Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 25 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Crise du lait : Lactalis est-elle vraiment coupable ?

Pointée du doigt depuis le début de la crise et a plusieurs reprises attaquée par les producteurs, la firme Lactalis fait office de coupable parfait dans une situation pourtant gangrenée à l'origine.

Liberté Chérie

Publié le
Crise du lait : Lactalis est-elle vraiment coupable ?

Le consommateur a beau pleurer devant les images d’agriculteurs en difficulté, il ne peut ignorer que la baisse de sa propre consommation de lait est l’une des raisons de cette crise.

Comment ne pas se sentir solidaire des producteurs de lait pris à la gorge ? Bien cruel celui que la diffusion des images de leur détresse n’émeut pas. Comment ne pas supposer Lactalis coupable d’exploiter la France rurale ? Tout travail mérite salaire, pensons-nous spontanément. Est-ce si simple ? Après tout, la situation de nos agriculteurs diffère peu de celles des secteurs industriels souffrant de la pression d’une concurrence globalisée. Mais contrairement à eux, les producteurs de lait ont vécu jusqu’au bout dans l’illusion qu’il n’y avait pas de marché du lait.

Nos agriculteurs se sont laissé piéger par la PAC… et par les ministres de l’Agriculture qui ont tenté d’acheter leurs voix en niant la réalité de l’offre et de la demande. Signer des chèques – avec l’argent d’autrui – est tellement plus simple que d’affronter la dure réalité pour un politique. Mais pour combien de temps ? Au salon de l’agriculture, François Hollande a compris que ce grand mensonge n’a plus d’effet calmant.

Depuis le 1er avril 2015, il n’y a plus de quotas laitiers. L’Union européenne a cessé de garantir le prix anormalement élevé du lait et d’acheter – avec l’argent des contribuables européens – les excédents pour les stocker dans de gigantesques frigos. En principe, car elle continue à acheter du lait, au point d’accumuler à ce jour plus de 350.000 tonnes de lait inutile… qu’elle devra bien écouler un jour sur le marché. Ce dumping aussi absurde que massif n’est pas tombé par surprise en avril 2015. La fin de l’ère des quotas avait été annoncée depuis 2008 (si ce n’est 2003) sous la pression de partenaires européens qui en avaient assez d’alimenter à prix d’or une profession que ces aides incitaient à ne surtout pas se remettre en question. Pourquoi produire moins – et faire remonter les prix – quand les subventions rentabilisent la surproduction – qui les font baisser – ? Au lieu de s’y préparer, les producteurs de lait ont continué jusqu’au bout à travailler sur le fondement planificateur des prix encadrés et des quantités garanties, comme si nous étions en Union Soviétique. Bernés, ils ont même fortement augmenté leur production dès 2014, amplifiant l’excès actuel d’offre. Les Français ne sont pas seuls fautifs, toute l’Europe s’y est mise, entraînant une croissance de 2.25% des volumes produits selon Eurostat.

Parallèlement à cette explosion de l’offre européenne, la consommation de lait a diminué. Les Français boivent moins de lait. Chaque année, ils baissent leur consommation de 2.5%. Déclin du petit-déjeuner, montée des allergies au lactose, vieillissement de la population, les raisons de cette baisse constante sont multiples. La promotion du lait n’y fait pas grand-chose. Le consommateur a beau pleurer devant les images d’agriculteurs en difficulté, il ne peut ignorer que la baisse de sa propre consommation de lait est l’une des raisons de cette crise. Le recul brutal des importations de lait par la Chine et par la Russie, pour des raisons distinctes, a aussi fait tanguer les cours. Ce n’est pas Lactalis qui va forcer ces pays à reprendre sa consommation antérieure de lait pour l’un, à mettre fin à son embargo sur le lait européen pour l’autre. Le résultat mécanique de ce déséquilibre croissant entre l’offre et la demande est évident. Même un collégien comprend que le prix d’un bien baisse si l’offre augmente plus vite que la demande sur un marché. Lactalis, simple maillon de transmission entre producteurs et consommateurs de lait, est bien impuissant à peser sur le cours du lait. L’offre devra inéluctablement baisser ou chercher de nouveaux débouchés à l’export pour revenir à un équilibre viable pour les producteurs français.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 01/09/2016 - 19:52 - Signaler un abus Les gouvernements UMPS ont drogué les agriculteurs

    aux subventions, sans les autoriser à se regrouper, pour satisfaire de très bêtes normes écologistes. Et aujourd'hui que le mal est fait par 53 ans de PAC absurde et mal conduite, ils arrêtent la PAC!!!! du pur délire, puisque les buts n'étaient pas atteints, bien au contraire! Depuis le socialisme, on sait que toute réglementation erronée aboutit à l'inverse des buts désirés. La PAC est l'exemple typique de réglementation erronée, qui a perverti le marché et empêché les petits producteurs de se moderniser et de s'agrandir. Ajoutez à cette technocratie les normes écolo-débiles, et vous obtenez une mise en soins intensifs des agriculteurs malades, puis une euthanasie des plus faibles, dès que le goutte à goutte de la PAC a été coupé. les responsables ne sont pas les agriculteurs, mais les technocrates et écolo-régressifs bruxellois... Dehors, les mauvais!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Aurélien Véron

Aurélien Véron est président du Parti Libéral Démocrate et auteur du livre Le grand contournement. Il plaide pour passer de l'Etat providence, qu'il juge ruineux et infantilisant, à une société de confiance bâtie sur l'autonomie des citoyens et la liberté. Un projet qui pourrait se concrétiser par un Etat moins dispendieux et recentré sur ses missions régaliennes ; une "flat tax", et l'ouverture des assurances sociales à la concurrence ; le recours systématique aux référendums ; une autonomie totale des écoles ; l'instauration d'un marché encadré du cannabis.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€