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Crise agricole : l'éleveur qui pensait que planter des croix blanches ne sert à rien

L’agriculture est malade, c’est un euphémisme que de le dire ; le désespoir gagne les campagnes, conduisant parfois à l’acte sans retour ; la colère n’est plus en devenir, elle est là ! Les réactions violentes, les symboles que l’on veut fort, l’appel au secours peut-il changer quelque chose ? Non, la solution est ailleurs, elle est à se prendre en main, comprendre un monde en mutation et contribuer à le bâtir, avec deux ingrédients majeurs : l’innovation et le collectif.

Wikiagri

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Crise agricole : l'éleveur qui pensait que planter des croix blanches ne sert à rien

Une crise sans précédent et sans issues visibles ?

Je suis agriculteur, producteur de lait en Vendée, je vis la crise comme beaucoup de mes collègues, peu d’entre nous n’y échappent.

Les agriculteurs vivent depuis plusieurs mois une crise sans précédent, puisqu’elle concerne toutes les productions principales de notre pays. Nous étions habitués à avoir en crise tantôt une production, tantôt une autre. Toutes en même temps, c’est je pense inédit. Alors ce n’est plus une crise, c’est un monde qui mute !

Dans le même temps nous croulons sous les charges et les contraintes administratives : le triptyque procédure, règlement, contrôle réduit considérablement nos possibilités de compétitivité.

La peur a gagné le plus profond du cœur du paysan : peur de ne pas satisfaire les échéances, peur du contrôle, peur d’être paupérisé, montré du doigt, déconsidéré par ses proches.

Nous demandons des prix, mais à qui et comment ? Nous demandons aux politiques de trouver des solutions mais ont-ils des solutions ? Nous sommes désormais prêts à tout, mais les actes de désespoir, de colère et de provocation sont-ils la solution ?

Une utilisation des symboles qui dérange ?

Semaine après semaine on assiste à une escalade dans la manifestation du mécontentement. Les déversements de fumiers sont des déferlements de colère, des cris de désespoir qui se répandent dans les rues. Jours après jours, ils ont fait place à des actions plus violentes et à l’utilisation de symboles mettant en scène la mort de l’agriculture. Ces mouvements et l’utilisation de symboles macabres sont un appel au secours désespéré. Ils peuvent aussi être perçus comme un signe de provocation désuet banalisant des représentations sacrées qui doivent rester celles du souvenir et du respect d’êtres chers.

Au risque d’être accusé de sensiblerie religieuse et de patriotisme déplacé, je veux exprimer mon désaccord avec cette utilisation, que ce soit par les paysans et aussi par bien d’autres corporations.

Il y a 100 ans du Fort de Douaumont au Chemin des Dames, nos aïeux sont morts, leur sang est mêlé à celui de ceux qui était considérés comme l’ennemi. Face à la mer à Colleville-sur-Mer, des milliers de croix blanches, associées à quelques croissants et étoiles de David, nous rappellent à jamais que des gamins sont venus mourir pour reconquérir notre liberté. Plus près de nous les fleurs posées au pied de la statue de la République sont là pour rappeler que des innocents sont tombés, victimes de la folie des barbares. Utiliser les mêmes symboles pour crier notre colère n’est-il pas excessif ? Personnellement je le pense et tout ce qui est excessif est insignifiant, dit l’adage. Même si notre situation est désespérée, nous ne pouvons pas tout nous permettre. Alors que faire quand il n’y a plus d’espoir ?

"C’est quand il n’y a plus d’espoir qu’il ne faut désespérer de rien !" dit Sénèque, raccrochons-nous à cette maxime et nous trouverons des solutions.      

 
Commentaires

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  • Par langue de pivert - 28/02/2016 - 12:07 - Signaler un abus

    §§§ Dans le même temps, une nouvelle donne politique a vu le jour, celle de la protection de l’environnement, générant quantité de plans, lois, règlements. Notre néo-cogestion a depuis consisté à rendre acceptable des règlements de plus en plus complexes, nous conduisant dans un imbroglio dont personne ne sait comment sortir. §§§ Personnellement je pense que les agriculteurs devraient tous être des protecteurs de l'environnement sans que des règlements pondus par des fonctionnaires ignorants ne leur imposent ! Comment vivre dans et de l'environnement en lui portant atteinte ? Je vois dans des ravins à chaque crues s'entasser bidons de pesticides, engrais, désherbants, plastiques de serre et autres saloperies ! Je fais donc partie des zozos qui se nourrissent dans les circuits courts de produits de saison, qui privilégient les œufs classés "0" (élevage en plein air) qui préfèrent la viande de broutard à celle de vache de réforme seringuée d'antibiotiques et "finie" aux tourteaux de soja, de cochons élevés en plein air par des artistes-charcutiers à ceux qui n'ont jamais vu le soleil ! Je fais vivre les paysans de ma région sans regarder le prix : c'est mal ?

