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Crise des migrants : que peut espérer l’Europe d’un accord négocié avec une Turquie en position de force ?

Le lundi 7 mars, les représentants de l'Union européenne et de la Turquie se rencontreront pour répondre à la crise des migrants et trouver un accord. Angela Merkel et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu se rencontreront la veille de ce sommet européen pour déminer au maximum le terrain. La preuve que le rapport de force n'est pas franchement en faveur de l'Europe.

Echec et mat

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Crise des migrants : que peut espérer l’Europe d’un accord négocié avec une Turquie en position de force ?

Atlantico : Ce lundi 7 mars, se tiendra le Sommet européen consacré à la crise des migrants, en présence du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu. Comment évaluer les rapports de force dans ce dossier, et que peut-on en attendre en termes de résultats ? 

Philippe Moreau-Defarges : La Turquie dispose d'un levier énorme, incarné par la masse de réfugiés qui sont actuellement installés sur son sol. Cette masse de réfugiés est évidemment en attente et n'a qu'une envie : partir vers l'Europe. Dès lors et par conséquent, la Turquie jouit du pouvoir de bloquer – ou non – les réfugiés demeurant sur son territoire.

C'est un pouvoir plus que considérable, que la Turquie est déterminée à utiliser jusqu'au bout. Face à elle, on retrouve une Union européenne qui apparaît divisée mais surtout dominée par la peur des migrants et de leur arrivée. De facto, le rapport de force qui se construit autour de ces éléments penchera fortement en faveur de la Turquie. De là à dire que la Turquie prend l'Europe en otage sur la question des migrants… Peut-être, bien que je ne souscrive pas à cette façon de voir les choses. Dans une situation de crise comme celle que nous traversons, où l'ensemble des acteurs se sentent submergés par les migrants, la Turquie – et la Grèce désormais – comptent parmi les plus touchés. Chaque protagoniste, tant l'Union européenne que la Turquie, utilisera l'ensemble des moyens dont il dispose. 

Or, il est indéniable que la Turquie, malgré sa situation particulièrement difficile, dispose d'un atout conséquent dans le cadre d'un rapport de force. Néanmoins, il faut rappeler la situation très difficile du pays. Il semble s'enfoncer dans une forme de chaos lié d'une part au problème des réfugiés, d'autre part à la question kurde, dont les Turcs sont partiellement responsables. La dégradation de la situation économique en Turquie et les fortes tensions entre le pouvoir de Recep Tayyip Erdoğan contribuent à créer une situation particulièrement explosive en Turquie. Très concrètement, la Turquie dispose donc du pouvoir de pression des gens dans la difficulté ; de ceux qui n'ont plus rien à perdre.

En matière de résultats, il est possible de formuler deux hypothèses. D'abord, l'incapacité à trouver un accord qui conviendrait autant à l'Union européenne qu'à la Turquie. C'est loin d'être impossible, pour peu que la Turquie se montre trop exigeante ou refuse de prendre le moindre engagement. Si, cependant, un accord est signé, ce ne sera probablement qu'un accord a minima. La Turquie s'engagera sans doute à retenir les réfugiés en son sein, sous réserve de conditions extrêmement précises – financières, aides, etc. En aucun cas cet accord ne pourra être définitif : il appellera nécessairement à une poursuite des négociations entre la Turquie et l'Union européenne.

En amont de ce sommet, Angela Merkel recevra Ahmet Davutoglu ce dimanche. En quoi l'accord entre la Turquie et l'Allemagne sera-t-il déterminant ? Que peut-on en conclure sur le fonctionnement des institutions européennes ? 

Soyons clairs. La rencontre entre Angela Merkel et Ahmet Davutoglu avant le sommet européen de lundi ne vise pas à la conclusion d'un accord quel qu'il soit. La Chancelière allemande a deux raisons objectives de recevoir le Premier ministre turc. D'abord parce qu'elle est le responsable gouvernemental le plus important de l'Union européenne, à la tête d'un Etat qui pèse particulièrement lourd. En outre, Angela Merkel a pris des positions extrêmement fortes sur la question des réfugiés. Face à ce constat, il va de soi qu'Angela Merkel reçoit Ahmet Davutoglu pour une raison très simple : elle ne cherche non pas à conclure un accord préalable, mais à déminer le terrain. Elle sait pertinemment que le Conseil européen à venir sera particulièrement difficile et souhaite donc connaître le mieux possible les intentions de la Turquie et donc manœuvrer aussi bien que faire se peut.

