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Crises de folie meurtrière : ces antipsychotiques dangereux et insuffisamment contrôlés

Si la fusillade de Newtown a relancé le débat sur les armes à feu, elle a aussi soulevé le problème des antipsychotiques. Le meurtrier, Adam Lanza, était sous Fanapt, un médicament controversé aux effets secondaires particulièrement lourds : agressivité, paranoïa, délire ou encore crises de panique.

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Crises de folie meurtrière : ces antipsychotiques dangereux et insuffisamment contrôlés

Si la fusillade de Newtown a relancé le débat sur les armes à feu, elle a aussi soulevé le problème des antipsychotiques.  Crédit Reuters

L'épouvantable drame de l’école américaine de Sandy Hook dans laquelle 26 personnes trouvèrent la mort de la main d’un tueur fou invite une nouvelle fois à poser deux questions : celle des armes en liberté aux Etats-Unis, débat amplement réabordé par le pouvoir américain et la deuxième, celle du rôle au moins favorisant des traitements médicamenteux absorbés par nombre de ces tueurs.

En effet, le Fanapt, drogue acceptée par la Food and Drug administration (FDA) depuis 2009 était très controversée bien avant le drame de Sandy Hook. Au-delà des effets secondaires de type cardiaque, les effets indésirables signalés avec le médicament du jeune Adam étaient l’agitation et l’agressivité.

Les accès maniaques ou de paranoïa avaient été rapportés ainsi que des désordres compulsifs, des impulsions incontrôlables et des dépressions profondes.

Initialement rejeté par la FDA, l’organisme qui autorise la commercialisation aux Etats-Unis, le Fanapt a été repris par une autre société et finalement commercialisé car les effets indésirables ont été estimés "non fréquents".

"Ils existent et ne peuvent être oubliés" comme  le souligne un article récent du New York magazine. Les effets délétères induits par ce médicament sont souvent ceux que l’on voulait contrôler chez ce patient : "un comportement de type psychotique, entrainant des troubles relationnels dans les interactions sociales dans le spectre autistique".

Atlantico : Sur le marché français, existe-t-il des antipsychotiques dangereux ? Lesquels ?

Nicole Delépine : Tous les antipsychotiques sont potentiellement dangereux comme d’ailleurs la plupart des médicaments qui ont une efficacité. Le problème comme toujours en médecine est de peser le risque versus efficacité. Si un patient a vraiment besoin d’une drogue (autre mot pour nommer un médicament qui montre d’emblée qu’aucun n’est anodin), il faudra la lui donner. Mais il importe de ne prescrire les médicaments que contraints et forcés, ce qui aux Etats-Unis comme dans notre pays n’est pas le cas. Le mythe de la pilule miracle qui va tout arranger reste fortement ancré.

Les antipsychotiques (neuroleptiques) tentent de soigner les symptômes du patient mais ils ne guérissent pas et entrainent eux-mêmes souvent directement des troubles. Les malades se plaignent de troubles de la concentration et de l’impossibilité de conduire ou de travailler normalement. Leurs proches notent des anomalies de leur comportement qui n’est plus le même. De plus les nouveaux antipsychotiques entrainent des troubles métaboliques majeurs avec prise de poids. Beaucoup de conséquences très négatives qui font qu'ils sont rejetés par de nombreux psychiatres.

En quoi les antipsychotiques constituent-ils un danger ? Pour quels types de patients sont-ils les plus dangereux ?

Des millions de Français avalent chaque jour leurs pilules qui les prédisposent à l’accident de voiture et à l’agressivité[1] et correspondent à au moins un milliard d’euros de dépenses pour l’assurance maladie. D’après Chatelin[2] 50% des médicaments altèrent les facultés au volant, 10% des accidentés de la route ont un psychotrope dans le sang. Toute molécule qui a des effets sédatifs multiplie le risque d’accidents de deux à cinq fois.

L’observatoire français de drogues et toxicomanies publie sur son site les chiffres suivants : 8,9 millions d’usagers occasionnels et 3,8 millions de réguliers sur la population française de 12-75 ans. A 14-15 ans, l'expérimentation de médicaments psychotropes se révèle déjà élevée puisque 20% des adolescents déclarent en avoir consommé au moins une fois au cours de leur  vie. Les principaux types de médicaments consommés au cours de l’année sont les anxiolytiques (7%), les somnifères (7%) et les antidépresseurs (6%). Si globalement toutes les consommations augmentent avec l’âge, seuls les somnifères croissent continûment jusqu’à 75 ans, les deux autres classes thérapeutiques connaissant un recul au-delà de 55 ans.[3] Au-delà de 70 ans, une personne sur deux serait sous psychotropes alors que le danger est particulièrement élevé chez le sujet âgé (chute à répétitions qui diminue l’espérance de vie etc.).