  • Par langue de pivert - 28/02/2016 - 12:22 - Signaler un abus

    Ceci dit j'adhère au reste de l'article ! Les paysans et les consommateurs ne doivent pas être opposés les uns aux autres ! Les consommateurs ont besoin des paysans pour se nourrir sainement et les paysans ont besoins de consommateurs (qui apprécient leurs produits et qui savent le prix de la qualité) pour vivre correctement de leur travail sans subvention ! Ne rien attendre de l'état ni de l'Europe. Seulement les consommateurs et les paysans, dans un respect mutuel et des intérêts convergents, suffiront à remettre l'agriculture "à l'endroit". Nous sommes ce que nous mangeons, ce n'est pas rien et cela à un prix !

  • Par vangog - 28/02/2016 - 13:20 - Signaler un abus Ah putain! Les solutions de nase...

    L'économie collaborative, le Blockchain, "faire société commune"...ça pue le novlanguisme terranoviste tout ça...non! L'économie bio est une economie de niche, pour bobos et ouverture des moyennes surfaces le dimanche...des normes et des contraintes écolo, en plus des taxes socialistes...rien de bien passionnant pour l'agriculteur! Les solutions sont à chercher ailleurs que dans ces discussions d'archaïques, biberonnés à la pensée unique...pourquoi ne pas envoyer notre Présidente et notre ministre de l'agriculture en Chine ( lorsque les patriotes auront rendu le pouvoir au peuple...) , pour vendre du lait de qualité aux Chinois qui en raffolent? Pourquoi ne pas envoyer nos surplus de porcs et autres vers l'Afrique, plutôt qu'annuler ses dettes à la France? Pourquoi ne pas faire peser la diplomatie europeiste moraliste sur un autre secteur que celui de l'agriculture, et annuler l'embargo russe, qui fut déclencheur de la réaction en chaine? Pourquoi ne pas virer les écolo-technocrates bruxellois, et pourquoi ne pas annuler, purement et simplement, les normes et contraintes qu'ils font peser sur l'agriculture? Le "militant de la cause" risque de ne pas aimer mes solutions...

  • Par langue de pivert - 28/02/2016 - 16:07 - Signaler un abus

    En fait il existe deux types de nourriture...et donc 2 types d'agriculteurs et de consommateurs : Nourriture 1) les matières premières (viandes, épices, lait et produits dérivés, fruits, légumes, céréales...) Transformés par les consommateurs (ou les restaurateurs, collectivités...) ou exportés brut. Type de nourriture qui existe depuis toujours. Nourriture 2) les produits alimentaires transformés (industries agro-alimentaire > centrales d'achats > grandes-surfaces mais pas que) Produits arrivés récemment en Europe, véritables saloperies, bourrées de produits toxiques, de matières premières de base aux prix - et donc à la qualité - "tirés" vers le bas dans une sur-enchère destructrice, générateurs d'emballages et de sur-emballages (payé mais pas mangé) ! Que des inconvénients ! Que les agriculteurs et les consommateurs fassent leur choix ! Après faut pas pleurer ! Un prix pour la qualité, un prix pour la merde !

  • Par Anguerrand - 28/02/2016 - 17:09 - Signaler un abus Le bio une farce

    Une étude sur les petits pots de bébés révélait quéils contenaient à peu près la même teneur en produit chimique que les autres. Il faut savoir que la France n'est pas autosuffisante en bio et qu'elle importe essentiellement son bio d'Egypte, plus ou moins contrôlé, plutot moins que plus et que l'arrosage venait de l'eau du Nil égout de toute l'Egypte. Àlors acheter du bio c'est plus cher, sans vraie garanties.

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Hervé Pillaud

Agriculteur – éleveur, producteur de laitPrésident de Tech'elevage : salon dédié au high tech dans l’élevageAuteur de "Agronuméricus : internet est dans le pré"​(sortie le 16 septembre 2015). Militant de la cause agricole. Président du groupe Etablières, administrateur national au CNEAP (Enseignement Agricole Privé) La formation des Hommes est une priorité pour l’avenir de l’agriculture ! Vice-président du Conseil Economique Social et Environnemental des Pays de la Loire (CESER). 

Rapporteur en 2012 d’une étude sur l’agro-alimentaire : "Quel avenir pour les industries agroalimentaires en Pays de la Loire ?"​. Vice-président de la FDSEA de Vendée, Secrétaire Général de la Chambre d’agriculture de Vendée. Le numérique va repenser l'agriculture : Le numérique est une révolution, internet une rupture et les bockchains seront la renaissance. Le triptyque : nouveaux outils, nouvelles communications et big-data nécessitent une approche nouvelle. Un nouveau monde est à inventer qui va associer l'alimentation, les matières et énergies renouvelable, le bio design, le numérique et les smart grid. L'agriculture peut y jouer un rôle essentiel. La médiation, les échanges et la gouvernance vont être repensés. Une évolution est inéluctable ou l’on choisi délibérément d’être acteur ou spectateur et donc la seule question qui soit est de savoir si on désire agir ou subir la renaissance qui se dessine ! 

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