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Couple : ces problèmes graves que peut cacher une baisse prolongée de la libido de votre partenaire

Dans le rapport 2015 de Relate, The Way We Are Now, avec Marriage Care et relations Ecosse, les deux tiers des répondants ont dit qu'ils considéraient leur vie sexuelle comme importante, mais moins de la moitié en étaient satisfaits. 51% ont quant à eux déclaré ne pas avoir eu de relations sexuelles au cours du dernier mois. Voici comment faire face à des baisses de libido prolongées.

C’est du sérieux

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Couple : ces problèmes graves que peut cacher une baisse prolongée de la libido de votre partenaire

Atlantico : Au-delà de la procuration du plaisir pur, le sexe a-t-il une importance dans le couple, et si oui laquelle ?

Michèle Boiron : Plus que le plaisir pur, on peut s’accorder à penser qu’une sexualité épanouie témoigne d’une réussite d’un couple avant de refléter d’un haut degré d’humanisation. Passer de la copulation à l’acte d’amour, c’est se libérer de l’asservissement aux instincts, pour atteindre par la conscience du plaisir une vraie liberté. Or cette liberté chèrement acquise a entrainé un certain nombre d’excès, voire de dérives jusqu’à se questionner sur ce que serait un couple normal, une sexualité normale.

Précisément parce qu’aujourd’hui, tout semble régit par la norme, le politiquement correcte, les couples se posent cette question de l’importance de la sexualité. Or cela n’a de sens que par rapport à cet autre avec lequel celui qui se plaint est, ou souhaite être, en relation sexuelle.

La plainte est un symptôme déposé par l’homme où la femme pour dire l’insatisfaction et la déception face à une sexualité qu’ils avaient imaginée plus épanouissante. Aujourd’hui, il me semble difficile d’être dans le déni de l’importance de la relation sexuelle dans le couple. Dans la plupart des cas, l’un des deux partenaires formule des reproches sur la conduite sexuelle de l’autre en termes de fréquence, de mode, de rythme, de lieu de satisfaction, d’expertise de libido, de désir, d’excitation… Cette plainte se manifeste aussi souvent sous la forme de l’expression d’un manque, d’une frustration, d’une souffrance qui induit un changement obligé de l’autre, autour d’une impossible rencontre sexuelle.

Or, la rencontre de deux êtres s’est fabriquée autour de phénomènes inconscients qui font que ce manque à "être" ou à "avoir" est toujours fondé sur un manque archaïque que le symptôme vient mettre en scène et que la plainte traduit.

Quelles peuvent être les causes d’une baisse de désir sexuel prolongée pour son partenaire ?

La baisse de désir sexuel est à prendre en compte si elle est prolongée et si le couple est en souffrance. Ceci est valable pour toutes les pathologies.

La piste médicale hormonale est à analyser. La dépression sous-jacente aussi. Les évènements de vie qui ont pu déclencher une baisse de désir qui peut s’étendre à d’autres domaines doivent être aussi interrogés. On se doit d’être toujours vigilant, car un symptôme en cache souvent un autre. La consultation pluridisciplinaire s’impose en sexologie. Le gynécologue pour la femme et l’urologue pour l’homme sont à consulter systématiquement avant de pouvoir faire un diagnostic, à fortiori si la piste psychologique est avancée. La consultation chez un psychiatre peut être aussi envisagée.

Deux pistes pathologiques sont à ne pas écarter et à analyser : celle d’une personnalité narcissique auto-suffisante qui ne s’intéresse pas au désir de l’autre et donc incapable de le susciter chez l’autre. Le cocktail fantasme et masturbation peut mettre ainsi l’autre à distance. Et celle d’une personnalité perverse qui, en privant l’autre de sexualité en la maitrisant, la décidant pour les deux est synonyme pour la personne de grande jouissance dans la frustration exercée sur l’autre. On est là dans des pathologies qu’il faut examiner pour comprendre la névrose qui lie ce couple-là.

La baisse de la fréquence des relations sexuelles dans un couple signifie-t-elle que le dit couple est en danger ?

Le couple est en danger si le contrat implicite dans le couple n’est pas en harmonie avec ce qu’il attend de la relation sexuelle et si le couple en est le seul garant.

Pour qu’il y ai relation sexuelle, il faut que les deux soient désirants et que la demande de l’un n’envahisse pas le désir de l’autre jusqu’à ce qu’il n’ait plus le moindre espace pour désirer. Sachant que le désir se nourrit du manque, on peut aisément imaginer que la demande de l’un peut étouffer le désir de l’autre. Jusqu’à provoquer l’évitement.

Un couple peut-il fonctionner sans sexe ?

Le sujet humain est un être culturel. Il faut donc analyser le système de valeurs et de croyances de la société d’aujourd’hui pour accéder à la compréhension des comportements sexuels.

En 2016, quand il s’agit de couple et de sexualité, la tiédeur n’est pas très excitante. Il est donc recommandé d’être froid ou bouillant. Entre excès et abstinence, on voit une nouvelle génération de couples qui apparaissent de plus en plus dans nos consultations qui fonctionnent "sans" ou avec "trop" de sexe ! De là à impliquer l’excès, la course à la jouissance à tous prix et à l’individualisme forcené et la bascule vers le no-sexe, il y a tout un chemin.

Pour certains, le sexe était présent au début dans la relation et le couple constate une chute voire une absence totale de sexualité. Elle peut être liée à un évènement traumatique ou simplement à l’usure du couple. Dans tous les cas, une anamnèse rigoureuse de la vie sexuelle est à interroger pour éviter de mettre en exergue une relation de cause à effet un peu trop facile.

Deux voies possibles : soit la sexualité n’a jamais été présente et elle a toujours été un motif de plaintes de discordes de mésententes dans le couple. Elle alimente une plainte qui forme le ciment du couple. Là où je me plains je suis vivant(e). Soit le sexe a existé entre eux, et il n’est qu’absent, en chute libre ou en panne. Il conviendra d’analyser les raisons de cette absence de désir afin mettre au point un protocole d’actions pour les aider, mais aussi retrouver de leur côté une inventivité dans le couple pour redorer sa sexualité, lui redonner de l’oxygène. Il ne faut pas renoncer et nourrir l’espoir de retrouver ce qui ne s’est absenté peut être que momentanément ! Avec un peu d’amour et avec Goethe dans le second Faust : "le féminin éternel nous tire vers le haut". Ce à quoi Nietzche répond : "L’éternel masculin nous tire vers l’intérieur".

 
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Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue Clinicienne, thérapeute de couples et  sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris. Membre de L’AIUS association inter universitaire de sexologie. Auteur de différents articles notamment sur le Vaginisme, Gourmandise et  Sexualité, le XXIème Sexe, l’Addiction Sexuelle, la Fragilité Masculine. Rédactrice invitée  du magazine : Sexualités Humaines. 

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