A mon sens, plus que traduire quoique ce soit sur les institutions européennes ou leur fonctionnement, cette situation traduit davantage le risque qu'un accord puisse ne pas être conclu. Angela Merkel et Ahmet Davutoglu vont, de concert, tenter de préparer des éléments d'accord possible pour faciliter le tout, une fois devant les Etats membres de l'Union. Le risque, pour Angela Merkel, que ce conseil ne serve finalement à rien est réel. Pour y palier, la Chancelière cherche à préparer des grandes lignes de compromis qu'elle ne présentera évidemment pas comme un accord : ce serait périlleux, dans la mesure où ses partenaires européens s'en offusqueraient.  

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 05/03/2016 - 11:43 - Signaler un abus Répartition des immi9

    ... Sera la seule décision prise par le L'UE. La Turquie fera monter les enchères comme elle sait le faire. Le blocus des côtes turques est la solution à court terme, bien que non parfaite. Il n'y aura cependant pas de volonté politique de la part des politiques qui gouvernent à Bruxelles et dans les nations européennes. Circulez, rien de tangible à attendre le 7 mars

  • Par Gordion - 05/03/2016 - 11:44 - Signaler un abus Correction

    ... Immigrés

  • Par langue de pivert - 05/03/2016 - 12:37 - Signaler un abus Pas de discussion avec les maitres-chanteurs :

    §§§ Si ces migrants économiques auraient peut-être pu venir en temps normal, ils doivent rester chez eux : on ne peut pas – Donald Tusk non plus – ignorer les réactions des populations européennes. §§§ Tusk n'a rien compris : les populations européennes ne veulent pas d'envahisseurs musulmans ! Économiques ou politiques ! Ils peuvent faire la grève de la faim, se coudre la bouche ou faire un nœud à leur bite, qu'est ce que j'en ai à foutre ? RIEN ! Combien d’européens pensent comme moi ? La "force" des envahisseurs tiendra aussi longtemps que la la faiblesse des dirigeants européens...ou que la patience des peuples ! Après tout peu arriver y compris et surtout le pire si les peuples font le grand ménage !

  • Par Pourquoi-pas31 - 05/03/2016 - 13:25 - Signaler un abus Merkel va préparer les termes d'un nouveau Münich

    Elle va ainsi s'exposer en position de faiblesse face à Erdogan. Elle les présentera ensuite aux représentants de l'EU. Refusons ces propositions et prions pour qu'un chirurgien éclairé greffe une paire de C___ à notre président (Sarko en avait lui malgré ses autres défauts) pour qu'il demande un blocus naval autour de la Turquie avec blocage des migrants à la limite des eaux territoriales turques et retour à leur point de départ (aux turcs d'assurer le sauvetage des personnes en péril dans leurs eaux territoriales), et l'arrêt immédiat des négociations d'entrée en Europe de la Turquie.

  • Par Gré - 05/03/2016 - 14:14 - Signaler un abus Indigestion

    Il paraît que "La rage de masses qui se sentent rejetées monte". Il conviendrait aussi de se mettre en tête que la rage de ceux qui se sentent envahis monte aussi. -------- Autre chose : il paraît que, si les pays européens bloquaient leurs frontières "cela déchaînerait inévitablement un scandale". Chez qui ?Je ne crois pas que cela provoquerait un scandale à Calais; je ne crois pas non plus que cela provoquerait un scandale chez ces parents qui se rendent compte que les droits de leurs filles commencent à être mis en péril devant l'afflux de "réfugiés" mâles, jeunes et déterminés. --------- Il paraît que l'immigration est une chance; je répondrai que se nourrir est aussi une chance mais que, si on mange trop, on se paie une bonne indigestion. Et alors, ce n'est pas seulement une partie de la nourriture qu'on vomit. Or un pays, c'est un corps social et notre corps social est au bord de la nausée.