Si certains sont sérieusement malades et nécessitent un traitement qui devrait s’associer à une interdiction de conduire et un suivi rapproché, la plupart d’entre eux ne nécessitent pas cette prise régulière de médicaments qui altèrent leur fonctionnement cérébral. Les antipsychotiques se sont répandus comme une trainée de poudre depuis leurs découvertes dans les années 1960. Le marketing a alors transformé les émotions normales en "maladies" et inciter les humains à se transformer en machine à avaler des drogues. On a "médicalisé" les émotions pour créer un gigantesque marché. Les deuils, les contrariétés, la timidité, la peur de parler en public ou au contraire l’agitation transformée en "hyperactivité" sont devenus des affections médicales que l’on devrait traiter.

La manipulation marchande a transformé les affections du psychisme en maladies "organiques" susceptibles de recevoir des drogues multiples. Les essais cliniques avec tirage au sort ont envahi le domaine des émotions comme celui de la cancérologie. L’exercice de la psychiatrie et de la psychologie a été décimé. L’asile chimique a envahi notre vie avec ses conséquences encore sous estimées. Pour les enfants dits "turbulents" autrefois à l’aise dans les champs et les forêts on a inventé "l’hyperactivité" dont la fréquence serait de 10% et la pilule adéquate ! Près de 8 millions d’écoliers, de collégiens et de lycéens de 3 à 20 ans prennent  aux Etats-Unis des antidépresseurs ou des calmants, notamment de la Ritaline, une molécule à base d’amphétamines dont la consommation a explosé depuis dix ans outre-Atlantique. Aux Etats-Unis, les psychiatres, les laboratoires n’ont cessé de promouvoir ce médicament qui aurait un effet pacifiant sur les enfants hyperactifs, dont il améliorerait la concentration. Des enseignants ont pris l’habitude d’inciter les parents à consulter un psychologue voire un psychiatre au moindre écart. Cette démarche débouche en général sur une prescription de Ritaline. Aux Etats-Unis, elle est devenue quasi obligatoire en cas de diagnostic d'"hyperactivité", car conditionne le paiement des aides accordées par l’Etat aux élèves en difficulté.

En France, 7 000 à 10 000 enfants seraient sous Ritaline. Le danger rôde et il faut être vigilant ! C’est la tentative récente de l’Inserm, pour l’instant avortée grâce au collectif [4] "pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans" de dépister puis de traiter, évidemment par le bonbon Ritaline, "tous les délinquants potentiels". Il a fallu une large pétition sur internet (196 348 signatures au 28/02/11) pour faire avorter le projet national de dépistage systématique des troubles comportementaux des jeunes enfants dès la maternelle et de leur traitement médicamenteux "pour résoudre le problème social de la délinquance". Le rapport de l’INSERM sur "le trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent" recommande un dépistage dès l’âge de trente-six mois du syndrome d’hyperactivité ! Les laboratoires poussent  à la consommation et cherchent à envahir l’Europe ! 

 
Commentaires

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  • Par mariecl29 - 02/01/2013 - 10:43 - Signaler un abus Effets secondaires et passage à l'acte

    Il est grand temps de dénoncer les effets secondaires de ces antipsychotiques quand on constate que les auteurs de ces tueries sont souvent pour ne pas dire toujours sous l'emprise de drogues psychiatriques qui font la fortune de l'industrie pharmaceutique ou ont un passé psychiatrique,ce qui non seulement n'a rien empêché mais a pu favoriser le passage à l'acte.

  • Par Cruchot - 02/01/2013 - 11:10 - Signaler un abus Contrepoints a également

    Contrepoints a également évoqué cette piste il y a deux semaines : http://www.contrepoints.org/2012/12/19/108575-tuerie-a-lecole-la-piste-pharmaceutique

  • Par Ravidelacreche - 02/01/2013 - 11:33 - Signaler un abus ces antipsychotiques dangereux

    Sont ils plus dangereux que les psychotiques eux mêmes ? S'il n'y a pas d'effets "secondaires" quid des effets primaires ?

