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Crise des migrants et déclin démographique : le double défi vis-à-vis duquel rien ne se passe comme "prévu" pour l’Europe

Alors que la fécondité des Européens reste aujourd'hui à un niveau inquiétant malgré une légère hausse depuis 15 ans, la solution du recours à l'immigration, longtemps prônée par nos dirigeants, pose un second défi tout aussi difficile : la question de l'intégration et du repli identitaire.

Choc de complexification

Publié le - Mis à jour le 18 Mars 2016
Crise des migrants et déclin démographique : le double défi vis-à-vis duquel rien ne se passe comme "prévu" pour l’Europe

Atlantico : Selon les chiffres publiés ce mardi 15 mars par Eurostat le taux de fécondité moyen dans l'Union européenne a augmenté entre 2001 et 2014 (de 1,46 naissances vivantes par femme à 1,58). Malgré cette légère amélioration, en quoi une telle dynamique démographique reste-t-elle alarmante pour le continent européen ? 

Michèle Tribalat : L’indicateur conjoncturel de fécondité (somme des taux de fécondité par âge dans l’année) de l’UE avait atteint 1,62 en moyenne en 2010. Il a donc perdu quelques points. En fait, à l’intérieur de l’UE, certains pays sont beaucoup plus bas que cela : 1,23 au Portugal, guère plus de 1,3 en Espagne, en Pologne et en Grèce, 1,37 en Italie, 1,47 en Allemagne… Cette situation dure parfois depuis longtemps. En Allemagne, l’indicateur conjoncturel de fécondité y est inférieur à 1,5 enfants par femme depuis 1983, et même depuis 1975 pour la partie Ouest.

D’après les projections démographiques d’Eurostat (EUROPOP2013-2080), en l’absence de migrations en Allemagne, la population d’âge actif devrait perdre 2,2 millions de personnes d’âge actif d’ici 2020, puis 2,8 millions de 2020 à 2025, 3,7 millions de 2025 à 2030, 3,5 millions de 2030 à 2035, pour perdre ensuite autour de 2 millions tous les cinq ans. Le vieillissement va être très important et la charge des plus de 65 ans va augmenter. La taille de la population d’âge actif est appelée à se réduire. Même dans son scénario avec migration, l’UE verrait disparaître, d’ici 2080, à peu près l’équivalent de la population d’âge actif de la France aujourd’hui (42 millions). L’Allemagne perdrait 18 millions de personnes d’âge actif. Sans migrations, certains pays, dont l’Allemagne, pourraient perdre plus ou moins la moitié de leur population d'âge actif.

Laurent Chalard : Tout d’abord, il convient de rappeler que la légère amélioration du taux de fécondité moyen de l’Union Européenne entre 2001 et 2014 tient largement à l’impact de l’immigration extra-européenne, à l’origine de l’arrivée de populations plus fécondes dans la partie occidentale de l’Union. Sans cette immigration, la fécondité aurait probablement moins progressé, voire stagné.

Quoi qu’il en soit, la dynamique de fécondité de l’Union Européenne demeure alarmante car il se constate un maintien sur un très long terme d’une fécondité très sensiblement inférieure au seuil de remplacement des générations, soit environ 2,06 enfants par femme pour les pays développés. En effet, si un passage conjoncturel sous ce seuil pendant une dizaine, voire une vingtaine d’années, ou le maintien d’une fécondité très légèrement en-dessous de ce seuil, autour de 1,9 enfant par femme, n’apparaît pas catastrophique, quand ce chiffre se situe très en-dessous du seuil sur une longue durée, la situation apparaît beaucoup plus problématique. En effet, cela sous-entend que les générations qui naissent sont durablement moins nombreuses que celles précédentes, conduisant à un processus d’extinction à long terme, si la fécondité ne venait pas à remonter.

Pour bien prendre conscience de l’ampleur du phénomène, il suffit de se prêter à un petit jeu mathématique. Un niveau de 1,5 enfant par femme signifie que chaque génération qui naît représente environ 73% de celle précédente. Au bout de deux générations, l’effectif a donc fondu à 53% de celui initial, et à la troisième génération à 39% ! Autant dire que si le niveau de fécondité constaté dans l’Union Européenne perdurait au cours du prochain demi-siècle, la population européenne s’effondrerait. Cependant, il faut garder en tête que les projections tendancielles s’avèrent souvent fausses à long terme du fait de ruptures imprévisibles, mais elles se présentent comme un bon moyen pour prendre conscience de la situation et de l’enjeu d’une politique nataliste volontariste à l’échelle de l’Union, l’immigration n’étant qu’une solution temporaire et insuffisamment efficace, étant donné l’ampleur de la dénatalité.

