Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 20 Août 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Crise humanitaire aiguë au Yémen : mais où sont les belles âmes françaises tellement promptes à boycotter Israël quand il ne s’agit plus de défendre les Palestiniens mais les Yéménites accablés par les Saoudiens ?

Selon les prévisions de OXFAM, plus de 600 000 personnes pourraient être contaminées par le choléra et deux millions d'enfants souffrent de malnutrition au Yemen. Pourtant, bien peu de voix s'élèvent pour boycotter le pétrole saoudien.

Deux poids deux mesures

Publié le - Mis à jour le 29 Juillet 2017
Crise humanitaire aiguë au Yémen : mais où sont les belles âmes françaises tellement promptes à boycotter Israël quand il ne s’agit plus de défendre les Palestiniens mais les Yéménites accablés par les Saoudiens ?

Après deux ans de guerre la situation au Yémen n'a jamais été aussi déplorable. Dernier événement en date l'émergence d'une épidémie massive de choléra qui pourrait toucher jusqu'à 600 000 personnes fin 2017. Comment expliquer, au regard de la situation de crise et sanitaire sur place que presque aucune voix ne s'est levée en France pour boycotter le pétrole saoudien ?

Alain Rodier : Effectivement, une guerre civile a actuellement lieu au Yémen. Pour résumer, les al-Houthis, des tribus zaydites proches de l’islam chiite se sont alliées à l’ancien président Abdallah Saleh (viré suite au "printemps arabes") pour s’emparer de la partie ouest du pays (dont la capitale Sanaa) et contrôlent les rives de la mer Rouge et peuvent mettre en danger la circulation dans le détroit de Bab el Mandeb.

C’est une guerre par procuration qui oppose l’Iran à l’Arabie Saoudite qui emmène derrière elle une large coalition de pays arabo-sunnites.

La France n’a strictement aucun intérêt économique ou politique dans la zone en dehors du problème du contrôle possible du détroit de Bab el Manded par Téhéran (qui est aussi capable de bloquer le Détroit d’Ormuz si une crise internationale éclatait dans la région déjà très incendiaire).

Il convient aussi de souligner l’appui direct des États-Unis et des Britannique à cette coalition emmenée par l’Arabie saoudite qui s’est engagée à soutenir le gouvernement légal du Yémen. Sur le plan militaire, cette coalition est totalement ensablée et aucune des parties n’a espoir d’une cessation des hostilités à court ou moyen terme. Tout cela provoque un désastre humanitaire sans précédent, le Yémen étant déjà un des pays les plus pauvres de la planète.

Donc, pour Paris, il est difficile et délicat de prendre partie - surtout que Washington soutient Riyad dans la lutte sourde qui l’oppose à Téhéran -.

Mais, pourquoi ne pas boycotter le pétrole saoudien, telle est votre question. La réponse est simple : vous plaisantez ? Nos beaux penseurs sont trop avides de partir en week-end au bord de la mer à bord de leur belle automobile qui roule au pétrole.

A contrario, lorsque le moindre événement, phénomène de violence survient en Israël, les appels au boycott de produits israéliens sont légions. Comment expliquer ce deux poids deux mesure selon vous ?

Alain Rodier : Nous avons en France un lobby anti-sioniste qui est extrêmement actif bien que les « intellectuels » qui l’accompagnent tentent bien d’éviter tout débordement qui pourrait être assimilé à de l’anti-sémitisme. Ce n’est pas vraiment le cas sur le terrain lors de quelques manifestations « populaires » qui font dans le « hard ». Les autorités n'osent pas trop réagir par souci de maintien de l'ordre public.

Je ne suis pas un expert de la situation israélienne pour la simple raison que je pense que tout est bloqué pour des années. Aucune des parties n’est prête à la moindre concession donc il n’y a malheureusement rien à espérer à court ou moyen terme. En conséquence, j'ai cessé de l'étudier depuis des années.

