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Crise des pays émergents, chute du pétrole, dévaluation chinoise et pourquoi la guerre des changes serait une excellente nouvelle pour l’économie mondiale

Baisse du cours du pétrole, dévaluation chinoise, PIB russe en berne... Si une guerre des changes se déclenche, elle pourrait constituer une dynamique salutaire pour l'Europe.

Eau dans le gaz

Publié le - Mis à jour le 14 Août 2015
Crise des pays émergents, chute du pétrole, dévaluation chinoise et pourquoi la guerre des changes serait une excellente nouvelle pour l’économie mondiale

Une guerre des changes va peut-être se déclarer.  Crédit Reuters

Atlantico : Au cours des derniers jours, plusieurs événements ont perturbé les marchés financiers : dévaluation du Yuan, nouvelle chute du prix du pétrole, chute du PIB russe et globalement une santé économique des pays émergents inquiétante. Quelles sont les conséquences attendues de ces événements, faut-il craindre l'apparition d'une nouvelle "guerre des changes" ? Quelles conséquences pour l'Europe ?

Scott Sumner : Au cours des dernières années, la forte croissance chinoise a favorisé la hausse de nombreuses matières premières. Indirectement, cela a eu pour effet de soutenir la croissance dans de nombreux pays émergents, mais également au sein de pays développés exportateurs de matières premières, comme l’Australie.

Désormais, ce processus est en train de s'inverser, en raison du ralentissement de la croissance chinoise, mais aussi parce que la croissance se déplace vers les services, moins consommateurs de matières premières.

Bien que la baisse du prix des matières premières bénéficie aux consommateurs européens, l’effet net de ces transformations sera négatif pour la croissance européenne. Une plus faible croissance va déprimer les exportations européennes et ralentir la reprise dans la zone euro. Dès lors, une guerre des changes serait en réalité désirable, car elle permettrait d’apporter plus de soutien monétaire de la part des grandes banques centrales à travers le monde. A ce jour, les politiques monétaires ont été trop restrictives au sein de la zone euro, aux Etats-Unis, au Japon, et en Chine. Le soutien monétaire n’est pas un jeu à somme nulle, puisque si la croissance progresse dans un pays, elle aura des répercussions sur le reste du monde.

Mathieu Mucherie : Il s'agit plus de suites que des événements à proprement parler. La chute du PIB russe est un processus entamé depuis un moment déjà, le PIB russe, c'est 3% du PIB mondial, cela n'entraîne pas énormément de conséquences sauf si on est exportateurs de grosses voitures allemandes, et encore. Le prix du baril de pétrole en revanche peut affecter davantage et être une des causes de ce processus.

Ce qui est nouveau, c'est la dévaluation chinoise, et même là, ce n'est pas vraiment nouveau. Sans inflation en Chine, on misait sur une détente monétaire, qui n'est pas arrivée sous une forme de quantitative easing, mais qui est arrivée sous une forme de baisse de taux. Quand ça n'a pas suffit, ils sont passés à la dévaluation. C'est un peu logique car cela ne coûte pas grand-chose de dévaluer un peu, et là aussi c'est une bonne surprise. Les conséquences de toutes ces mesures vont toujours dans le même sens. C'est l'idée d'un cycle qui se renforce et des liens entre la hausse du dollar et la baisse des matières premières. La crise de certains émergents, et puis l'obligation pour les Européens de faire du quantitaive easing et de lâcher un peu de lest, avec au final, le dollar qui se renforce à nouveau, etc. C'est un cycle qui peut durer encore un moment car le dollar est encore très loin d'être au plus haut, il se renforce nettement depuis 2 ans. En 2008-2009 on était à 35 dollars le baril, à une époque où on tablait sur un futur de 10% par an de croissance chinoise. Aujourd'hui plus personne ne table là-dessus.

Philippe Waechter : L'économie mondiale est dans une phase de croissance médiocre. La question majeure est là et chaque pays essaie d'améliorer ses perspectives de revenus. Ainsi, les producteurs de pétrole continuent-ils de produire au maximum alors que la dynamique de la demande est réduite, en raison de la croissance globale limitée. Cela se traduit par une baisse rapide du prix de l'énergie. Il ne faut pas chercher ailleurs l'origine du repli de -4.6% de l'activité sur un an en Russie. Ce pays est resté très dépendant de ses recettes liées au pétrole. La chute durable du prix de l'or noir provoque une récession faute d'activité de substitution capable de compenser la moindre activité pétrolière.

Quant à la Chine, son principal souci est de gérer le changement de trajectoire de la croissance de son PIB. Les 10% connus en moyenne sur les 20 dernières années ne sont plus tenables, ni atteignables car, avec la croissance, la forme de l'économie a changé. L'émergence d'une classe moyenne a modifié en profondeur le modèle chinois. Pour amortir dans le temps ces changements profonds, les autorités ont pris des mesures pour favoriser l'endettement ou pour doper les marchés. Mais cela n'a pas fonctionné dans la durée. La baisse de la monnaie chinoise est un peu l'arme dégainée comme une dernière chance.

Deux remarques : la première est que la brutalité du changement reflète la fragilité de l'activité en Chine, c'est ce constat validé par les autorités qui a fait vaciller les marchés boursiers. Le poumon de la croissance mondiale des 15 dernières années n'a plus la capacité à jouer ce rôle de locomotive. La seconde remarque est que l'on ne connait pas l'ambition des Chinois sur l'ampleur de la dévaluation et sur un éventuel interventionnisme de la banque centrale.

 
Commentaires

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  • Par pratclif - 13/08/2015 - 10:39 - Signaler un abus Tout cela est très technique.

    Tout cela est très technique. "Tout est dans le ralentissement de la croissance" dit Philippe Waechter! Toute l'économie-monde est inter-étatique, chaque nation s'organisant pour préserver un équilibre social entre les multiples segments de sa société, en contination de son histoire d'état Nation. Il faut désormais exporter au système monde pour préserver l'activité et le niveau de vie par la croissance; et pour exporter il faut importer le même montant du système monde en monnaie. C'est donc un jeu à somme nulle. Je suggère d'Immanuel Wallerstein "Comprendre le monde. Introduction à l’analyse des systèmes-monde" http://bit.ly/1f9iCsx et son livre plus récent "Utopistics" http://bit.ly/1f9iGbT Et aussi "Stagnation séculaire, quesaco?" http://bit.ly/1CIeRpB

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Scott Sumner

Scott Sumner a enseigné pendant plus de 30 ans l'économie à l'université de Bentley dans le Massachussets aux Etats-Unis. Détenteur de la Chair en politique monétaire du Mercatus Center, ses recherches se sont principalement orientées vers l'économie monétaire, et particulièrement sur le rôle de l'étalon-or pendant la Grande Dépression. Scott Sumner est auteur pour le blog TheMoneyIllusion.com et plus récemment de Econlog.econlib.org .

 

 

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Philippe Waechter

Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.

Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de capitaux.

Il est l'auteur de "Subprime, la faillite mondiale ? Cette crise financière qui va changer votre vie(Editions Alphée, 2008).

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