Guylain Chevrier : Tout d’abord, malgré cette faible augmentation au regard du taux de fécondité permettant le renouvellement des générations, environ 2 enfants par femmes, la situation reste problématique, avec une Europe qui stagne. Cette tendance fait symptôme, elle est significative d’une perte de confiance des peuples au regard d’un modèle de société dans lequel ils se sont longtemps reconnus. Il est non seulement remis en cause en raison d’une économie chronique de sous-emploi, d’un affaiblissement de la cohésion sociale, mais aussi d’une immigration massive que l’on cherche à justifier par l’argument de la démographie, en en ignorant les conséquences. L’argument démographique agit comme un révélateur de la crise de valeurs que connait l’Europe lorsqu'il sert à justifier l’immigration.

Face à un tel défi, né de la transition démographique, quel enseignement peut-on tirer de l'évolution des discours politiques, partant des politiques natalistes de Michel Debré à un discours pro-immigration plus récent ? 

Michèle Tribalat : La France, malgré un recul en 2015 (1,96 contre 2 en 2014), est bien au-dessus du lot. Elle a (avait ?) une politique plutôt favorable à la famille et au travail des femmes. La France, qui a opéré sa transition démographique très tôt, a été sensibilisée aux questions relevant de la politique familiale avant les autres. L’Allemagne ne s’y est mis que récemment, et encore sans beaucoup de succès. En 2000, un rapport des Nations unies avait réalisé un petit exercice de projection à 2050, pour mesurer les migrations de remplacement nécessaires pour maintenir, dans un grand nombre de pays, la population, la population d’âge actif et le ratio actifs / inactifs. Il s’agissait de flux énormes dans les deux derniers cas, surtout le dernier, aboutissant à un chamboulement du peuplement dans nombre de pays. Cet exercice démontrait surtout qu’il serait fou de compter exclusivement sur l’immigration pour régler l’ensemble des problèmes liés au déclin démographique. En dépit des conclusions de l’ONU, les Européens ont de plus en plus considéré l’immigration comme la solution au vieillissement et à la rétractation de la population en âge de travailler. C’est devenu, à l’échelle de l’UE, LA solution pour éviter un déclin démographique et limiter la régression économique et sociale. La politique familiale n’étant pas une compétence européenne, contrairement à la politique migratoire, l’UE n’a pas fait de propositions sur le sujet.

Guylain Chevrier : Le libre choix de la naissance par la contraception ne s’oppose pas à une politique nataliste, c’est une affaire d’état d’esprit de la société, et de la façon dont elle se met dans une perspective d’ensemble. Lorsqu'elle manque de projet, la fécondité ralentie. On ne reviendra pas à une politique de promotion des mères de familles nombreuses en France, qui valait lorsque la femme n’existait que comme épouse et mère. Les femmes en France, par exemple, sont 82% à travailler entre l’âge de 25 à 49 ans, période pendant laquelle elles sont particulièrement susceptibles d’avoir un enfant, ce qui ne nuit pas à notre taux de fécondité. Mais attention, les choses peuvent bouger. Les pays moins touchés par le problème démographique sont aussi moins touchés par le discours qui se sert de cet argument pour imposer une immigration massive en Europe. Mais dans les autres pays, le sentiment déjà existant que l’immigration actuelle ne permet plus de respecter certains équilibres dans les populations, au mépris de l’identité des sociétés d’accueil, est renforcé par le discours qui la justifie sur le fond de l’argument démographique.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 17/03/2016 - 20:28 - Signaler un abus Et si l'immigration débridée de gens qui ne nous

    ressemblent pas était responsable, avec la nullité économique des dirigeants europeistes, de la baisse de fécondité européenne? Il n'y a aucune raison pour qu'une politique de natalité intelligente, comme celle prônée par le Front Nationale, ne porte pas ses fruits...

  • Par Démographie Responsable - 18/03/2016 - 10:14 - Signaler un abus Pour une Démographie Responsable

    L'Union Européenne a une densité de population de près de 120 hab/km², ce qui est très important. Une certaine décroissance démographique serait donc la bienvenue, au moins pour des questions environnementales et d'approvisionnement énergétique. Après une telle cure, on peut supposer qu'avec un taux de fécondité (à déterminer et à promouvoir), une stabilisation de la population pourrait se faire sur le long terme. Rappelons que l'Europe a bien réussi à vivre autrefois avec beaucoup moins d'habitants. Maintenant, il est clair que notre continent doit d'ores et déjà faire face à une pression migratoire massive liée à l'explosion démographique du sud et que cela va s'amplifier : rien que l'Afrique pourrait voir sa population passer de 1 à 4 milliards d'ici la fin du siècle ! L'Europe ne pourra donc pas engager ce processus vertueux de décroissance/stabilisation si elle n’agit pas pour stopper la démographie galopante du continent voisin. Nos "élites" doivent donc changer radicalement leur discours bienveillant sur la natalité du sud et des fonds très importants doivent être affectés aux politiques de développement et de planification familiale. http://demographie-responsable.org/

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Michèle Tribalat

Michèle Tribalat est démographe, spécialisée dans le domaine de l'immigration. Elle a notamment écrit Assimilation : la fin du modèle français aux éditions du Toucan (2013). Son dernier ouvrage Statistiques ethniques, une querelle bien française vient d'être publié (éditions de l'Artilleur).

Elle s'intéresse aussi à l'islam.

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

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