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Aurélie Filippetti a-t-elle raison de dire que culture et économie de marché sont incompatibles ?

La ministre de la Culture, fervente partisane de "l'exception culturelle française" a déclaré lundi sur France Inter que "la loi du marché en matière culturelle ne fonctionne pas". Selon l'économiste Françoise Benhamou, certains secteurs de la culture nécessitent l'intervention de l'Etat.

Culture et argent

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Aurélie Filippetti a-t-elle raison de dire que culture et économie de marché sont incompatibles ?

Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture estime que "la loi du marché en matière culturelle ne fonctionne pas". Crédit Reuters

Atlantico : La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a déclaré lundi 29 octobre sur France Inter que "la loi du marché en matière culturelle ne fonctionne pas". Est-ce votre avis?

François Benhamou : Cela dépend des secteurs. L'économie de la culture couvre des modèles économiques très variés selon les secteurs (théâtre, livres, cinéma, etc.). L'économie de la culture requiert, dans de nombreux cas, un aménagement des lois du marché. On ne peut donc pas opposer la culture au marché, de même qu'on ne peut pas l'opposer au marché sans aménagement, ou au marché aménagé.

L'exemple le plus évident est la loi sur le prix du livre.

Bien que le secteur du livre soit une économie de marché, on a voulu, au nom de la diversité de la production éditoriale que demeure un réseau de librairies extrêmement dense et varié. Pour ce faire, on a aménagé le libre fonctionnement du marché, à travers l’interdiction du discount au-delà de 5%.

Quels sont les secteurs qui requièrent un aménagement du marché ?

Tous les secteurs en ont besoin. Soit à des moments durant lesquels ils méritent un accompagnement, soit parce que la simple loi du marché peut structurellement conduire à une crise des modèles économiques, bien que cela ne se fasse pas de manière massive. La presse, aujourd'hui menacée dans son modèle traditionnel par le numérique, demande à l'Etat de l'aide face à des acteurs qui ont un pouvoir de marché considérable.

Cependant, ce cas est compliqué : dans ce contentieux qui oppose Google aux éditeurs de presse, le moteur de recherche  utilise des contenus qu'il n'a pas contribué à financer pour augmenter son trafic et donc ses revenus publicitaires. Cependant, il rend un service aux éditeurs de presse en orientant l'internaute vers des articles de ces journaux.

Qu'en est-il de la télévision?

La télévision est une économie très complexe, qui mélange économie de marché et économie hors marché. C'est dans cette logique d'une économie à l'abri du marché que la publicité a pu être supprimée : l'hypothèse est que la TV serait ainsi protégée de la dictature de l'audimat. Cependant, ça peut s'avérer plus compliqué que cela, car on s'aperçoit que la présence d'un peu de publicité n'a pas forcément pour conséquence une dépendance de l'audimat. De plus, on peut supprimer la publicité à condition d'avoir un modèle de financement alternatif. Si on arrive à une situation où le service public ne peut plus fournir la qualité qu'on pensait avoir avec la publicité, on est donc en pleine contradiction.

Concernant le secteur du livre numérique, la loi sur le prix unique vise à protéger les éditeurs en empêchant le dumping de la part d' Amazon. Cela est du à sa double concentration, horizontale à travers la diversification de ses activités, et verticale à travers le fait qu'il est présent sur toutes les parts sur marché (il vend le matériel, les contenus, fait de l'édition, etc.).

La loi sur le prix unique protège les éditeurs, leur redonne la maîtrise du prix. Cependant, toute protection a ses effets pervers. Ces derniers peuvent prendre la forme de prix trop élevés, ou de la constitution d'une économie de rente, là où il est justement très important de conquérir des parts de marché pour ne pas se laisser dépasser par les acteurs américains par exemple. A ce moment-là, un gouvernement peut se trouver face à un choix. Il doit trouver un compromis entre avantages et inconvénients. A un moment donné, le politique peut choisir de légiférer s’il juge que la menace de dumping est plus forte que le risque de freinage du développement du marché.