Le boycott des produits israéliens est moins pénalisant que celui du pétrole saoudien (c/f plus avant). Cela dit, le problème changera quand Israël exploitera pleinement les ressources gazières découvertes au large de ses côtes et deviendra exportateur.

Benoît Rayski : Il y a deux explications. La première est un phénomène de fond. Si le moindre événement en Israël provoque des appels au boycott et des sanctions internationales c'est parce qu'il y a des juifs dans l'affaire, il y a une passion anti israélienne dans le monde et derrière elle cache une passion antisémite. Elle est entretenue par différents groupes, gouvernements, en grande partie par une religion qui considère que Jérusalem est sa capitale. Derrière cela vient encore se regrouper l'ultra gauche.

La deuxième explication est également passionnelle. Aujourd'hui le Palestinien en tant que tel dans l'imaginaire international, notamment dans l'imaginaire arabe (qui a de l'influence sur le nôtre) est devenu la personnification de l'être souffrant, il a remplacé pour l'ultra gauche ce qu'était le prolétaire de naguerre et pour les mouvements islamistes il est devenu une figure sainte et admirée.

Quant au Yémen, il ne soulève aucun type de protestation alors que là-bas, on se tue, on bombarde… Pourquoi ? Parce que les gens qui se tuent entre eux au Yémen, ils se tuent entre Arabes, sunnites et chiites et tant que c'est entre eux, tout est permis. Un soldat israélien qui va lui tuer un Palestinien, et ça arrive, malheureusement, devient le prototype du criminel de guerre.

En France il y a des centaines de milliers de gens qui sont de la même origine que ceux qui se tuent au Yémen pour qui ce conflit ne compte pas. En revanche il y a une forte pression de la communauté musulmane en France pour tous les sujets ayant trait à Israël. Il y a une réelle passion antijuive qui remonte à la surface.

Comment expliquer le peu d'intérêt porté à la guerre au Yémen, non seulement par les médias mais aussi les différentes instances internationales ? (complexité de la situation sur place, dépendance aux hydrocarbures, vente d'armes à l'Arabie Saoudite enjeux régionaux…)

Alain Rodier : Vous avez apporté les réponses dans votre question. Il faut se rappeler que la politique internationale n’est pas conduite par la "morale" mais par les "intérêts". En élargissant le problème, je suis extrêmement inquiet des développements de la politique américaine. Je ne savais pas ce que le président Trump allait faire. J’ai peur qu’il ne soit aujourd'hui coincé par les néoconservateurs qui le poussent à mener une politique anti-iranienne et anti-russe que je qualifie de "primaire" même si je mesure les problèmes sécuritaires que peuvent poser ces deux pays aujourd'hui. Cela dit, la situation internationale est extrêmement compliquée ( il serait intéressant de connaître les tenants et aboutissants de la situation interne en Arabie saoudite qui est certainement à la base de la fuite en avant que connaît actuellement le régime contre l'Iran) et il est difficile de la comprendre, même pour ceux qui la suivent au quotidien.

D'ailleurs, on peut s'étonner de l'alliance de fait qui existe actuellement entre Israël (très critiqué par les penseurs anti-sionistes) et l'Arabie Saoudite (elle-même très épargnée par ces mêmes personnalités).

 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Marie-E - 28/07/2017 - 11:20 - Signaler un abus Rodier - Rayski un régal à lire

