n’est pas sûr de garder sa majorité au Congrès aux élections de l’automne prochain. La question de la réélection à la Maison Blanche se posera dès la fin 2019, soit dans dix-huit mois. Le risque que court Emmanuel Macron est différent: il aura beau déployer une énergie phénoménale pour mettre en oeuvre ses réformes, il est à la merci d’une hausse de l’euro, qui anéantirait tout l’effet des politiques mises en oeuvre. Les choses sont en apparence plus simples pour Donald Trump. La croissance américaine va-t-elle repartir sous l’effet de la réforme fiscale en particulier? Quel sera l’impact des nouveaux accords commerciaux bilatéraux? Les électeurs de Trump reconnaîtront-ils en 2020 l’homme de la camapgne de 2016? Notons enfin que les deux hommes font des choix très différents: Macron assimile largement la défense de la nation à la peur de la mondialisation; alors que Trump - comme Theresa May - fait de la défense de la nation un préalable à la réussite dans la mondialisation. En fait, Trump a un obstacle principal à surmonter, la perte de confiance dans le dollar. La Chine, la Russie, l’Iran essaient de sortir du système de l’étalon-dollar. C’est d’ailleurs la raison principale du retour de la politique étrangère hostile à l’Iran et favorable à l’Arabie saoudite: s’appuyer sur un pays qui soutient le dollar et mettre sous pression un pays qui voudrait voir émerger un autre système monétaire. Le discours de Trump à Davos comportait un message principal: venez investir aux Etats-Unis! Il s’agit de rendre sa robustesse au dollar. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 27/01/2018 - 10:47 - Signaler un abus En résumé

    En 2017, les français ont disposé de l'opportunité de pouvoir choisir. Marine Le Pen s'apprêtaient à mener une politique similaire à celle de Donald Trump. La moitié d'entre vous a voté Macron, un quart s'est abstenu. Et désormais les ''papys-Atlantico'' passent leur temps à discutailler au sujet de ce petit crétin de Wauquiez...

  • Par gerard JOURDAIN - 27/01/2018 - 12:45 - Signaler un abus le problème, ce sont les Français qui votent..;pas Macron

    pour une fois je serais un peu d'accord avec Ganesha. l'assistanat, l'ouverture à tous vents du commerce, des hommes et femmes qui pensent mieux vivre en France, et viennent vivre leurs misères, et déraciner les cultures trop rapidement, amène à cette situation. Et enfin, ce pays n'est pas réformable démocratiquement....trop de passe droit.

  • Par vangog - 27/01/2018 - 15:04 - Signaler un abus Donald/Macron, deux modèles économiques s'opposent!

    le vieux modèle ultra-libéral, ultra-socialiste issu de Mai 68, fait d'ouverture totale des frontières, de laxisme judiciaire et éducatif, d'immigrationnisme sans mesure et de propagande mondialiste indigne est en fin de vie! Donald fait émerger un nouveau modèle équilibré, fondé sur l'identité créatrice des Nations, le respect de leurs cultures et de leurs différences.Ce n'est pas un hasard si Donald a appelé les investisseurs et, surtout, les créateurs de richesse à venir s'installer aux USA...Car, pour eux, pour ces jeunes qui veulent vivre de leur création, sans être asphyxiés par la re-distribution sauvage de leur plus-value, sont devenus répulsifs les vieux modèles socialauds-macronistes, qui font croire à une chute du mur de la honte socialiste sans changer les technocrates, sans changer les vieilles méthodes ni la vieille propagande d'état PS...ce modèle est mort et enterré, et c'est tant mieux! il y a urgence pour la France à suivre le modèle moderne et avant-gardiste de Donald, si elle ne veut pas périr...encore un peu plus!

