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Coupe du monde 2018 : pourquoi le foot permet de comprendre tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dérives de la mondialisation sans jamais oser le demander

L’économiste Branko Milanovic s'est intéressé aux effets de la mondialisation sur le football, notamment au travers de la question de l'intégration de joueurs en provenance du monde entier dans les meilleurs clubs.

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Coupe du monde 2018 : pourquoi le foot permet de comprendre tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dérives de la mondialisation sans jamais oser le demander

 Crédit Fabrice COFFRINI / AFP

Atlantico : Dans un article économique publié en 2005, l'économiste Branko Milanovic a pu analyser les effets de la mondialisation sur le football, notamment au travers de la question de l'intégration de joueurs en provenance du monde entier dans les meilleurs clubs. ​Ses conclusions font état d'un renforcement des inégalités pour les clubs eux-mêmes, et d'un lissage du niveau des équipes nationales. Comment expliquer ce résultat ?

Alexandre Delaigue : Le raisonnement de Milanovic est le suivant : si on part d'une situation où il y a peu de mouvements des joueurs de foot entre pays, dans ce cas-là si vous avez un bon joueur, il aura peu tendance à aller dans un championnat qui n'est pas celui de son pays d'origine. Donc un pays doté d'un certain nombre de bons joueurs – des études faites par l'analyse du nombre d'habitant, de la population ainsi que du PIB par habitant parviennent à déterminer le nombre de joueurs de bons niveau qui vont émerger – alors ces mêmes joueurs, s'ils n'ont pas la possibilité d'aller ailleurs vont se répartir à l'intérieur de leur championnat national.

Il y aura de fait une certaine égalité de niveau dans les championnats nationaux.

Imaginez qu'aucun professionnel français ne puisse partir à l'étranger, alors les clubs français auraient de biens meilleurs joueurs. En revanche, à l'échelle des équipes nationales, il faut d'abord constater que seuls certains pays ont des championnats très compétitifs, la connaissance de meilleures tactiques de jeux et d'un niveau optimale est atteinte dans un nombre très restreint de pays. Par conséquent, les joueurs évoluant dans leur pays d'origine ne vont pas alors se confronter aux meilleurs niveaux de jeux disponibles et la qualité de la sélection nationale dépendra de la qualité du championnat national et de grands écarts entre les nations se feront ressentir

Dans une situation comme celle-ci, c'est comparable à ce qu'il y avait avant en Europe, avant l'Arrêt Bosman, dans laquelle on avait des clubs comme l'Etoile Rouge de Belgrade qui était capable de gagner une coupe d'Europe, chose qui nous paraîtrait totalement inconcevable aujourd'hui. Il y a avait quelques joueurs français qui jouaient à l'étranger, on peut citer Jean-Pierre Papin qui évolua en Série A mais dans l'ensemble les joueurs français demeuraient sur leur territoire d'origine.

Voyez le mécanisme, les championnats nationaux ont des bons clubs, tous les clubs sont à peu près à l'égalité alors quand l'Arrêt Bosman s'est immiscé dans le paysage du football européen et mondial les joueurs de bon niveaux ont décidé d'aller dans les meilleurs clubs étrangers.

Il y a alors un effet d'entrainement : un très bon club attire de très bon joueurs, ce même club va commencer à gagner davantage de compétition, il obtiendra encore plus de subventions pour s'offrir de nouveaux très bon footballeurs  et ce phénomène de concentration des éléments les plus efficaces se déroule au niveau des clubs. En résulte alors les scénarios types que la champions league nous offre par exemple : ce sont toujours les mêmes clubs qui remportent la victoire

 
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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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