    Tout est tellement bien analysé. Il y a longtemps il y a eu le Darfour, tout le monde ou presque s'en fichait. Le Soudan du Sud, le Yemen mais qui pour s'en préoccuper : comme dit Benoît Rayski inintéressant quand il n'y a pas de juifs en cause. Le président du Soudan condamné pour crime de guerre par la Cour de La Haye aidé par l'Afrique du Sud, applaudi lors de sommets de L'OUA ou de La Ligue Arabe. Rien, ni personne, pas de réunion du Conseil de Sécurité.... MAintenant le Yemen, lutte entre sunnites et chiites : évidemment que cela n'intéresse personne. Mais l'alliance de circonstance entre israël et l'Arabie Saoudite, c'est d'une part que cela met en veille le problème palestinien (ce qui fait trépigner Abbas) la preuve le peu d'enthousiasme à s'impliquer dans ca crise des portiques à l'inverse du Qatar et de la Turquie (Frères musulmans) et du Maroc et de la Jordanie pour ne pas déplaire à leur population embrigadée par les islamistes. Alliance de circonstance car bientôt le conflit larvé avec l'Iran sera évident et là l'alliance avec en particulier la défense de l'Arabie aidée par Israël et l'autorisation accordée à Israël de survoler l'Arabie...et plus

  • Par ISABLEUE - 28/07/2017 - 11:54 - Signaler un abus Excellent

    Mais oui , à partir du moment où les Israéliens, ou des juifs ne sont pas impliqués cela n'intéresse absolument pas les grandes gueules de gôche bien pensants... Pas nouveau.

  • Par Lazydoc - 28/07/2017 - 13:11 - Signaler un abus N'ayant pas de super-méchant déterminé,

    La France ne sait pas qui bombarder. Macron voudrait bien remettre le déguisement Top Gun. Mais donnez lui un bon super méchant: khadafi, Sadam, Bachar, .... du pain béni!

  • Par Ganesha - 28/07/2017 - 14:09 - Signaler un abus Stupidité accablante !

    Mr Rayski a été autrefois un chroniqueur-humoriste drôle et intelligent. Cependant, depuis quelques temps, il produit de la véritable propagande anti-sioniste en nous assommant avec des articles d'une stupidité accablante !

  • Par Ganesha - 28/07/2017 - 14:23 - Signaler un abus Alain Rodier

    Alain Rodier essaie de lui faire comprendre ses doutes, son désarroi et sa réprobation devant cette entreprise de colonisation et de ''grand remplacement'', conçue au 19ème siècle, dans la plus pure tradition de Christophe Colomb, de façon courtoise et diplomatique : ''Je ne suis pas un expert de la situation israélienne pour la simple raison que je pense que tout est bloqué pour des années.''

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 28/07/2017 - 14:55 - Signaler un abus abasourdi par ce qui se passe

    abasourdi par ce qui se passe dans cette "Arabia Félix", "l'Arabie heureuse"..... Ce conflit ne vient pas d'eux qui sont plus habitué au palabres qu'au guerres tribales, il leur a été imposé par leurs cousins saoudiens, car les Yeménites sont des gens très pacifiques,malgré leur aspect austère.... Leur seul tort est de ne pas être très anti-Iraniens. Alors les saoudiens ont acheté la neutralité américaine pour 400 milliards de dollars + l'assurance de maintenir un prix minimum pour le baril permettant au gaz de schiste américain d'être compétitif. L'islamobobosphère composée d'insoumis debouts surtout la nuit n'y ont vu que du feu... Sinon ils se seraient déjà mobilisés contre le grand Satan et Israël par la même occasion.... En fait leur principale crainte est de perdre l'electorat musulman qu'ils couvent d'un regard bienveillant.

  • Par Ganesha - 28/07/2017 - 15:16 - Signaler un abus 1492

    L'Exodus, c'était, cinq siècles plus tard, une nouvelle ''Santa Maria''. Malheureusement, cela se passait en 1947, le Mahatma Ghandi venait d'obtenir l'indépendance de l'Inde, et un tsunami de décolonisation a recouvert toute la planète !

  • Par cloette - 28/07/2017 - 15:51 - Signaler un abus Le roi du sophisme

    C'est Ganesha . On parle du deux poids deux mesures , il répond par Mahatma Gandhi , pour faire croire que c'est un probleme d colonisation alors qu'on est dans l'aide ou la sympathie humanitaire , et la collaboration avec l'Arabie Saoudite pour cause de pétrole .