  • Par gabbrielle - 02/01/2013 - 11:42 - Signaler un abus Il faut (re)lire Prescrire

    la seule revue médicale critique et indépendante de l'industrie pharmaceutique. Ou vérifier que votre médecin y est bien abonné. "L’influence des lobbies pharmaceutiques doit être combattue, condition indispensable pour une prescription juste des médicaments. Celle-ci protégera la santé des français en même temps que celle de la Sécurité sociale." Oui, et ensuite, Mme Delepine?? Prescrire est la seule revue qui alertait depuis des années sur le Médiator, les statines, les principaux neuroleptiques et autres molécules qui font la fortune de l'industrie pharmaceutique et des prescripteurs encouragés -et récompensés- par une visite médicale agressive.

  • Par gabbrielle - 02/01/2013 - 11:46 - Signaler un abus "Prescrire", c'est là

    Même si une grande partie des articles est réservé aux abonnés. Dîtes-moi, il y a combien de journalistes dit médicaux ou scientifiques abonnés à Presrcrire? http://www.prescrire.org/fr/

  • Par carredas - 02/01/2013 - 16:07 - Signaler un abus Madame Delépine

    A lire Madame Delépine qui se présente comme "thérapeute engagée" tout est de la faute aux lobbies pharmaceutiques et à la judiciarisation de la médecine psychiatrique. Alors que certains sujets sont commentés par deux ou trois contributeurs, pourquoi ne pas demander l'analyse d'un psychiatre sur le sujet plutôt que de laisser la parole à une spécialiste en oncologie pédiatrique et à elle seule ?

  • Par robert - 02/01/2013 - 18:30 - Signaler un abus Complétement d'accord

    J'ai mon petit dernier de 4 ans et 3 mois, lors de la visite médicale des 4 ans le verdict est tombé : mon fiston a des problèmes de motricité (avec des tests bidon du genre se mettre sur un pied) et de relation avec les autres enfants !! Il fallait voir une psychomotricienne et un pédopsychiatre. J'ai piqué une colère et je crois que le médecin a vraiment eu peur. Depuis cette visite mon fils se met sur 1 pied (il m'a simplement dit qu'il n'aimait pas le docteur de l'école) et les relations avec ses copins se sont amélioré car maintenant comme il dit "il n'est plus le plus fort de l'école", pour lui il n'arrivait pas a se faire des amis car il se bagarrait !! Nous sommes ds une société du zéro risque voila le problème. Quand a hyperactivité c'est une "maladie" inventé par les labos et le système. Faisons attention car les labos en veulent a notre santé et a notre fric sans oublier les drogues (ritaline) données a nos enfants

  • Par nonoche - 02/01/2013 - 22:18 - Signaler un abus La ritaline, le rêve selon France Television

    C'est l'impression que j'avais après avoir vu l'émission "Les maternelles" sur France 5, le 8 novembre: http://les-maternelles.france5.fr/?page=emission&id_rubrique=4572 Notez que dans cette émission on ne parle pas de ritaline mais de méthylphénidate. Pour celles et ceux parents et maitresses qui rêvent de l'enfant parfait.

  • Par mariecl29 - 02/01/2013 - 22:31 - Signaler un abus Plutôt un cauchemar

    Quand on apprend,il y a quelques jours,qu'un enfant de 9 ans s'est pendu,il y a de quoi se poser des questions: était-il sous l'effet de la ritaline ou d'une autre substance? Malheureusement,tous les parents ne réagissent pas comme Robert !

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Nicole Delépine

Nicole Delépine ancienne  responsable de l'unité de cancérologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches( APHP ). Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale, elle a récemment publié La face cachée des médicaments, Le cancer, un fléau qui rapporte et Neuf petits lits sur le trottoir, qui relate la fermeture musclée du dernier service indépendant de cancérologie pédiatrique. Retraitée, elle poursuit son combat pour la liberté de soigner et d’être soigné, le respect du serment d’Hippocrate et du code de Nuremberg en défendant le caractère absolu du consentement éclairé du patient.

Elle publiera le 4 mai 2016  un ouvrage coécrit avec le DR G Delepine chirurgien oncologue et statisticien « Cancer, les bonnes questions à poser à mon médecin » chez Michalon Ed.

 

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