Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 14 Décembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Crise agricole : l'éleveur qui pensait que planter des croix blanches ne sert à rien

L’agriculture est malade, c’est un euphémisme que de le dire ; le désespoir gagne les campagnes, conduisant parfois à l’acte sans retour ; la colère n’est plus en devenir, elle est là ! Les réactions violentes, les symboles que l’on veut fort, l’appel au secours peut-il changer quelque chose ? Non, la solution est ailleurs, elle est à se prendre en main, comprendre un monde en mutation et contribuer à le bâtir, avec deux ingrédients majeurs : l’innovation et le collectif.

Wikiagri

Publié le

Faire société commune !

Partout dans les manifestations transpire un appel au secours à l’Etat, aux collectivités, aux politiques. Nous voulons d’eux des solutions, nous les avons élus démocratiquement, ils sont là pour ça. En déléguant par le vote à une classe politique la vie de la cité, nous leur laissons animer notre société comme ils l’entendent. Ils légifèrent, réglementent, contrôlent, quand ils devraient être des facilitateurs du vivre ensemble. "La démocratie ne se définit pas seulement par le vote, elle se définit par l’envie de faire société commune", dit Pierre Rosanvalon.

Au début des années soixante, la cogestion entre la profession agricole et l’Etat était une nécessité pour atteindre l’autosuffisance alimentaire. Ce fut le cas jusqu’en 1974 et l’objectif fut largement atteint. Depuis 1974 une autre réalité a supplanté celle-ci : faire baisser les prix des denrées alimentaires pour donner plus de pouvoir d’achat aux français et relancer l’économie par la consommation. L’Etat nous a fait croire que la cogestion devait continuer mais la véritable connivence depuis lors, est avec la grande distribution. L’Etat ferme plus ou moins les yeux sur ses agissements tant que le pouvoir d’achat du consommateur est préservé. Dans le même temps, une nouvelle donne politique a vu le jour, celle de la protection de l’environnement, générant quantité de plans, lois, règlements. Notre néo-cogestion a depuis consisté à rendre acceptable des règlements de plus en plus complexes, nous conduisant dans un imbroglio dont personne ne sait comment sortir.

Alors la démocratie ne doit elle pas passer à autre chose et véritablement faire société commune ? Différents sondages démontrent que 85 % de nos concitoyens ont une bonne opinion des agriculteurs, pendant qu’ils n’ont plus guère confiance dans notre représentation politique et qu’ils se méfient terriblement de la grande distribution. Nous le savons et nous n’en tenons pas compte. Avons-nous pensé à écouter et entendre les consommateurs ? Nous devons créer du lien consommateur/producteur, il nous faut faire des consommateurs des ambassadeurs de l’agriculture par leurs actes d’achat et les inciter à le faire savoir. Ils y sont prêts, nous devons l’entendre sans plus tarder. Nous, paysans, préférons être dans la justification de ce que nous faisons et aller contrer les quelques zozos qui contesteront toujours nos pratiques et qui ont fait des peurs un fond de commerce.

Nous produisons, nous produisons beaucoup, parce que nos terres sont fertiles et nos troupeaux performants. Notre savoir faire et la qualité de nos produits sont reconnus dans le monde, le guide Agroalimentaire, où exporter en 2016 ? le démontre à chaque page. Nous l’ignorons considérant le plus souvent l’exportation comme un marché de dégagement de surproductions honteuses, laissant le champ libre aux évangélistes de la décroissance qui n’ont de cesse de montrer du doigt d’hypothétiques surplus subventionnés venant priver de marchés nos collègues paysans africains. La réalité est ailleurs, notre savoir faire d’excellence est attendu partout et nous feignons de l’ignorer.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par langue de pivert - 28/02/2016 - 12:07 - Signaler un abus

    §§§ Dans le même temps, une nouvelle donne politique a vu le jour, celle de la protection de l’environnement, générant quantité de plans, lois, règlements. Notre néo-cogestion a depuis consisté à rendre acceptable des règlements de plus en plus complexes, nous conduisant dans un imbroglio dont personne ne sait comment sortir. §§§ Personnellement je pense que les agriculteurs devraient tous être des protecteurs de l'environnement sans que des règlements pondus par des fonctionnaires ignorants ne leur imposent ! Comment vivre dans et de l'environnement en lui portant atteinte ? Je vois dans des ravins à chaque crues s'entasser bidons de pesticides, engrais, désherbants, plastiques de serre et autres saloperies ! Je fais donc partie des zozos qui se nourrissent dans les circuits courts de produits de saison, qui privilégient les œufs classés "0" (élevage en plein air) qui préfèrent la viande de broutard à celle de vache de réforme seringuée d'antibiotiques et "finie" aux tourteaux de soja, de cochons élevés en plein air par des artistes-charcutiers à ceux qui n'ont jamais vu le soleil ! Je fais vivre les paysans de ma région sans regarder le prix : c'est mal ?