  • Par Ganesha - 28/07/2017 - 16:20 - Signaler un abus Issue positive

    En fait, j'éprouve de la compassion envers les juifs israëliens qui se trouvent pris dans un piège inextricable ! Le seul exemple d'issue favorable que j'envisage, c'est le modèle de l'Afrique du Sud : faire admettre aux arabes qui les entourent, qu'ils peuvent apporter une contribution positive au développement de la région !

  • Par cloette - 28/07/2017 - 16:49 - Signaler un abus @Ganesha

    Tous les pays non organisés avec un gouvernement , (roi ou république ) ont été colonisès comme la Palestine par les Anglais , quand l'Angleterre est partie , celle ci a mal géré le problème , on le constate ! Elle aurait dû prévoir , mais elle ne se sentait pas concernée probablement .

  • Par Ganesha - 28/07/2017 - 17:32 - Signaler un abus Cloette

    Cloette, les occidentaux avaient acquis une supériorité technologique sur les autres habitants de cette planète et ils en ont abusé pendant quelques siècles. Cela reste le sujet favori des films de science-fiction : ''l'Invasion des Extra-Terrestres'' ! Dans une majorité des cas, nous avons eu la sagesse de nous retirer spontanément, sans violence... et c'est tout à notre honneur !

  • Par Marie-E - 28/07/2017 - 17:52 - Signaler un abus Ganesha

    écrit tellement d'âneries que je m'en vais finir de préparer Shabbat. Je ferai oeuvre beaucoup plus utile que de répondre et d'essayer de lui faire comprendre le Moyen Orient. La compassion pour les Israéliens qu'ils soient juifs, arabes, druzes, chrétiens, bahaïs, ou athées vous pouvez vous la garder. Ils n'en ont pas besoin.

  • Par Anouman - 28/07/2017 - 19:01 - Signaler un abus Yemen

    En fait s'il n'y a ni pétrole, ni gaz, ni uranium, ni autre minerai tout le monde s'en fout.

  • Par Joly Maurice - 29/07/2017 - 12:05 - Signaler un abus Les idées...

    En fait, sur cette planète, ce qui ne vaut strictement rien, c'est la vie humaine...Les "belles idées" ne servent qu'à donner bonne conscience à ceux qui les psalmodient bien au chaud et le cul bordé de nouilles, soit la gôche friquée à la bonne conscience. Dans les faits, des vies sont broyées par le profit mondialisé. Rien de neuf....

  • Par kelenborn - 29/07/2017 - 18:40 - Signaler un abus Oh la la

    La platitude de l'analyse est "heureusement" compensée par le vide byssal des commentaires (il est vrai qu'il y a du beau monde mais...o ne va pas reconstruire le mur des lamentations). Que dit Rodier, à part qu'il ne sait pas ou que personne ne veut être en panne d'essence? J'ai pas bien vu! Que dit Rayski!!! c'est plus marrant! Bof il sait bien et le confesse même! On se tue entre arabes donc...la on ne risque pas d'être en panne de morts. Il aurait pu s'arrêter la mais Rayski est un gros malin! Il transforme cela en plaidoyer pro-israélien!!! vous voyez bien! si c'était la même chose en Israel, on entendrait les bonnes âmes (et celles qui le sont moins ) hurler à la mort. Fantastique retournement dialectique: ce qui était : les biens-pensants se moquent du sort des yéménites (mais ... y a pas qu'eux) devient! si c'était les palestiniens, qu'est ce qu'Israel morflerait . Il doit rigoler Rayski parce que en face , le public est tellement chou! Plus c'est gros plus ça passe disait Goebbels! mais la non c'est très fin!!! Pas sur au fond qu'il fallait autant se décarcasser

  • Par Marie-E - 29/07/2017 - 21:56 - Signaler un abus Kelenborn

    au lieu d'écrire des âneries, essayez d'analyser et d'écrire quelque chose d'aussi intéressant qu'Alain Rodier et Benoît Rayski. Cela nous changerait.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

Voir la bio en entier

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€