 
Commentaires

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  • Par jmpbea - 30/10/2012 - 09:51 - Signaler un abus la filipetite n'a sûrement pas étudié l'histoire

    des sociétés. la Culture a toujours été le fait d'une élite,maintenant on confond culture et grand guignol ; tout le monde veut manger du caviar et du foie gras..... mais on fait de la daube pour le grand public et on appelle cela culture ....à ce stade, cela devient une pure affaire d'argent et elle essaie de faire bonne figure dans ce merdier...ce n'est pas gagné

  • Par lorrain - 30/10/2012 - 10:41 - Signaler un abus culture, pas économie de marché?

    si la culture ne fait pas partie de l' économie de marché, moi perso, cela m' arrange. donc, tout téléchargement devient légal, puisque si la musique et le cinéma sont hors marché, pourquoi payer pour eux. donc, toute les entrées de musée, de salle de spectacle et de ciné sont gratuites, ça évitera de payer entre 50 et 100€ pour une place de concert, et 8€ sur une place de ciné, sans parler de 15€ pour un dvd ou un cd. sortons la culture de l' économie de marché... décidément, nos ministres, c' est un concours de connerie permanent

  • Par golvan - 30/10/2012 - 11:03 - Signaler un abus La première aide, et elle est

    La première aide, et elle est loin d'être négligeable, est le statut d'intermittent du spectacle, mais le problème vient du fait qu'elle n'est pas fournie par l'Etat dans le cadre d'une politique culturelle, mais par les salariés à travers leurs cotisations obligatoires. C'est ce qui permet toutes les pitreries du "spectacle de rue" où des compagnies en contrat avec des municipalités de gauche (principalement) animent joyeusement nos rues l'été pour atteindre un nombre de prestations suffisant pour vivre aux frais des assedic le reste du temps. Mais c'est aussi l'opéra, grassement subventionné au travers du statut de tous ceux qui y travaillent, mais également les musiciens qui, même lorsqu'ils sont célèbres, bénéficient aussi du statut d'intermittent. L'art contemporain également est soutenu par les musées qui font en sorte que la cote des "oeuvres" ne soient pas trop soumise à la réalité du marché, pour éviter que toute la supposée valeur d'un "fond" contemporain ne disparaisse du jour au lendemain. Quant au cinéma, l'Angleterre ne subventionne pas le sien et produit malgré tout des oeuvres qui n'ont pas à rougir face aux nôtres. (cf Léo Carax le subventionné).

  • Par NicoLeFou - 30/10/2012 - 11:32 - Signaler un abus Ce qui est incompatible

    C'est de vouloir être ministre et d'avoir des oeillères. Il faudrait ouvrir les yeux sur tout cet argent gaché au nom de la culture et de l'art!

  • Par De France et de plus loin - 30/10/2012 - 11:55 - Signaler un abus De fait, l'économie

    De fait, l'économie culturelle de la France (une des plus puissantes du monde même si bien loin des USA) est fondée depuis longtemps sur l'exception culturelle: pas de cinéma français aussi développé sans le CNC, pas autant de chansons française sans le quota de 40% à la radio. Pas de collections des musées aussi prestigieuses sans le régime des trésors nationaux. Dans les années 90, 90% des films vus en Allemagne étaient américains. La loi du marché, c'est aussi ça.

  • Par issartier - 30/10/2012 - 12:41 - Signaler un abus totalitarisme

    la culture d'Etat a toujours et de tous temps été la marque certaine des pays totalitaires .Notre ministre est-elle assez inculte pour ignorer cette réalité de tous temps qui vise tout simplement à empécher les gens de s'égarer hors des voies étroites de la pensée unique

  • Par De France et de plus loin - 30/10/2012 - 12:49 - Signaler un abus issartier

    Vous confondez "Culture d'Etat" et intervention de l'Etat dans le domaine de la Culture. En France, la création est très largement une affaire privée. L'Etat, depuis Malraux , intervient dans la Culture mais ne s'oppose à aucune création en particulier. Dire que la France connaitrait une sorte de dictature culturelle est pure paranoïa. Enfin, notez que sans l'action du Ministère de la Culture en faveur du patrimoine, notre place de première destination touristique mondiale et les recettes qui vont avec seraient bien différentes. Pareil pour notre place de 3e producteur mondial de film (1er en Europe) .

  • Par Balyre - 30/10/2012 - 12:56 - Signaler un abus Ben oui, le marché c'est mieux...

    "Dans les années 90, 90% des films vus en Allemagne étaient américains. La loi du marché, c'est aussi ça." Ouais... parce que les films américains sont meilleurs. Pourquoi ils sont meilleurs ? Parce que le cinéma américain a derrière lui une expérience de 100 ans de marché libre et savent produire des oeuvres qui marchent... dont de nombreux chefs d'oeuvre.

