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Création d’une garde nationale : ces pays qui réussissent très bien à impliquer leurs citoyens dans une gestion collective de la sécurité

Alors que François Hollande a confirmé ce jeudi la mise en place prochaine d'une garde nationale dans la lutte antiterroriste, plusieurs de nos voisins occidentaux ont déjà mis à contribution leur société civile dans ce domaine.

Vigilance citoyenne

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Création d’une garde nationale : ces pays qui réussissent très bien à impliquer leurs citoyens dans une gestion collective de la sécurité

Atlantico : François Hollande a évoqué ce jeudi la mise en place d'une "garde nationale" pour lutter contre le terrorisme. Concrètement, quelle forme pourrait prendre cette garde nationale ?

Emmanuel Dupuy : La question de la garde nationale avait déjà été abordée au lendemain des attentats de novembre 2015 par le président de la République, devant le Congrès réuni à Versailles, qui appelait à la création de cette garde nationale comme une première réponse face à la "sidération" que ces attentats avaient provoquée. Mais les contours étaient un petit peu flous, d'où un intense travail parlementaire sous l'égide des sénateurs Jean-Marie Bockel (UDI) et Gisèle Jourda (PS) qui ont rendu leur rapport sur la garde nationale, le 13 juillet dernier et l'ont présenté au President de la République, le 28 juillet.

Le président de la République a dit qu'il rendrait son arbitrage fin août et que la Représentation nationale aurait à se prononcer en septembre. Pourquoi un tel arbitrage ? Parce qu'il y a sans doute des interprétations différentes sur ce qu'on entend par garde nationale.

Les sénateurs partent du principe qu'elle devrait se penser comme une mise en forme plus efficace d'un dispositif de réserve tel qu'il existe déjà aujourd'hui. Une sorte de réserve "renforcée". Comme vous le savez, l'objectif des 100 000 réservistes qui courait depuis 2001 n'a jamais été atteint (54 000 en 2014). Il y a un certain nombre de réserves militaires (citoyennes et opérationnelles, dont certaines ciblées sur les nouvelles menaces, telles que la cyber sécurité) qui constituent l'embryon d'une garde nationale sous l'égide du ministère de la Défense. L'objectif annoncé est de faire en sorte qu'il y ait une montée en puissance progressive pour atteindre le chiffre de 40 000 réservistes de manière permanente d'ici fin 2018, soit une augmentation de 77% du nombre de réservistes.

Il y a, cependant, une autre façon de concevoir le concept de garde nationale : rassembler dans une forme protéiforme toutes les formes de réserve militaires ou civiles (police, justice, education nationale,  sapeurs-pompiers, sécurité civile, réserve de réponse aux urgences sanitaires, etc.) en y ajoutant le service civique dont la vocation est d'accueillir 350 000 jeunes par an d'ici 2019. Bref, Une sorte de force militaire et civilo-militaire qui puisse répondre aux besoins des Français pour une forme d'engagement citoyen volontaire et d'avoir une structure qui puisse rassembler les Français qui veulent agir concrètement pour développer le sentiment de résilience. C'est cette dernière forme que semble vouloir mettre en place le President de la République.

Il y a donc deux façons de concevoir la réserve : soit profiter de l'appel du président de la République pour avoir une meilleure "territorialisation" des forces de réserves et une meilleure homogénéisation entre les forces de réserve opérationnelles de la gendarmerie et celles des forces armées, soit profiter du renforcement du sentiment d'appartenance nationale et du besoin de mobilisation de la société française à travers un concept qui engloberait davantage que le ministère de la Défense. Rien n'est encore décidé.

Dans un entretien accordé récemment à Atlantico (lire ici), le député socialiste Malek Boutih appelait à un plus grand rôle de la société civile dans la prévention et la lutte antiterroriste. Concrètement, quelle forme cette "participation" pourrait-elle prendre ? Que peut faire la société civile, que les autorités publiques ne peuvent pas ?

Dominique Moïsi : Malek Boutih a tout à fait raison. La société civile a un rôle à jouer dans la prévention et la lutte antiterroriste. L’Etat ne peut pas tout faire. En Israël un pays qui est confronté à la menace terroriste depuis des décennies, la société précisément parce qu’elle a développé une sorte de sixième sens sécuritaire, contribue par son état de veille permanente à la plus grande sécurité de tous. Il ne s’agit pas bien sûr d’une garantie absolue. Mais le nombre compte. Une "armée de citoyens attentifs" est au coté et en complément de l’action de l’Etat une contribution indispensable. Il ne s’agit pas bien sûr en France d’armer les citoyens ou pire encore de créer des milices en dehors du contrôle de l’Etat. Nous devons résister tout en restant nous-mêmes, une nation soucieuse du respect de l’Etat de droit. Cet état d’alerte peut signifier signaler aux autorités policières et judiciaires des modifications du comportement de certains membres de votre entourage. Il ne s’agit pas de délation, mais de prévention et de responsabilité.

