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Cyberguerre, les promesses déçues : les armes employées contre l'Iran ou la Corée du Nord ne fonctionnent pas contre l'Etat islamique

Les services américains comme la NSA ne peuvent reconnaître que leur impuissance à lutter contre le groupe Etat islamique par les moyens qu'ils utilisaient par le passé comme le virus "Stuxnet". L'heure est venue de repenser l'approche de la lutte contre le terrorisme sur internet.

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Publié le - Mis à jour le 16 Juin 2017
Cyberguerre, les promesses déçues : les armes employées contre l'Iran ou la Corée du Nord ne fonctionnent pas contre l'Etat islamique

Atlantico : Comment expliquer l'inefficacité des « cyber-armes » de la NSA (Stuxnet, cyberattaque en Corée du Nord…) dans la lutte contre l'Etat islamique sur internet ? Est-ce juste la nature décentralisée de l'organisation Etat islamique qui pose problème ou est-ce que les agresseurs se sont "professionnalisés" au fil des années selon vous ?

Franck DeCloquement : Le New York Times dans son édition du 12 juin dernier, sous les plumes conjointes de David E. Sanger et Eric Schmitt, nous expliquent en substance que les responsables américains on subit des déceptions constantes depuis qu’ils utilisent la puissance de leur arsenal « cyber-offensif », sur cette cible particulièrement insaisissable et agile que sont les agents de l'État islamique. Ce dispositif de contre-ingérence numérique en quelque sorte, déployé dans le champ du digital mis en œuvre pour les entraver ayant tôt fait de montrer ses limites, face à « un ennemi qui exploite l'Internet en grande partie pour recruter, diffuser de la propagande noire et utiliser des communications cryptées, qui peuvent être rapidement reconstituées par eux, après que les « équipes de mission » américaines aient gelé leurs ordinateurs, ou manipulé leurs données ».

Compte tenu de leur constante adaptation aux évolutions de leur écosystème digital, il est certain que « l’agilité » des cyber-djihadistes – « digital native » si l’on peut dire – se revendiquant ou agissant pour le compte de l’Etat islamique, et qui utilisent les ressources technologiques et sémantiques qu’offre le web pour parvenir à leurs fins, disposent toujours d’un « coup d’avance » sur leurs poursuivants étatiques. Certains étant même devenus, chemin faisant, des experts dans les usages du web à des fins d’actions offensives. Prime est toujours à l’attaquant dans ce contexte, sauf si celui-ci est d’emblée manipulé pour se précipiter de lui-même dans un guet-apens tendu à l’avance par la partie adverse. En l’occurrence ici, les autorités. Dans ce cas, nous avons affaire à des processus de « contre-manipulation » ou « d’intoxication amont », pour déjouer la logique d’action de l’ennemi s’imaginant à l’initiative, avant même que celle-ci ne soit mise en œuvre par ces exécutants malveillants. L’objectif étant bien entendu de rompre la boucle de l’échec à les contrecarrer, en s’infiltrant d’emblée par la ruse dans leur processus de décision. Ce sont des techniques d’actions « non-conventionnelles » propre aux opérations psychologiques (« psyops » ou « Miso »), ayant pour objectif de parvenir à « manager les perceptions » de l’ennemi, afin d’atteindre un « EFR » ou « Etat Final Recherché ». Dans le cas présent : neutraliser les effets de la propagande noire et d’embrigadement psychologique, afin d’endiguer les actions de recrutements sauvages et de séduction idéologique. Briser en somme, la machine à produire de nouveaux adhérents, mais aussi à payer les combattants et à faire circuler les ordres des commandants de l’Etat Islamique.

 
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Franck DeCloquement

Franck DeCloquement est expert en intelligence stratégique (IES) pour le groupe Ker-Meur, et ancien de l’Ecole de guerre économique de Paris (EGE). Membre fondateur de la Ffpc (French Federation of Psycho-Forensics), il est en outre professeur à l'Iris (Institut de Relations internationales et stratégiques) en "Géo-économie et intelligence stratégique", et enseigne également la "Géopolitique des médias" en Master 2 recherche "Médias et Mondialisation", à l'IFP (Institut français de presse) de l'université de Paris II Panthéon-Assas. 

Franck DeCloquement est aussi conférencier sur les menaces émergentes liées aux actions d'espionnage et les déstabilisations de nature informationnelle et humaine. Il est en outre intervenu pour la Scia (Swiss Competitive Intelligence Association) à Genève, aux assises de la Fncds (Fédération nationale des cadres dirigeants et supérieurs), et au colloque inaugural de la Ffpc au Sénat, en octobre 2016, sur "La perception du fait religieux".

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