  • Par issartier - 30/10/2012 - 12:57 - Signaler un abus De France et de plus loin

    Vous me confirmez bien que la paranoîa consiste bien à distinguer la "Culture d'Etat" et l' intervention de l'Etat dans le domaine de la Culture!

  • Par kettle - 30/10/2012 - 13:20 - Signaler un abus Derrick

    "Dans les années 90, 90% des films vus en Allemagne étaient américains. La loi du marché, c'est aussi ça." --- Si le public allemand aime la qualité du cinéma US (qui n'es plus a demontré), ou est le probleme? Tu voudrais que Merkel imposse aux allemands de regarder Derrick aux allemands?

  • Par kettle - 30/10/2012 - 13:23 - Signaler un abus La culture en France

    est synonyme de subventions. Devient "culture" tout ce qui a recu l'aide de la collectivité.

  • Par golvan - 30/10/2012 - 15:34 - Signaler un abus @de france etc...

    Votre exemple des musées doit être étendu à la valeur des collections et au soutien implicite entraîné par le lobby cultureux sur la valeur de l'art contemporain. Il est très probable que sans le mécénat public une grande part de l'art dit contemporain n'aurait pas la moindre valeur et se retrouverait à la décharge. Seule l'onction des experts et artistes cooptés subventionnés permet de retarder la révélation que le roi est nu. Dans le domaine musical, autoriser quelques illuminées dont Boulez à dépenser des fortunes pour des musiques que personne n'écoute ne peut se faire qu'avec un système qui a évacué la notion de goût du public. C'est la même chose avec la notion de "théâtre populaire", expression où le terme "populaire" a le même sens que dans les "démocraties populaires". Le problème avec l'art subventionné, c'est que le talent n'est plus reconnu par le succès populaire. On peut même affirmer que le succès est louche puisqu'il signifie que l'oeuvre touche un grand nombre et qu'en conséquence elle devient vulgaire. Quant à la musique on peut risquer l'idée que face aux Britanniques le statut d'intermittent des Français encourage la médiocrité.

  • Par Mani - 30/10/2012 - 16:04 - Signaler un abus Le problème, c'est de vouloir

    Le problème, c'est de vouloir décréter ce qu'est la culture.

  • Par walküre - 30/10/2012 - 16:34 - Signaler un abus L'avis de cette dame

    n'a qu'une importance secondaire, sachant que la réalité se moque bien de ces fadaises puisque l'art a ses marchés, ses coffres forts, et que les artistes vivent ou essaient de vivre de leur talent. Du côté de la presse c'est autre chose si l'on considère qu'elle doit être variée et libre. Elle n'est au vrai ni variée ni libre, ne pouvant l'être qu'à condition d'être dans les marchés. Les subventions ont du bon quand elles ne brident pas ceux qui n'en bénéficient pas. Mais il ne faut pas s'attendre de la part de la mouvance bolchevique a un élargissement de la sphère privée. Tout simplement parce que cela lui permet de contrôler les uns et les autres. Car au pays inconnu de la totale concurrence, la liberté estr reine.

  • Par Benvoyons - 30/10/2012 - 18:36 - Signaler un abus Mais qui paye???????????

    Mais qui paye???? Les qui payent???? Non avec l’impôt le prix d'entrée du théâtre subventionné exemple : 10€ est réellement de 25 où 40€ pour le client avec l'impôt et le cout de l’impôt. Vous êtes économiste et vous ne dites pas que les Français payent moins cher les places de théâtre a cause des impôts qu'ils payent. Donc les Français payent leurs places comme si le théâtre n'était pas subventionné. Le bénéfice n'est pas pour les Français mais pour les politiques et des économistes de gauche qui font croire que le prix est de 10€ . C'est de l'illusion à la Caton 1°

  • Par papounet1er - 30/10/2012 - 19:15 - Signaler un abus Des subventions qui dévalorisent l'art.

