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Et si les Allemands étaient meilleurs en grosses berlines qu'en banques ?

A en croire l'Autorité bancaire européenne (ABE), les banques allemandes auraient besoin de 9,6 milliards d'euros. Une preuve de plus de l'état fragile des banques outre-Rhin. Seconde et dernière partie d'une série en deux épisodes consacrée à la crise de la dette allemande.

Dans ma Benz

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Première partie de cette série en deux épisodes 
consacrée à la crise de la dette allemande : 

Banques dégradées et dette record : l'Allemagne aurait-elle menti ?

 

Rappelons-nous cette histoire incroyable, celle de la fameuse Hypo-réal. Cette banque qui, pendant qu’Angela était en train de discuter avec sagesse et pondération des voies et moyens de répondre aux folies bancaires américaines, annonça que si on ne lui passait pas 50 milliards d’euros demain matin, elle se déclarerait en cessation de paiements !

Or, à ce moment même, Angela était en train d’expliquer qu’elle tenait son système bancaire en laisse comme le maître chien son doberman de guerre.

Une boulette ? Ça n’arrive qu’une fois ? Mais non ! Ça arrive assez souvent ! La Commerzbank, par exemple annonçait, fin novembre, qu’elle aurait besoin de quelques 2,9 milliards d’euros pour compléter ses fonds propres. Deux ou trois jours plus tard, la banque annonçait qu’en fait ce serait plus de 5 milliards…

En fait de doberman, les banques allemandes font plutôt roquet. On ne parlera pas de la Commerzbank : c’est une banque quasi nationalisée, sous contrôle gouvernemental, non plus que la Dresdner. Allons, ne pleurez pas Milord ! Il y a encore la Deutsche Bank. Confiée jusqu’au mois de novembre 2011 à la gestion d’un Suisse allemand. Pour que les apparences soient sauves ? La Deutsche Bank est 28e banque mondiale, seule banque allemande dans le classement des 50 premières mondiales par la capitalisation boursière de 2011.

On dira que cet indice s’est cassé la figure pendant le courant de cette année, et on aura raison, mais le classement par bénéfice donne la Deutsche Bank 37e, et toujours seule banque allemande. L’Allemagne, quatrième pays du monde pour le PNB ? Et seulement,  une banque parmi les cinquante premières du monde?

La raison est simple : les autres banques allemandes sont, ou bien des caisses d’épargne, la ménagère de cinquante ans allemande a besoin de quelque chose de sûr pour mettre son argent, ou bien des banques de Lander. Ce sont ces banques-là qui se retrouvent dans le collimateur des noteurs. Leur dynamisme est légendaire et leur passion pour les "subprimes" américains aussi.

On ne sait pas très bien ce que tout cela a coûté (250 milliards d’euros ? Plus ? Beaucoup plus peut-être !) et où ces fameux produits financiers toxiques ont été stockés. Les structures de défaisance se sont succédées aux structures de gestion des mauvais actifs, un peu comme quand on met la poussière sous le tapis pour faire propre !

Comme si en brouillant les pistes, les Allemands finiraient par faire oublier ces choses abominables fait par des gens irresponsables : les banquiers. Il a fallu que les responsables des instituts de statistiques européens insistent fortement pour que les garanties publiques données sur l’endettement des sociétés de defeasance soient effectivement intégrées dans le calcul des dettes souveraines. Les Allemands ? Qui planqueraient des informations désagréables comme de vulgaires Grecs ? "Schade !"

Les Allemands ne savent pas faire de la banque

Les Allemands, il faut le comprendre, n’aiment pas la banque et ils considèrent qu’une économie vertueuse ne peut pas dépendre du système bancaire, qu’il soit allemand ou autre. Alors quoi ? La monnaie est vraiment un voile pour la veuve de Stuttgart. Ces derniers temps, on ne voit pas de jolies choses quand on le soulève. Alors les Allemands ont décidé qu’il fallait borner la chose monétaire et bancaire.

Quand on leur dit : ce serait bien qu’on puisse émettre des obligations européennes, ils répondent qu’ils ne sont pas là pour faire un métier de rehausseur de crédit et faire accéder les mauvais aux meilleurs notes des agences de notation, comme ces dernières avaient rehaussé les dettes subprimes. L’Allemagne ne rehaussera pas ! C’est la mort du ‘Uber Alles ‘,  ‘au dessus de tout’, ce chant de la nation allemande.  L’Allemagne …a renoncé à être ‘Ubermenshen’. Ça n’a pas marché et puis, aujourd’hui elle n’a plus l’âge ».