  • Par langue de pivert - 28/02/2016 - 12:22 - Signaler un abus

    Ceci dit j'adhère au reste de l'article ! Les paysans et les consommateurs ne doivent pas être opposés les uns aux autres ! Les consommateurs ont besoin des paysans pour se nourrir sainement et les paysans ont besoins de consommateurs (qui apprécient leurs produits et qui savent le prix de la qualité) pour vivre correctement de leur travail sans subvention ! Ne rien attendre de l'état ni de l'Europe. Seulement les consommateurs et les paysans, dans un respect mutuel et des intérêts convergents, suffiront à remettre l'agriculture "à l'endroit". Nous sommes ce que nous mangeons, ce n'est pas rien et cela à un prix !

  • Par vangog - 28/02/2016 - 13:20 - Signaler un abus Ah putain! Les solutions de nase...

    L'économie collaborative, le Blockchain, "faire société commune"...ça pue le novlanguisme terranoviste tout ça...non! L'économie bio est une economie de niche, pour bobos et ouverture des moyennes surfaces le dimanche...des normes et des contraintes écolo, en plus des taxes socialistes...rien de bien passionnant pour l'agriculteur! Les solutions sont à chercher ailleurs que dans ces discussions d'archaïques, biberonnés à la pensée unique...pourquoi ne pas envoyer notre Présidente et notre ministre de l'agriculture en Chine ( lorsque les patriotes auront rendu le pouvoir au peuple...) , pour vendre du lait de qualité aux Chinois qui en raffolent? Pourquoi ne pas envoyer nos surplus de porcs et autres vers l'Afrique, plutôt qu'annuler ses dettes à la France? Pourquoi ne pas faire peser la diplomatie europeiste moraliste sur un autre secteur que celui de l'agriculture, et annuler l'embargo russe, qui fut déclencheur de la réaction en chaine? Pourquoi ne pas virer les écolo-technocrates bruxellois, et pourquoi ne pas annuler, purement et simplement, les normes et contraintes qu'ils font peser sur l'agriculture? Le "militant de la cause" risque de ne pas aimer mes solutions...

  • Par langue de pivert - 28/02/2016 - 16:07 - Signaler un abus

    En fait il existe deux types de nourriture...et donc 2 types d'agriculteurs et de consommateurs : Nourriture 1) les matières premières (viandes, épices, lait et produits dérivés, fruits, légumes, céréales...) Transformés par les consommateurs (ou les restaurateurs, collectivités...) ou exportés brut. Type de nourriture qui existe depuis toujours. Nourriture 2) les produits alimentaires transformés (industries agro-alimentaire > centrales d'achats > grandes-surfaces mais pas que) Produits arrivés récemment en Europe, véritables saloperies, bourrées de produits toxiques, de matières premières de base aux prix - et donc à la qualité - "tirés" vers le bas dans une sur-enchère destructrice, générateurs d'emballages et de sur-emballages (payé mais pas mangé) ! Que des inconvénients ! Que les agriculteurs et les consommateurs fassent leur choix ! Après faut pas pleurer ! Un prix pour la qualité, un prix pour la merde !

  • Par Anguerrand - 28/02/2016 - 17:09 - Signaler un abus Le bio une farce

    Une étude sur les petits pots de bébés révélait quéils contenaient à peu près la même teneur en produit chimique que les autres. Il faut savoir que la France n'est pas autosuffisante en bio et qu'elle importe essentiellement son bio d'Egypte, plus ou moins contrôlé, plutot moins que plus et que l'arrosage venait de l'eau du Nil égout de toute l'Egypte. Àlors acheter du bio c'est plus cher, sans vraie garanties.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Hervé Pillaud

Agriculteur – éleveur, producteur de laitPrésident de Tech'elevage : salon dédié au high tech dans l’élevageAuteur de "Agronuméricus : internet est dans le pré"​(sortie le 16 septembre 2015). Militant de la cause agricole. Président du groupe Etablières, administrateur national au CNEAP (Enseignement Agricole Privé) La formation des Hommes est une priorité pour l’avenir de l’agriculture ! Vice-président du Conseil Economique Social et Environnemental des Pays de la Loire (CESER). 

Rapporteur en 2012 d’une étude sur l’agro-alimentaire : "Quel avenir pour les industries agroalimentaires en Pays de la Loire ?"​. Vice-président de la FDSEA de Vendée, Secrétaire Général de la Chambre d’agriculture de Vendée. Le numérique va repenser l'agriculture : Le numérique est une révolution, internet une rupture et les bockchains seront la renaissance. Le triptyque : nouveaux outils, nouvelles communications et big-data nécessitent une approche nouvelle. Un nouveau monde est à inventer qui va associer l'alimentation, les matières et énergies renouvelable, le bio design, le numérique et les smart grid. L'agriculture peut y jouer un rôle essentiel. La médiation, les échanges et la gouvernance vont être repensés. Une évolution est inéluctable ou l’on choisi délibérément d’être acteur ou spectateur et donc la seule question qui soit est de savoir si on désire agir ou subir la renaissance qui se dessine ! 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€