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Criminalité et terrorisme : ces poreuses frontières entre grands bandits et djihadistes

De nombreux terroristes qui ont frappé la France en 2015 ou en 2016 provenaient à l'origine de différents milieux criminels. La plupart de ces attentats ont d'ailleurs été financés à l'aide des revenus issus de ces secteurs.

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Criminalité et terrorisme : ces poreuses frontières entre grands bandits et djihadistes

Poussant encore plus loin, le mouvement djihadiste a utilisé les "compétences" des voyous, en particulier pour autofinancer ses réseaux en Europe.

Atlantico : Un récent article du Washington Post (voir ici) met en avant les frontières parfois très poreuses entre les milieux criminels et le djihadisme en Europe. Quand on sait qu'une majorité des terroristes français provenait d'abord du milieu criminel, quels sont les liens et les parallèles que l'on peut effectivement dresser entre criminalité et terrorisme, en France comme ailleurs ? Quels sont les points communs et les attentes susceptibles d'être partagées de part et d'autre ?

Alain Rodier : Cet article qui est basé sur une étude très approfondie du Centre international pour l’étude de la radicalisation et de la violence politique (ICSR) met en avant le fait que nombre de djihadistes européens qui ont basculé du côté de Daech (Groupe État Islamique -GEI-) sont issus de la criminalité, voire ont déjà passé un certain temps derrière les barreaux.

C'est un fait acquis pour nombre d’activistes, particulièrement des délinquants de droit commun français, qui ont rejoint l’organisation terroriste. Notons tout de même au passage que ce n’est pas le cas pour l’ensemble des volontaires dont certains étaient considérés comme parfaitement intégrés et ayant des activités honnêtes. Le cas des femmes est aussi différent et certainement beaucoup plus "religieux".

Cependant, pour en revenir à ces petits truands devenus djihadistes, Daech a réussi à se montrer suffisamment attractif pour les convaincre de sortir de leur existence de délinquance. Encore plus fort, ils ont même été convaincus qu’ils devraient sacrifier leur vie à leur nouvelle "cause". En-dehors du côté "aventure à la Mad Max" qui leur était proposé par les recruteurs, ces derniers abordaient le domaine psychologico-religieux : la rédemption de toutes leurs fautes passées - quelles qu’elles soient - par le djihad ! C’est particulièrement bien vu par les responsables de Daech qui, par ailleurs, dans les terres qu’ils contrôlent encore, punissent les écarts de conduite par des peines extrêmement graves : l’amputation pour les voleurs, la lapidation pour l’adultère et la mort par des moyens encore plus abominables dans de nombreux autres cas (en particulier pour la consommation et le trafic de drogue qui est Haram - un péché - selon leur vision religieuse). Poussant encore plus loin, le mouvement djihadiste a utilisé les "compétences" des voyous, en particulier pour autofinancer ses réseaux en Europe. A noter qu’Al-Qaida "canal historique" procédait également de la même manière, chaque cellule devant s’autofinancer autant que faire se peut, tous les moyens étant autorités - même le trafic de drogue.

Dans quelle mesure peut-on parler d'une porosité des frontières historiques ? L'État Islamique ne prend-il pas le contre-pied d'Al-Qaida en recrutant y compris parmi les "professionnels" du banditisme ? Quel impact une telle politique peut-elle avoir sur son succès ?

Globalement, Al-Qaida "canal historique" ne séduisait pas beaucoup de voyous européens. La nébuleuse exigeait une connaissance minimum de l’idéologie islamique qui demandait souvent un long parcours passant par l’apprentissage de l’arabe, le séjour au sein de madrasas en Égypte, au Yémen, au Pakistan ou ailleurs, puis un entraînement rude dans des contrées reculées où le confort occidental était absent. Le front syrien a été une nouveauté car les volontaires y trouvaient, en plus de l’aventure, une sorte de "société de consommation" où tous les trafics pouvaient avoir lieu. Ce front s’est même un temps surnommé le "Club Med du Djihad". Daech avait parfaitement compris l’état d’esprit des jeunes révoltés occidentaux et leurs aspirations. Il leur a offert ce qu’ils attendaient.

Il convient de rajouter que Daech avait aussi lié, pour ses besoins propres de fonctionnement, des liens très étroits avec de grandes organisations criminelles transnationales comme les maffyas turques. Ce sont elles qui s’occupaient de l’approvisionnement de Daech en hommes et en matériels. En échange, le GEI payait en pétrole, en antiquités et en matières premières. La seule chose qui n’a jamais été démontrée, c’est l’ampleur du trafic de drogue auquel Daech s’est vraisemblablement livré. Dans ce domaine, Al-Qaida "canal historique" a une grande antériorité avec le trafic d’opium provenant d’Afghanistan.

 
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  • Par emem - 18/10/2016 - 20:36 - Signaler un abus Faire son djihad !!!???

    Ce que vous appelé le grand banditisme n'a rien à voir avec les islamistes, même si on peut être en même temps un "grand bandit" et un islamiste. Le grand banditisme ne s’intéresse qu'au profit matériel. Les islamistes veulent islamiser le monde entier PAR TOUS LES MOYENS. Le terrorisme n'en est q'un moyen très accessoire. L'immigration colonisatrice et le ventre de leurs femmes sont autrement plus dangereux. Parler de djihadistes, pour désigner les terroristes islamiques, est une absurdité. Le djihad, su'on le veuille ou non , fait partie intégrante du coran... Ce terme est vraiment trop banalisé. Il ne faut pas lui ôter sons sens profond.

  • Par emem - 18/10/2016 - 20:36 - Signaler un abus Faire son djihad !!!???

    Ce que vous appelé le grand banditisme n'a rien à voir avec les islamistes, même si on peut être en même temps un "grand bandit" et un islamiste. Le grand banditisme ne s’intéresse qu'au profit matériel. Les islamistes veulent islamiser le monde entier PAR TOUS LES MOYENS. Le terrorisme n'en est q'un moyen très accessoire. L'immigration colonisatrice et le ventre de leurs femmes sont autrement plus dangereux. Parler de djihadistes, pour désigner les terroristes islamiques, est une absurdité. Le djihad, su'on le veuille ou non , fait partie intégrante du coran... Ce terme est vraiment trop banalisé. Il ne faut pas lui ôter sons sens profond.

  • Par Gordion - 20/10/2016 - 09:28 - Signaler un abus Opium et haschich

    ...Si le rôle d'al Qaïda, et des Talibans, dans le trafic d'opium en provenance d'Afghanistan vers l'Iran est connu, qu'en est-il du haschich dont le premier producteur mondial est...le Maroc, soutien de la coalition anti-GEI, et très lié à la France dans ke domaine du renseignement (cf. les attentats du 13 novembre)? La forte implication de Français d'origine marocaine d

  • Par Gordion - 20/10/2016 - 09:28 - Signaler un abus Opium et haschich

    ...Si le rôle d'al Qaïda, et des Talibans, dans le trafic d'opium en provenance d'Afghanistan vers l'Iran est connu, qu'en est-il du haschich dont le premier producteur mondial est...le Maroc, soutien de la coalition anti-GEI, et très lié à la France dans ke domaine du renseignement (cf. les attentats du 13 novembre)? La forte implication de Français d'origine marocaine d

  • Par Gordion - 20/10/2016 - 09:29 - Signaler un abus ..suite

    ..dans la commercialisation de cette drogue en Europe est-elle concernée par cette étude?

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr (uniquement en version électronique); en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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