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Coupe du monde 2018 : a-t-on le droit de dire qu’on ne supporte pas les grandes émotions collectives ?

Une joie n'est-elle authentique et digne d'intérêt que si elle est partagée ? Les joies solitaires sont-elles étriquées et mesquines ?

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Coupe du monde 2018 : a-t-on le droit de dire qu’on ne supporte pas les grandes émotions collectives ?

 Crédit DAMIEN MEYER / AFP

Dans les grands moments d'exaltation collective - et la Coupe du monde nous en a donné une illustration éclatante dans la soirée du 10 juillet -, je me sens déphasé, décalé, presque importun parce que non seulement j'ai du mal à me fondre dans une allégresse festive et enthousiaste mais que surtout mon bonheur serait d'autant plus intense que je pourrais le savourer égoïstement, dans un dialogue avec moi-même ou à la rigueur avec un autre accordé au même rythme et au même silence. J'aime énormément que rien ne vienne gangrener l'attention principale, je ne suis pas friand des périphéries parasitaires et inutiles par rapport à l'essentiel.

Faut-il véritablement se justifier parce que, dans l'histoire d'un pays et dans les mille séquences de nature si diverse qui la remplissent, on n'est pas capable de se mettre au diapason, à l'unisson d'une ferveur militante ou ludique dont on comprend, en constatant les prétextes dont elle se sert, qu'elle est attendue et espérée par beaucoup ? Je ne crois pas dans la mesure où l'aptitude au collectif ne me semble pas constituer une donnée fondamentale pour bien vivre.

Je sais que dans les registres professionnels, notamment judiciaire, le collectif est ressassé comme une exigence, une sorte d'humanisme technique qui condamnerait ceux qui ne s'y prêtent pas à la médiocrité ou, pire, à l'enfer. Pour ma part, même sur ce plan, j'ai perçu la solitude plus comme une chance que comme un obstacle. N'avoir à s'encombrer que de soi est infiniment plus facile que se fondre dans un pluriel qui ne vous apporte que malaise et souvent perte de temps.

Mais on ne me pardonnerait pas de ne pas aller plus loin. Je dois concéder que ma détestation du collectif tient surtout au fait qu'une timidité se révèle douloureuse et éclatante au sein d'une multitude quand le singulier ou le petit cercle ont pour avantage de la faire disparaître derrière l'expansion tranquille de soi.

J'avoue également, à considérer les dérives des frénésies collectives, qu'il y a de la gêne, presque de l'indécence à être le témoin du surgissement, chez quelqu'un, de quelqu'un d'autre. Sous l'effet de la foule. Une libération de soi qui peut faire peur tant chez certaines personnalités la nuit et le jour se remplacent alors ostensiblement et donnent l'impression d'un inconnu qui est venu détruire ce qui quotidien, familier, nous rassurait.

Comment aussi ne pas percevoir les inévitables et inquiétants glissements qui entraînent trop souvent un collectif de bon aloi, débridé mais sans risque, libre mais prévisible, vers une foule imprévisible, désordonnée voire violente ? Comment ne pas être saisi de crainte face à l'irrésistible irruption du pire dans les groupes même les mieux disposés à l'origine, comme s'il y avait dans le principe du collectif lui-même une incitation perverse à s'égarer, à se dégrader, comme si les limites étaient intolérables et le dérèglement obligatoire ?

 
Commentaires

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  • Par cloette - 13/07/2018 - 10:08 - Signaler un abus oui

    On a le droit, surtout pour des émotions causées par un simple match, même mondial . Qui disait "panem et circensem " ?

  • Par kelenborn - 13/07/2018 - 14:32 - Signaler un abus hihihihi

    Mais notre Benoît l'a pourtant rappelé à Vangode il y a peu "L'onanisme est un plaisir solitaire" !!! Diantre !!! J'imagine que Bilger préfère encore les jeux du cirque à l'idée même de l'onanisme! "Cachez cette main que je ne saurais voir"! Ah c'est clair que celui qui voudrait faire perdre une équipe, il clone 1000 Bilger et il les met sur le banc des supporters!

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Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

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