Emmanuel Dupuy : Malek Boutih a raison, mais il devrait davantage prendre en compte la multitude de rapports qui évoquent la nécessité d'un dispositif beaucoup plus résilient, permettant de tenir compte des signaux  dit "faibles" et permettant de mobiliser tout un pan - peu ou prou pris en compte - de la société française qui contribue à lutter activement "en amont" contre le terrorisme. Il a sans doute, aussi, en tête le fait qu'il y a, à côté des forces de police,  toute une série d'acteurs pas encore totalement utilisés comme ils pourraient l'être dans la situation exceptionnelle que nous vivons : policiers municipaux (pas tous armes, du reste) nombreux personnels issus des métiers de la sécurité privée (vigiles, agents de sécurités, etc.) ils seraient 440 000 en France, selon le dernier recensement du Conseil national des activités de sécurité privée (CNAPS). Il y a aussi tout un dispositif lié à la mobilisation de la jeunesse, notamment à travers les dispositifs des cadets ( sapeur-pompiers volontaires, cadets de la police, de la justice...).

En évoquant les actions non encore prises en compte pour mobiliser les Français, il conviendrait de faire référence à la nécessité d'ancrer davantage l'état de "vigilance permanente", plutôt que de mobiliser en permanence, sur le territoire nationale, nos forces armées, particulièrement sollicitées depuis le lancement de l'Opération Sentinelle en janvier 2015.

Il y a ainsi toute une série d'acteurs qui pourraient, non pas remplacer nos forces de sécurité intérieure (CRS, police, Gendarmerie nationale) et nos forces armées, mais bien être complémentaires et mobilisables, selon le niveau de la menace.

Il y a aussi des dispositifs mobilisant davantage les associations civiques, citoyennes, celles liées au lien armées-Nation. Il y a également, comme le rappelait le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, la "deuxième garde nationale" constituée par l'Éducation nationale. C'est, en effet, au niveau de l'Ecole républicaine, que se bâtit, se renforce et se développe le sentiment d'appartenance nationale et de solidarité collective. L'éducation devrait être notre premier rempart, il ne l'est hélas plus.

Par ailleurs, de très nombreuses associations font déjà beaucoup au niveau micro-territorial. Ces dernières sont efficaces ponctuellement et localement et mériteraient d'être mieux utilisées. Le rapport que Patrick Baudoin (actuel maire de Saint-Mande, ancien député) "civisme, citoyenneté, esprit de défense : retrouver le chemin de la République) avait présenté au président de la République de l'époque, Nicolas Sarkozy, dressait déjà en 2010, une compilation très fine de toutes les activités œuvrant dans le sens du développement du civisme et de la citoyenneté.

Il s'agit de veiller, avant tout, à ce qu'au moment où les jeunes passent par le prisme de l'éducation, il y ait  à travers des cours, au-delà des trop insuffisantes heures d'enseignement de l'éducation civique et de l'esprit défense,  davantage d'efforts pour rappeler  de la vie en société, du fonctionnement de nos institutions ou de la manière dont le pacte sociétal se construit. Il s'agit de faire  en sorte que les programmes scolaires soient adaptés à l'urgence du moment, et sensibiliser les jeunes à leur responsabilité.

Au-delà de l'Éducation nationale, il y a également tout un travail de sensibilisation à faire au niveau de la responsabilité des élus. Or, ce sont souvent les mairies et les services sociaux des collectivités locales qui sont les interlocuteurs privilégiés des familles, dans lesquels les phénomènes de radicalisation peuvent être décelés. Les deux  précédents Livres blancs de La Défense et de la Sécurité (2008 et 2013) le rappelaient d'ailleurs : les élus locaux ont un rôle déterminant dans la cohésion nationale et donc la mise en place de la sécurité au quotidien.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 29/07/2016 - 09:36 - Signaler un abus L'EN deuxième garde nationale???????

    et puis quoi encore, le PIR troisième garde nationale, le PS quatrième garde nationale. Garde=soldats, fusils, uniforme, discipline, armée, entraînement physique et moral, cheveux courts et pas lunettes rondes et cheveux frisés, ....Msieur Moïsi, et vraiment depuis mai 68 vous portez bien votre nom!