  • Par moneo - 27/01/2018 - 16:21 - Signaler un abus Donald 1 Mickey 0

    En direct Trump a été percutant même si parfois redondant ;les journalistes n'ont pu l'empêcher de parler alors la seule chose qu'ils ont retenu c'est que ce type était infréquentable vu qu'il ne voulait pas répondre à leurs questions et silence radio total sur les stats économique du pays dont nous voudrions bien avoir les mêmes. c'est d'ailleurs un sujet d'inquiétude car souhaiter plus d'activités économiques dans un pays en pleine activité risque d'avoir 2 conséquences 1/manque de main d'oeuvre qualifié( d'ou la volonté de n'accepter que des migrants qualifiés (bac +6 oui bac -6 non) 2/ déclaration d'une inflation dynamique entrainant une hausse des taux d'intérêts insupportable pour des américains si endettés l'équilibre entre le développement sans hausse drastique des taux d'interêts voila le vrai challenge Pour le reste sa réélection va dépendre de sa capacité à rendre coup pour coup aux médias totalement à la botte des démocrates cherchant désespérément un nouveau candidat sans casseroles .Qui va gagner dans la lutte intra CIA les partisans de Trump ou de Clinton? chez nous on n en parle pas mais ça chauffe aux USA

  • Par adroitetoutemaintenant - 27/01/2018 - 16:39 - Signaler un abus Comme d'habitude Husson = Macron = 0

    Husson ne parle probablement pas anglais couramment. Car le mot clé de Trump a été RECIPROCAL ! Le principe de réciprocité dans les échanges entre pays. Vous taxez nos produits, maintenant on va taxer les vôtres. Finie l’autorisation de nous voler ! J’ai suivi la campagne pré-présidentielle de Trump et quasiment tous ses discours depuis et il était évident qu’il parlait de cela mais sans utiliser le mot. Car ce mot est moins bien connu en anglais où il existe 2 mots différents : reciprocity et reciprocal selon que l’on parle d’individus ou d’états. Dans le langage simple utilisé sciemment par Trump il s’adressait à l’ensemble du peuple au lieu de s’adresser aux pseudo-élites. Alors à Davos où les gens présents à son meeting ont un QI un peu plus élevé que la moyenne il a utilisé ce mot. Et ce mot ne signifie aucunement protectionnisme !!!

  • Par vangog - 27/01/2018 - 22:01 - Signaler un abus Réciprocité! Depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC, en 2001

    il n’y a eu quasiment aucune réciprocité entre Chine socialiste et Occident soumis, pro-socialiste...cette soumission a permis l’essor de toute l’Asie du sud-est et la désindustrialisation des économies occidentales: tant mieux pour elle, tant pis pour nous! Si Donald n’était pas arrivé pour mettre un terme à cette collaboration morbide, et si la bécasse Clinton avait été élue, le chômage exploserait dans les économies occidentales à la dérive (comme en France macroniste) et ça serait pas beau à voir...

  • Par Liberte5 - 27/01/2018 - 23:14 - Signaler un abus Le temps joue contre les deux.

    Pour D. Trump les mesures prises en un an vont porter leurs fruits dans l'année qui vient, mais comme le souligne @moneo la main d’œuvre va manquer dans une économie en pleine expansion, l'inflation peut aussi aller plus vite que prévu, obligeant la BCE a remonter ses taux d'intérêt plus vite que prévu. Cependant les américains devraient avoir une vision optimiste de leur avenir et retrouver une belle confiance. Pour E. Macron, grand maître de la communication, les choses , après un parcours sans faute, les choses vont se gâter. Les Français vont comprendre qu'il y a supercherie et que le quinquennat de Hollande continue sous autre forme.Le socialisme continue plus moderne,plus brillant, mais aussi nocif.

  • Par melanie ghislain - 28/01/2018 - 10:29 - Signaler un abus Le President Trump est un

    Le President Trump est un vrai pro business, moins d'état et moins de reglementation, les effets sont la depuis qu'il accede a la plus haute fonction, c'est un president formidable qui adore son pays, et america First son slogan, est une vraie qualite chez ce President, tout comme Reagan, il va changer l'amerique comme jamais, par rapport au discours de Macron qui est un discours de fonctionnaire, toujours plus de taxes, de reglementations. du socialisme pur jus, si ;le President francais aimait autant son pays que le President US, la France se porterait mieux, les autres avancent et la France continue avec ses reglementations ses taxes et son injustice , tres belle phrase du president Pompidou arretez d'emmerder les francais, Macron ferait bien de se souvenir de cette belle phrase

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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