    Depuis la nuit des temps il a existé un marché de l'art , des spectacles, des écrits et des autre formes d'expression artistique. Les artistes en ont toujours vécu (beaucoup souvent mal). Depuis la loi LANG, la logique a été modifiée, finançant par la taxation de produits de consommation, une grande partie des professionnels concernés (par des circuits +ou- bien contrôlés), en plus du prix des entrées. Cela a participé à développer le montage et la présentation certaines oeuvres, prestations (décrétées culturelles) et leur fréquentation dans un premier temps. En contrepartie, le coût de revient ne baissant pas (au contraire), comme l'impôt permet d'abaisser artificiellement le prix, le consommateur perd la notion de la valeur et l'estime du spectacle auquel il assiste ou de la collection qu'il regarde. Le spectateur qui paie sa place apprécie toujours plus (en son fort intérieur) que celui blasé bénéficiant d'invitations gratuites. En outre la survie assurée à de pseudo-oeuvres culturelles, fausse la concurrence artistique, voire dévalorise le niveau culturel et artistique du pays... Mais Chutttt, ne dérangeons pas la bienpensance...

  • Par DelinfoLibre - 30/10/2012 - 19:16 - Signaler un abus Un ministère à supprimer !

    Ha bon ? Et par contre sa bouillie culturelle indigeste elle va le faire avec quel argent ??????????? C'est bien avec l'argent de l'économie de marché non ? Avec l'argent des profits sales de ces salauds de capitalistes non ? Une fois dans sa poche et de celles de ses "amis" cet argent redevient propre et il n'y en a JAMAIS assez...

  • Par sheldon - 30/10/2012 - 21:06 - Signaler un abus Au moins elle est logique avec elle même !

    Si Arlette Laguiller était ministre à sa place, elle aurait ce même discours. Normal entre gauchistes. Attention le "haine" monte de plus en plus !

  • Par issartier - 30/10/2012 - 21:11 - Signaler un abus cherchez l'erreur

    Les spectateurs paient deux fois: en achetant leur billet et en payant leurs impôts, et ceux qui ne vont pas aux spectacles les financent aussi par leurs impôts et contre leur gré. C'est aussi ça l'égalité entre les citoyens. Le choix, la qualité et le montant des œuvres subventionnées est laissé au bon gout du ministre et de ses sbires qui ont comme tout le monde leurs amis et leurs ennemis. C'est aussi ça la diversité. Que ceux qui ne seraient pas d'accord avec ces méthodes aillent manifester bruyamment dans la rue. Quand on pense Quand ces salauds de Google voulaient mettre gratuitement à la disposition des Français et du monde toutes les œuvres littéraires de notre pays, COMME SI LA CULTURE N’ETAIT PAS VRAIMENT UNE MARCHANDISE , notre Etat s’est opposé fermement à cette ignominie. A noter que les œuvres des pays ou l’Etat laissent les artistes et les intellectuels sans subvention et libres de leur production s’imposent beaucoup mieux que les nôtres à travers le monde. Ou est l’erreur ?

  • Par Grwfsywash - 31/10/2012 - 02:00 - Signaler un abus @ Madame Benhamou

    "elle est sans doute plus soucieuse de protéger ses activités et son secteur culturels dans leur diversité" Pouvez-vous élaborer sur cette notion de "diversité"? Tous ces charcutages officiels ne sont pas là pour assurer la "diversité culturelle " mais le contrôle de l'idéologie d'une culture uniquement destinée à supporter les thèmes de la bienpensance de socialiste.

  • Par roudoudou - 31/10/2012 - 05:31 - Signaler un abus Révisez Coppola, Madame !

    Le Parrain, chef d'oeuvre de Coppola fut une oeuvre commandée par ses producteurs, donc pour une question d'argent. Bilan : un des plus grands chefs-d'oeuvre du cinéma. Mais bien sûr, elle peut préférer des films franchouillards glauques et déprimants mais sponsorisés par son ministère !

  • Par Ravidelacreche - 31/10/2012 - 11:04 - Signaler un abus culture et économie de marché sont incompatibles

    C'est vrai pour les recettes mais ça ne vaut pas pour les dépenses ! :o)) (défiscalisation des oeuvres d'art, retraite des intermittents du spectacle, théâtre subventionné...)

  • Par caribou - 31/10/2012 - 11:46 - Signaler un abus Mais au contraire!!!!

    La loi de l'offre et de la demande!!!! Si un cinéaste, un peintre, un chanteur, etc... OU un entrepreneur, un artisan, un inventeur, etc... , ne sont pas dans ''l'air du temps'' LA SANCTION SERA LA MÊME: le publique ne sera pas au RDV. Exeption culturel=subvention=baliverne. Les fondamentaux sont les mêmes,.

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Françoise Benhamou

Françoise Benhamou est économiste, professeur à l'université Paris 13 et chercheur au CEPN.

Elle tient une chronique régulière sur Livres Hebdo et Rue89.

 

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