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Le coup de coeur de la semaine : "Chez nous", "le" film de ce début d'année

Le dernier film de Lucas Belvaux est vraiment une réussite exceptionnelle, à la fois par la résonance du sujet traité, la manière dont il est réalisé, et la présence d'Emilie Duquesne, formidable de simplicité et de vérité.

Atlanti-culture

Publié le
Le coup de coeur de la semaine : "Chez nous", "le" film de ce début d'année

CINEMA

Chez nous
De Lucas Belvaux
Avec Émilie Dequenne, André Dussollier, Guillaume Gouix, Catherine Jacob, Anne Marivin, Christian Descamps
 
LE REALISATEUR
 
Né à Namur en 1961, venu à Paris en 1979 pour être comédien, Lucas Belvaux a tourné dans une trentaine de films, d’Yves Boisset à Régis Wargnier, en passant par Olivier Assayas, Claude Chabrol, Joseph Losey, avant de prendre à son tour la caméra pour une poignée de films marquants. Citons « 38 témoins », sur l’histoire vraie d’un viol suivi d’un meurtre; « Rapt » inspiré de l’enlèvement du baron Empain; et surtout une extraordinaire trilogie, « Un couple épatant », « Cavale », « Après la vie », qui se déroule à Grenoble avec les mêmes personnages, prix Louis-Delluc en 2003.
Récemment, il racontait, dans « Pas son genre »,  l’émouvant itinéraire d’une jeune coiffeuse d’Arras rencontrant un énarque parisien, choc des cultures, avec une Émilie Dequenne bouleversante. Ce qui nous conduit à « Chez nous », avec la même comédienne dans ce nouveau film tourné dans le Nord, région aimée du cinéaste, qui lui rappelle sa Belgique natale.
 
THEME
 
À Hénart, petite ville - fictive - du Nord, tout le monde connaît Pauline Duhez (Émilie Dequenne), une infirmière qui sillonne tous les jours les rues de la cité. Normal qu’à l’occasion des élections municipales, le docteur Berthier (André Dussollier), ancien député européen et notable bien connu, lui propose de venir sur la liste d’Agnès Dorgelle (Catherine Jacob), chef du Rassemblement National Populaire. Le plan de Berthier est le suivant : Pauline sera numéro deux derrière la blonde parisienne Dorgelle et elle fera le boulot pour celle qui doit privilégier son engagement national. 
Au début, Pauline est sur un petit nuage, cela la change de son travail auprès des malades, même si elle l’aime bien. Mais très vite la machine se grippe quand elle apprend que Berthier masque un passé douteux d’activiste d’extrême-droite. Cette gêne est accentuée par le nouveau compagnon de Pauline, Stanko (Guillaume Gouix), un ami d’enfance, qui a fait partie autrefois des nervis au service de Berthier. Cela aussi, Pauline aurait préféré ne pas le savoir. 
Donc, ce qui ne devait être qu’une formalité, une marche facile vers la victoire, s’annonce plus compliqué. Les cadavres sortent des placards et Agnès Dorgelle, qui veut faire oublier les déclarations tonitruantes de son père sur les juifs, les arabes et les « apatrides », a bien du mal à gommer le passé sulfureux de ses principaux collaborateurs. Mais elle y arrivera.
 
POINTS FORTS
 
La réussite de « Chez nous » tient à la ligne du réalisateur : il suggère sans démontrer, il tente d’expliquer mais jamais n’affirme de manière péremptoire. Il filme les coulisses dans cette fiction, il donne une sorte de profondeur de champ à un mouvement au fond assez opaque. S’il prend parti, c’est pour la transparence.
 
La présence d’Émilie Dequenne est déterminante. Le spectateur s’attache à cette héroïne naïve et généreuse et, à la fin, flouée. Découverte par les frères Dardenne pour « Rosetta », elle a fait depuis 1999, un parcours sans faute auprès de réalisateurs aussi talentueux que Claude Berri, Philippe Lioret, André Téchiné, Eric Rochant, Albert Dupontel… Au passage, on rappellera que des journalistes présents au Festival de Cannes où « Rosetta » avait obtenu la palme d’or et Émilie le prix d’interprétation féminine avaient regretté que les Dardenne choisissent des « amateurs » dans leurs films. La suite prouve qu’ils ont plutôt du nez, les frères, et pas ces critiques professionnels…
 
Lucas Belvaux aime le Nord. « Cette campagne est belle, dit-il, belle à l’aube, quand elle est bleue, à midi quand elle est verte, belle encore le soir quand les villes l’illuminent ». Il ajoute qu’elle est triste quand les hommes la couvrent de zones commerciales. Et tout cela est dans son film avec les aubes et les crépuscules magiques mais aussi les échangeurs d’autoroutes sans âme, les rangées de maisons proprettes où l’on se sent en sécurité, « chez nous », mais aussi les barres d’HLM ouvertes aux quatre vents, chez eux… Un beau pays meurtri et en colère.
 
POINTS FAIBLES
 
Je n'en vois pas.
 
