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La cyberguerre, c’est maintenant : cet autre front entre la Russie et l’OTAN largement aussi inquiétant que celui de la Syrie

A côté de la guerre bien réelle en Syrie se développe un nouveau front entre la Russie et les pays membres de l'Otan... et qui se déroule dans le cyberespace.

Conflit 2.0

Publié le - Mis à jour le 23 Octobre 2015
La cyberguerre, c’est maintenant : cet autre front entre la Russie et l’OTAN largement aussi inquiétant que celui de la Syrie

Atantico : Les pirates informatiques ont déjà attaqué de nombreux centres névralgiques. Que faut-il craindre de ce conflit 2.0 ? Quels sont les enjeux de cette cyberguerre ?

François-Bernard Huyghe : Les cyber-attaques peuvent servir à trois choses. Elles peuvent servir à espionner, à voler de l'information pour préparer des plans ou rattraper son retard en Recherche et Développement. C'est globalement ce que fait la Chine. Par ailleurs, elles peuvent servir à paralyser des systèmes d'information cruciaux de souveraineté comme la banque, l'énergie, les communications. Dans ce cas-là, il s'agirait d'une action de sabotage pour paralyser un pays ou un système militaire pendant un certain temps.

Il est évident que les russes ont des capacités dans ce domaine-là. Enfin, une cyber-attaque peut servir à faire de la propagande : on peut ridiculiser l'adversaire, mettre un message sur sa page d'accueil, etc.

Il y a évidemment un risque d'escalade important. D'abord, les Etats-Unis – et l'OTAN en général – prennent les cyber-attaques très sérieux et ont annoncé qu'ils les considéraient comme des attaques au titre de l'article 5 du Traité des Nations Unies. C'est-à-dire qu'elles pourraient être considérées comme aussi graves que des attaques par des missiles, par le fer et par le feu et attirer des répliques avec des missiles, des bombes. Il y a donc un risque d'escalade du côté occidental avec une riposte non seulement par des moyens informatiques mais aussi par des moyens militaires classiques. Ensuite, il y a aussi la possibilité de manipulation : des pirates informatiques peuvent faire attribuer à un pays une attaque qu'il n'a pas menée en réalité dans le but de créer de la tension et du chaos.

La surveillance des réseaux électriques et des réseaux de fourniture d'énergie s'est intensifiée aux États-Unis, en Europe et au Canada. Les règles de cette cyberguerre diffèrent fondamentalement de celles des conflits qui se développent sur le terrain. Comment les Etats doivent-ils se défendre face à ces attaques ? 

La première méthode consiste évidemment à renforcer sa défense : faire signaler très vite les incidents, renforcer les systèmes de sécurité, avoir des équipes d'intervention d'urgence et des systèmes redondants. Ce sont des techniques défensives que développent tous les pays. D'ailleurs, en France nous ne sommes pas les plus mauvais dans ce domaine.

L'autre méthode consiste à faire peur à l'adversaire. C'est à peu près l'équivalent de la dissuasion. Mais il y a une grande différence avec la dissuasion atomique, qui se fait en général à deux, chacun connaissant les forces de l'autre. Dans le cadre de la dissuasion dans le domaine des cyber-attaques, encore faut-il déjà savoir qui est coupable et que ce coupable ait peur de vos armes. Il y a toute une part de bluff. Pour prendre par exemple la doctrine française – que je trouve très bonne -, elle consiste à dire que le pays a des armes informatiques offensives, c'est-à-dire que nous serions en mesure d'envoyer des virus à un pays, un groupe ou une entreprise qui nous attaquerait. Mais on ne donne pas davantage de précisions. L'idée est que la position stratégique de la France est suffisante pour décourager les attaques.

Le vrai problème derrière tout cela, c'est qu'il faut du bon renseignement. Il faut avoir un véritable service de renseignements qui sache qui sont les agresseurs et qui sache les identifier pas seulement techniquement. Et là on rentre dans le domaine du secret d'Etat.  

 
Commentaires

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  • Par zouk - 17/10/2015 - 11:18 - Signaler un abus Cyber Guerre?

    En tous cas futur menaçant te très difficile à identifier donc à combattre, nous ne sommes peut être pas les plus mauvais, raison de plus pour tout faire afin de nous installer en pointe et y rester: peut être problème de moyens? ne tous cas d'encouragement à la recherche, privée d'abord peut être.

  • Par Pourquoi-pas31 - 17/10/2015 - 11:48 - Signaler un abus Sensibilisation

    Les cadres dans la recherche, l'industrie et les entreprises ne sont pas assez ou pas du tout formés et sensibles au piratage de notre technologie, de nos savoir-faire et de notre économie. Il serait bon que ce soit une formation de base de quelques heures avant l'ex BEPC. Pour les activités sensibles, une formation certifiante devrait être élaborée et mise en œuvre par la DGSI, et exigée pour permettre d'accéder à ces activités. Combien de portables et de clé USB trainent dans la nature avec des informations importantes ?

  • Par vangog - 17/10/2015 - 12:54 - Signaler un abus Première chose à conquérir: l'indépendance!

    Tant que l'Europe sera dépendante de la rechercheamericaine pour les systèmes d'exploitation , moteurs de recherche et autres communautés internet, elle sera impuissante face aux menaces et soumise au bon vouloir des Américains. Plutôt que taxer et réglementer l'économie européenne en fausse vertu d'un écologisme de la décroissance, elle aurait dû créer un cadre favorable au développement d'une Silicon valley européenne, qui manquera cruellement aux prochaines années de cyber-guerre. La France se serait grandie moralement et enrichie informatiquement en accueillant Snowden, qui aurait pu la conseiller intelligemment dans ce sens...ce type a mille fois plus de valeur que nos décroissants et saboteurs d'économie, De Rugy, Placé, Dufflot...

  • Par bjorn borg - 17/10/2015 - 16:47 - Signaler un abus vangog

    Quand il veut, est très intéressant. Nous sommes gouvernés par des guignols !

  • Par valencia77 - 17/10/2015 - 23:03 - Signaler un abus WTF?

    Don't worry France, NSA can take care of it . For a reasonable price.

  • Par Bretondesouche - 18/10/2015 - 11:10 - Signaler un abus La cyber guerre est celle du 21 eme siecle

    Elle se fait sans arme et sans militaire,ce qui va créer du chômage en France grand pays exportateur d armes

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François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’IRIS.
 
Il enseigne notamment au Celsa Paris IV à l’IRIS Sup et anime le site http://huyghe.fr
 
Spécialiste des stratégies de l'information, il est l'auteur de nombreux ouvrages - dont La Soft-idéologie (Robert Laffont ), L'Ennemi à l'ère numérique (PUF), Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Eyrolles), Maîtres du faire croire de la propagande à l'influence (Vuibert), Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (avc A. Bauer, PUF), Terrorismes, Violence et Propagande (Gallimard) 
 
Son dernier ouvrage : Désinformation Les armes du faux (Armand Colin 2016)

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