Elle ne veut pas non plus que la BCE joue le rôle de préteur de dernier ressort… Elle n’aime pas beaucoup l’idée que le FESF soit vraiment doté des moyens qui lui permettrait d’intervenir.

L’Allemagne ne veut pas faire de la banque, un point c’est tout ! La banque et les banquiers, c’est du pipeau pour Angela Merkel et la ménagère de Stuttgart. Toutes les banques allemandes mais aussi les "Sparkasse" ont mal tourné. Comment imaginer qu’une banque centrale soit "prêteur de dernier ressort"? Si les banques n’ont pas les moyens de prêter, elles n’ont qu’à ne pas le faire ! Au surplus, l’industrie allemande a-t-elle vraiment besoin des banques ? Les grandes entreprises allemandes n’ont pas conquis les parts de marché que tout le monde leur envie grâce à elles !

L’activité bancaire n’est pas une chose sérieuse en Allemagne ? Une preuve ? Toutes les anciennes banques privées, sauf une, ont disparu.  Quant aux banques régionales, qui sont des banques publiques, la classe politique allemande n’a pas de mots assez durs pour les fustiger. Les banques ne sont pas des institutions sérieuses. Un bon critère : la recapitalisation des banques et les besoins en capitaux propres nécessaires pour faire face à la montée des risques.

Les banques allemandes ont annoncé que leurs besoins s’élèveraient à quelques 5 milliards d’euros, c'est-à-dire le montant "revisité" nécessaire "a minima" à la Commerzbank !!!! En fait, ce serait au moins le double qu’il leur faudrait trouver sur les marchés en 2012 ! C’est simplement la même histoire que Hypo real… les banques allemandes ne sont pas à l’aise avec les chiffres ! Comme le disait un commentateur : "Il y a du souci à se faire pour les banques allemandes !"

Les Allemands ne seraient-ils à l’aise que pour faire des grosses voitures ?

C’est la question que tout le monde se pose. Finalement, si les Allemands disent "nein" à tout, est-ce au nom de la prudence financière ? Est-ce parce qu’Angela Merkel, qui a été élevée à la dure formation marxiste à l’époque de l’Allemagne soviétique n’a que méfiance pour la monnaie et le voile qu’elle jette sur l’économie réelle, la vraie ?! Les Allemands qui disent avoir tant souffert des banques et de la monnaie qui déraillent, n’ont-ils pas renoncé depuis longtemps à comprendre le fonctionnement de la banque, de la monnaie et des mécanismes financiers ?

Les décisions prises par les autorités allemandes consistent à accumuler des interdictions de faire en banque et en finance. Et si cela ne révélait tout simplement pas une incapacité intellectuelle à "penser" la monnaie et la banque ? Et si la conclusion était : "les Allemands sont bons dans les grosses bagnoles, mais ils sont nuls en banque" ?

Si c’était le cas, l’Europe serait vraiment mal partie !

 
Commentaires

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  • Par Ravidelacreche - 04/12/2011 - 11:09 - Signaler un abus Les Allemands ne savent pas faire de la banque

    Ils ont peut être "oubliés" de détruire les vieux deutshmarks ?

  • Par Jean-Francois Morf - 04/12/2011 - 11:28 - Signaler un abus Nicolas Hayek avait beauco d'admiration pour la Deutsche Bank...

    ...après s'être fait voler des millions par les banksters suisses!

  • Par brennec - 05/12/2011 - 11:23 - Signaler un abus Il y a une vie économique après les banques?

    Visiblement l'économie réelle, la vraie, n'a que faire des banques en allemagne. C'est assez étonnant alors que partout ailleurs on estime qu'il ne peut y avoir de développement sans banque. Pourtant quand on y regarde de plus près, nos banques a nous ont très peu a voir avec l'économie et beaucoup avec les dettes souveraines;

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Pascal Ordonneau

Pascal Ordonneau est l'ancien patron du marketing chez Citibank, ancien Directeur général des groupes Crédit Lyonnais et HSBC.

Il a notamment publié La désillusion, abécédaire décalé et critique de la banque et de la finance, paru aux éditions Jacques Flament en 2011.  Il publie également "Au pays de l'eau et des dieux"

Il tient également un blog évoquant les questions économiques et financières.

 

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