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Coût du travail, balance commerciale, compétitivité : ces totems qui ne veulent en fait pas dire grand-chose

Parce qu'avoir une balance commerciale excédentaire ne signifie pas que le marché intérieur n'est pas souffrant et que le coût de la main d’œuvre en Allemagne progresse également mais est freiné par les autorités en place... Certains indicateurs souvent considérés comme absolus sont à prendre avec des pincettes.

L'indicateur n'indique rien

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Coût du travail, balance commerciale, compétitivité : ces totems qui ne veulent en fait pas dire grand-chose

Les indicateurs de balance commerciale ne sont pas forcément pertinents pour analyser la compétitivité. Crédit Reuters

Atlantico : Les indicateurs de balance commerciale sont-ils réellement pertinents quand il s'agit d'estimer le caractère compétitif d'un pays ? Un état qui présente un excédent commercial est-il nécessairement compétitif ?

Francesco Saraceno : Il faudrait commencer par dire qu'aucun indicateur ne peut capturer une notion aussi complexe que la compétitivité. L’excédent commercial en est un très bon exemple, parce qu'il ne fait qu'enregistrer l’excès d’épargne (s'il est positif) ou de dépenses d'une économie. Or, un excédent commercial important peut simplement résulter d'une crise de demande interne (par exemple suite à une récession, comme c'est le cas en Grèce). Une grande partie des déficits commerciaux de la périphérie de la zone euro ont été réabsorbés depuis 2009.

Mais on a encore du mal à comprendre si ceci est lié au cycle, ou à une amélioration de la compétitivité obtenue par la déflation salariale, comme l’espèrent les partisans de l’austérité et des reformes structurelles. Je penche plutôt pour la première explication.

Que dire du coût du travail ? S'agit-il d'un indicateur de compétitivité pertinent ? Pourquoi ?

Le coût du travail se compose du salaire et des impôts payés par les firmes. Il est clair qu'une fiscalité excessive sur le travail nuit à la compétitivité. Mais il faut relativiser cet impact, parce que la fiscalité peut financer des biens publics (éducation, infrastructures matérielles et immatérielles, recherche de base) qui peuvent eux-mêmes porter des bénéfices au système productif dans son ensemble. Ceci pour dire que le coût du travail a le grand défaut de se concentrer sur la compétitivité-prix qui n'est qu'un aspect de la compétitivité d'un pays. Nos voisins allemands en sont un très bon exemple. Leur succès sur les marchés globaux ne se fait pas grâce à leurs prix, mais grâce à leur capacité à se situer sur des segments de marché où la qualité est importante, et la valeur ajoutée élevée.

Finalement, qu'est-ce qui permet vraiment de juger de la compétitivité d'un pays ? Quels sont les indicateurs auxquels se référer ?

Encore une fois regarder à l'Allemagne peut aider à répondre. Le succès allemand d'aujourd'hui s'est construit avec le développement d'un système industriel fortement intégré avec le système bancaire qui en assurait un flux de financement stable (cette forte intégration est une des raisons, par ailleurs, qui expliquent les résistances allemandes vis-à-vis de l'Union Bancaire), et avec un "système pays" (soit au niveau fédéral que au niveau des Länder) qui en garantissait le succès en réunissant toutes les conditions pour une économie productive et dynamique. La compression des salaires et les reformes du marché du travail ont en fait eu un impact assez marginal dans l'essor des exportations allemandes, et en fait selon certains commentateurs pourraient même à terme nuire à la compétitivité allemande, en provoquant une baisse (qu'on observe déjà) de l'investissement et de la qualité du "capital humain". La compétitivité d'un pays se construit en menant une politique industrielle active, en exploitant la complémentarité de l'investissement public (par exemple dans la recherche de base) et de l'innovation privée, et en assurant que firmes et travailleurs sont protégés des chocs macroéconomiques et financiers. Ceci est simplement impossible à capturer avec un ou même plusieurs indicateurs !

 
Commentaires

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  • Par ignace - 27/03/2014 - 17:33 - Signaler un abus Bon article ...merci

    .....

  • Par jerem - 28/03/2014 - 08:58 - Signaler un abus Enfin ! faites la meme chose avec le taux de chomage

    le taux de chomage , le taux de chomage des jeunes . au regard des taux de travail a temps partiel, des durées moyennes de temps de travail a temps partiel Pays bas : tauxde chomage 7% avec 50% de salariés a temps partiel et 19h en moyenne par semaine . France : 11% / 18%/ 24h Allemagne : 5% / 26%/ 18h les taux d'activité des jeunes , les taux de scolarisations des jeunes . UK : 20% de taux de chomage des jeunes (15-24 ans), 900.000 chomeurs de 15-24 ans (12% de la tranche d'age) et 52% de scolarisation a 18 ans France : 25% / 700.000 (9% de la tranche d'age) / 77% Allemagne : 7% / 350.000 (5% de la tranche d'age) / 82% Mais on nous tresse des couronnes sur le dynamisme britannique (12% de la tranche 15-24 ans au chomage), neerlandais (la moitie des salariés a temps partiel avec 50% d'un temps complet) ou allemand (sur qu'avec une natalité en berne , la rareté est meme une bénédiction pour les immigrés ingénieurs espagnols portugais itlaiens ou francais ou main d'oeuvre de l'industrie alimentaire prvenant de l'espace de l'ex urss actuelle ue )

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Francesco Saraceno

Francesco Saraceno est économiste senior au sein du département Innovation et concurrence de l'OFCE. Il est également signataire de la tribune : The economist warningVous pouvez le suivre sur son compte twitter : Francesco Saraceno.

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