  • Par Marie-E - 29/07/2016 - 10:17 - Signaler un abus @Emmanuel Dupuy

    il y a une chose qui m'a franchement énervée : "Certains responsables politiques évoquent la nécessité d'israéliser la société française, partant du principe que nous serions en état de guerre permanente. Je pense qu'il faut être plus modéré dans cette appréciation : nous ne sommes pas encore arrivés à la quotidienneté d'attentats qui touchent depuis 40 ans les sociétés israélienne et palestinienne" J'ignorais qu chaque jour, des "terroristes israéliens commettaient des attentats contre les Palestiniens". D'ailleurs la question portait sur Israël et non pas sur Gaza et la Judée Samarie. Par contre je confirme que les Israéliens ont pratiquement réussi à empêcher les attentats de masse (discothèque, restaurants...) mais pas les individuels mais ils réfléchissent ne vous inquiéteez pas pour eux. Z'en avez pas marre de nous servir la Palestine à n'importe quelle occasion ? Bon ben on va attendre les suivants (attentats) en espérant qu'ils soient ratés pour voir s'il est temps d'essayer de faire quelque chose dans ce pays comme appliquer vraiment l'état d'urgence et virer les salafistes connus

  • Par gerint - 29/07/2016 - 10:49 - Signaler un abus Hollande peut oarler

    Et proposer ce qu'il veut, il n'est pas crédible. Ice n'est qu'un menteur qui ne vit rien de ce qu'il raconte. Il doit partir pour passer la main à une équipe sinon udéale du moins plus franche et plus convaincue, plus efficace

  • Par Leucate - 29/07/2016 - 13:51 - Signaler un abus Dissolution de la Garde Nationale

    Nous avion une Garde Nationale en France. de 1789 à 1871. Il a fallu la vaincre militairement en reprenant Paris rue après rue pour la dissoudre définitivement. Le gros problème d'une Garde Nationale composée de volontaires qui exercent un métier et ont une vie familiale est que ce système n'est viable que dans les Etats stables où l'idée même d'une révolution est inimaginable. Ce qui n'est pas le cas de la France, pays instable depuis la révolution. En fait, la Garde Nationale a participé directement à tous nos nombreux changements de régime entre 1790 et 1871. Soit elle obéissait au gouvernement et l'émeute était réprimée, soit elle ne le faisait que partiellement en fonction du quartier où habitait le garde nationale, certaines compagnies répondant à l'appel, d'autres l'ignorant voire se rangeant du côté des émeutiers avec leurs armes, et enfin il y avait le cas où la GN se rangeait du coté de l'insurrection et le régime tombait. La vraie question est donc: la France est-elle dans un tel état de paix et de sérénité qu'elle peut armer des civils de toutes ses communautés au vivre ensemble pacifique et exemplaire ?

  • Par Anguerrand - 29/07/2016 - 16:20 - Signaler un abus A Leucate

    Vous m'étonnez pensez vous que MMLP qui veut se faire enrôler dans la garde nationale pourrait faire parti de traîtres à la patrie ? Je suis admiratif de sa décision, elle ne fait pas que parler, elle agit. C'est pas Philipippot qui ferait ça meme s'il y aura une majorité une majorité d'homme.

  • Par vangog - 29/07/2016 - 16:54 - Signaler un abus L'éducation nationale refuse de signaler les copies

    sensibles aux renseignements, mais la ligue de l'enseignement (payée par la réserve parlementaire, selon les ordres de l'Oberstumfuhrer Bruno Le Roux), elle, est très active pour espionner et pister les patriotes du FN, qu'elle n'hésiterait pas à dénoncer, si, par improbable, ils commaitaient une action hors-la-loi...Boooouuuh!

  • Par quesako - 29/07/2016 - 20:59 - Signaler un abus D'une garde nationale à une milice il n'y a souvent qu'un pas !

    ça coute moins cher que des policiers, des gendarmes, ou des services de sécurité, mais ça peut être dangereux dans certaines situations. Ca fait un peu Liban, non ?

  • Par Leucate - 29/07/2016 - 21:00 - Signaler un abus @ Anguerrand - pénible à la fin

    Au moins MMLP apprendra-t'elle le maniement des armes, ce qui peut être utile à l'avenir, en particulier pour une jeune femme. :-))

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Emmanuel Dupuy

Emmanuel Dupuy est président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe). Spécialiste des questions de sécurité européenne et de relations internationales, il a notamment été conseiller politique auprès des forces françaises en Afghanistan. Délégué général des Centristes chargé des questions internationales et de sécurité. 

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Dominique Moïsi

Dominique Moïsi est membre fondateur de l’IFRI (Institut Français des Relation Internationales), et auteur de La Géopolitique de l’Emotion et dernièrement de La Géopolitique des Séries ou le triomphe de la peur.

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