  • Par Atlantica75000 - 05/03/2016 - 15:20 - Signaler un abus BFM

    J'entends régulièrement ce monsieur le samedi matin de 8 à 9 heures dans une émission consacrée à l'international. Je n'ai jamais remarqué chez lui un courage particulier et une façon cash de parler ; il est vrai qu'entre gens de bonne compagnie ... Ce matin, l'intervention de deux "experts" était tout simplement hallucinante. L'un nous parlant de la richesse de l'immigration (il en est encore là), l'autre n'osant le contredire, et le journaliste nous la jouant à l'émotionnel. Ca en dit long sur les positions/postures du patronat représenté par cette radio (et que dire de RMC, la radio "phare" du même groupe qui drague les classes moyennes immigrées et fait du communautarisme à fond. Ex : au début Malika Sorel était invitée aux Grandes Gueules; lorsque les animateurs ont compris que l'on pouvait s'appeler Malika et se montrer intransigeant quant à l'assimilation, elle a été remplacée par d'autres plus "souples" !) A props de BFM radio, l'émission du samedi à 11 heures sur l'actualité européenne est elle aussi caricaturale (Jean Quatremer européiste convaincu et correspondant de Libération y a son rond de serviette)

  • Par Atlantica75000 - 05/03/2016 - 15:46 - Signaler un abus Impuissance organisée

    "bras de fer entre les migrants et les gouvernements européens" ! Ce monsieur a-t-il conscience de ce qu'il écrit ? Ainsi des Etats doivent se laisser marcher dessus par des "masses"? Et quid des cris d'orfraies ? C'est d'un ridicule. Je ne vote pas pour des associations ni pour les paumés de No Borders Tous les sondages montrent l'écrasant refus des "masses européennes" qui ne veulent ni des réfugiés ni des économiques. Je ne m'abonne pas à Atlantico pour lire la prose de quelqu'un qui en tant qu'expert valide l'impuissance volontaire des "élites" européennes. Je vais descendre au Café du commerce en bas de chez moi : les clients sont largement plus pertinents et courageux que ce monsieur, Merkel et consorts.

  • Par langue de pivert - 05/03/2016 - 17:49 - Signaler un abus Trancher le nœud gordien !

    Qui sera le Grand Alexandre qui saura régler ce problème d'invasion mahométane ? (même le pape s'en est aperçu...après avoir exhorté les peuples européens - hors Vatican ? - d'ouvrir leur frontière, leur porte, leur bras aux hordes vociférantes et belliqueuses) Un Grec encore ? Surement pas un dirigeant munichois de l'Europe "continentale" Les opinions publiques européennes sont majoritairement pour une solution radicale : trancher le nœud gordien d'un coup d'épée ! A savoir bloquer l'invasion par la force militaire. Qui peut croire que des barbares peuvent défoncer les frontières de l'Europe sans provoquer un casus belli avec elle ? Si les dirigeants européens ne font pas leur devoir envers leur peuple, les peuples le feront pour leur pays sacré. "Soyez terrible pour dispenser le peuple de l'être" (DANTON) Tout à gagner, rien à perdre ! "Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent" (CÉSAR) Ils nous haïssent déjà : moi aussi ! ☺

  • Par vangog - 06/03/2016 - 02:31 - Signaler un abus La Turquie en position de force????

    Vous êtes des larves rampantes...et vous le savez!...

  • Par Le gorille - 06/03/2016 - 02:40 - Signaler un abus Espérer ?

    Être roulée dans la farine ! Pauvre Europe ! Frexit, viiiiiiite !

  • Par Oyentin - 06/03/2016 - 08:29 - Signaler un abus Relisez

    Le Camp des Saints.

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Philippe Moreau Defarges

Philippe Moreau Defarges est chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI) et professeur à l'Institut d'études politiques de Paris. Spécialiste des questions internationales et de géopolitique, il est l'auteur de très nombreux livres dont Introduction à la géopolitique (Points, 2009) ou 25 Questions décisives : la guerre et la paix (Armand Colin, 2009).

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