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Adhésion de la Turquie : et l’UE fit à nouveau une promesse à Ankara qu’elle ne peut (ni ne veut) pas tenir

Angela Merkel a annoncé la relance du processus d'adhésion de la Turquie dans l'Union européenne en échange de la gestion par la Turquie des flux migratoires en provenance de sa frontière avec la Syrie. Selon Alexandre del Valle, cela n'aboutira encore une fois à rien.

Chantage entre amis

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Adhésion de la Turquie : et l’UE fit à nouveau une promesse à Ankara qu’elle ne peut (ni ne veut) pas tenir

Atlantico : Jeudi 15 octobre au soir, dans le cadre des négociations entre la Turquie et l'Union européenne sur la gestion de la crise des migrants, Mme Merkel a ouvert la porte à une relance du processus d’adhésion de la Turquie à l'Union européenne (UE). Quelles sont les chances que ce processus aboutisse cette fois-ci ? 

Alexandre del Valle : Tout d’abord, Angela Merkel n’a rien promis aux Turcs, puisqu’elle rappelé qu’elle demeurait opposée à l’adhésion de la Turque à l’UE et qu’elle ne céderait pas sur ce point aux pressions de M. Erdogan, même si elle aussi dit qu’il fallait trouver un terrain d’entente avec Ankara concernant les réfugiés sachant que la Turquie y a plus pris part que l’UE, notamment en accueillant 2,2 millions de Syriens depuis 2011. Mais concernant l’adhésion de la Turquie à l’Union, il n'y pratiquement aucune chance.

Pour une raison extrêmement simple - dont pratiquement personne ne parle dans les médias : Chypre est membre de l'Union européenne. En droit, l'intégralité de l'île de Chypre a adhéré en 2004 à l'UE. La partie de Chypre (37 % au Nord) qui est occupée par la Turquie est considérée comme un territoire de l'UE occupé illégalement par un tiers. Donc en droit européen, tant que la partie nord de Chypre sera envahie par la Turquie, et tant que les Chypriotes grecs résidant dans la partie non-occupée et dont l’Etat est membre de l’UE et unique représentant de l’île, n'auront pas conclu un accord avec l’entité turque du Nord de Chypre (RTCN), Nicosie pourra exercer son droit de veto sur cette candidature à laquelle au moins la France, l’Autriche et l’Allemagne s’opposent aussi depuis des années et où les opinions publiques sont hostiles à cette perspective.

A LIRE AUSSI - Pourquoi entretenir les Turcs dans l'idée d'une adhésion européenne sans véritable intention de le faire est politiquement bien pire que d'assumer un non immédiat

Par ailleurs, un grand nombre des trente-cinq chapitres de l'acquis communautaire concernent les échanges entre les Européens, de biens, de personnes et de capitaux. Or les chapitres concernant les domaines qui impliquent une reconnaissance de facto ou de jure de la République de Chypre par Ankara - qui s’y refuse - ne peuvent pas être ouverts ou refermés à cause du fait que la Turquie refuse notamment d’appliquer les règles de l’Union douanière et du Protocole d’Ankara qui l’oblige à ouvrir ses ports et aéroports à tous les pays européens, y compris Chypre, un véritable blocage juridique et institutionnel rend impossible la clôture des 35 chapitres de l’acquis communautaire, phase absolument incontournable pour tout Etat candidat. Or la Turquie refuse toute coopération avec le gouvernement de Chypre et refuse de le reconnaître, même indirectement à travers l’ouverture de ses ports et aéroports. Dans l'état actuel des choses, et sans parler des pressions des opinions publiques hostiles à la candidature turque en Europe, il n'y a donc aucune chance que la Turquie adhère à l'Europe. Et quand M. Erdogan dit qu'on « humilie les Turcs » et qu'on traite leur candidature selon un « traitement spécial » car nous serions « islamophobes », hostiles à l’entrée d’un pays musulman, ceci est faux ! La Turquie ne remplit pas les conditions juridiques pour adhérer à l'Union européenne, et de nombreux rapports d’étapes de la Commission déplorent la régression des libertés, notamment de presse, et la persistance de l’inégalités entre musulmans turcs et minorités non-musulmanes ou non-turques (chrétiens, alévis, Kurdes, etc).

 
Commentaires

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  • Par Djib - 17/10/2015 - 12:00 - Signaler un abus Ces Eurocrates sont vraiment à vomir.

    Ont-ils seulement conscience du degré d'exaspération, de mépris et de haine qu'ils enregistrent auprès d'un nombre croissant d'Européens? Un ramassis contradictoire de ravis de la crèche acharnés à nous faire payer les crimes des idéologues qui les ont précédés mais dont ils s'empressent d'adopter le même fanatisme, et de parfaits cyniques corrompus et vendus au libéralisme international.

  • Par vangog - 17/10/2015 - 13:05 - Signaler un abus Si, si, nous sommes hostiles à l'entrée

    d'un pays musulman dans l'UE! Et M. Del Vallée a tort de penser que l'entrée de la Turquie dans l'UE est impossible, car les rapports de la Turquie avec Chypre peuvent changer et faire l'objet d'un accord tri-partite genre " je reconnais la république de Chypre, si vous entérinez l'occupation turque de Chypre et vous acceptez les deux dernières étapes du protocole d'entrée de la Turquie dans l'UE". Les technocrates europeistes seront suffisamment abrutis pour accepter un accord de ce type, et les dirigeants turcs suffisamment pervers pour faire semblant de s'y conformer...

  • Par tiopere 1 - 17/10/2015 - 17:26 - Signaler un abus et le génocide arménien ?

    la non reconnaissance du génocide arménien non évoquée dans cet article me semble aussi une raison majeure pour refuser l'entrée e la Turquie dans l'union européenne .

  • Par Anguerrand - 18/10/2015 - 07:28 - Signaler un abus Partie de poker menteur entre les deux partis

    L'UE ne veut pas de 100 millions de musulmans de plus, nous en sommes déjà gavés, surtout quand on en a déjà " reçu" des millions et ce n'est qu'un début. Espérons qu' Erdogan va perdre les élections mais qui derrière? Si je comprend bien on va stoker qq milliers d'immigrants en Turquie en les aidant financièrement pour accepter plus tard 100 millions de turcs. Belle opération.

  • Par Gordion - 18/10/2015 - 09:43 - Signaler un abus Erdoğan ou le néo-ottomanisme

    Comme d'hab, A. Del Valle a une analyse fine sur l'attitude de l'oligarque qui gouverne ce pays, après avoir modifié la Constitution, et ce n'est pas fini s'il gagne les élections avec une majorité absolue, ce qui n'est pas sûr. C'est "le prophète Mahommet" qui s'adresse au petit peuple analphabète d'Anatolie et à la bourgeoisie aux affaires, qui le soutient tant pour des raisons économiques que politiques - pas de vote AKP, pas de contrats avec l'Etat, il fait rêver les Turcs nostalgiques de l'empire ottoman qui a pris le dessus sur les voisins arabes, a muselé les Kurdes - le vrai danger pour l'AKP - et étouffé touyes les oppositions religieuses, ethniques, intellectuelles et sécularistes (le fameux héritage d'Atatürk). Dans les Chancelleries occidentales, il se dit que c'est un mégalomane, incontrôlable et pas fiable, cf la politique ambivalente de la Turquie dans les conflits actuels. Il se dit aussi qu'il est un redoutable négociateur, et que ses négociations de bazar - que ce soit pour acheter des Airbus, ou pour vendre sa fameuse zone de tampon à la

  • Par Gordion - 18/10/2015 - 09:45 - Signaler un abus la suite

    frontière syrienne ne sont plus à prouver. Il a 3 problèmes: les Kurdes, l'EI qui pose des bombes, et les Russes maintenant. Et il n'a pas gagné les élections, à suivre

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

 

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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