EN DEUX MOTS
 
Le scénario de « Chez nous » est le fruit d’un duo : le cinéaste et l’écrivain Jérôme Leroy, auteur d’un roman intitulé « Le Bloc », qui raconte l’histoire de l’extrême droite depuis les années 1950. « J’avais besoin de quelqu’un qui connaisse très bien le sujet. Intimement presque » dit Belvaux qui fait allusion au passé droitier de l’écrivain qui, de plus, vit dans le Nord. Car rien n’est inventé dans ce film de fiction sinon les personnages, et encore… De plus les auteurs ont plongé dans internet pour documenter leur récit avec tout ce qui concerne l’extrême droite, ses composantes, la nébuleuse qu’on appelle « la fachosphère ». 
 
UN EXTRAIT
 
Qui seront trois:
- « Qu’est-ce que vous me faites dire ! ». André Dussollier à Lucas Belvaux.
 
- « “Chez nous” est un film engagé. Il n’est pas militant pour autant, il n’expose pas vraiment de thèse. J’ai essayé de décrire une situation ». Lucas Belvaux
 
- « Ce film s’adresse d’abord à ceux qui un jour, demain peut-être, seraient tentés de répondre au chant de ces sirènes. Je ne sais pas si c’est utile. Je suis sûr que ça vaut la peine d’essayer ». L. B.
 
RECOMMANDATION
 
EN PRIORITE
 
 

 

 
Commentaires

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  • Par MIMINE 95 - 26/02/2017 - 15:15 - Signaler un abus Cher Monsieur Delvaux ,

    les habitants d'Hénin Beaumont qui ont bu jusqu'à la lie le "rosé-mafia" que vous sied tant,vous laisse à vos prêches venineux de curé stalinien. Puisque vous êtes Belge, allez vivre à St Josse et autres exotiques communes, profitez en pour faire un film sur le parti "islam", "parti " laïc" inspiré par le Coran» (comprenne qui peut) selon R Ahrouch, qui avoue "Nous souhaitons introduire la charia dans la législation belge, notamment dans les domaines de la famille, du mariage et de l’éducation." En 2009, il avait rédigé un programme qui en dit long : retour de la peine capitale pour les crimes odieux, interdiction de la mixité dans des lieux publics comme les écoles et les piscines et la possibilité de se marier dès l’adolescence !!!!. A Hénin-Beaumont, les fomenteurs de haine et de paranoïa de tout poil ont perdu leurs voix et c'est tant mieux, désormais, le vivre ensemble se porte beaucoup mieux, tout va bien, merci. Les vieux réacs de la stalinosphère ayant perdu leurs joujoux, ça déclenche leurs vieux réflexes de reptiliens pavloviens. "Traitez les de "fachos, le temps qu'il mettront à se disculper, il ne diront pas autre chose." Bref, du cuit et du recuit minable, BEURK!

  • Par Fran6 - 26/02/2017 - 15:32 - Signaler un abus @ MIMINE 95

    merci pour votre prose, elle est bien mieux que c'est que je venais de préparer, je dirai juste cela, Maire FN à Mantes le Jolie, je vois aussi le travail fait là bas malgré les batons dans les roues du prefet et des stalino-socialistes, je vois bien que le vivre ensemble va mieux, ça se dit bonjour bonsoir bien plus sympathiquement que d'antan, enfin!!! ce film n'est qu'un aspect de la bien pensance, on a vu les dégâts depuis des années: chut, faut pas dire cela, chut, penses comme nous, chut, tu auras des ennuis comme zemmour etc... PS: je vote Fillon!

  • Par Fran6 - 26/02/2017 - 15:33 - Signaler un abus error

    encore,moi, pas mantes la jolie mais la Ville, sorry

  • Par Michèle Plahiers - 26/02/2017 - 17:23 - Signaler un abus La coiffeuse

    Je ne peux m'empêcher de faire le lien avec tous ces représentants de l'extrême-droite qui affichent une chevelure peroxydée. Le lien me direz-vous. Cherchez,...

  • Par edac44 - 27/02/2017 - 11:13 - Signaler un abus @ Michèle Plahiers

    On hésite encore entre un vilain canard qui se voudrait américain et la non moins célèbre famille "Simpson" !... à moins que par nostalgie de notre regretté "fufu" national, on puisse évoquer le "petit baigneur" ??? ben pourquoi pas !...

  • Par ikaris - 27/02/2017 - 11:15 - Signaler un abus Basse propagande

    Je suis sidéré des témoignages de Belvaux qui veut se film "engagé mais pas militant" et dit qu'il a romancé un peu mais qu'à la base tout est vrai ... mais si c'est le cas elle est où cette ville ? C'est un pot pourri de tous les "témoignages" qu'il a cru ramasser pour le plaquer sur une ville fictive. La "subtilité" de la description qui est montrée est une manière sans doute un poil plus insidieuse que d'habitude de persifler. Moi il me semble qu'au contraire tout est faux là : il mêle la candidature de Marine à Hénin Beaumont et le livre de la journaliste qui s'était infiltré dans le FN des Hauts de Seine ... du "docufiction" complètement dévoyé pour les besoins de la cause. En lisant l'intrigue on note comme d'habitude un deux poids deux mesures pour juger des jeunesses turbulentes : l'extrême gauche violente et la délinquance violente et antifrançaise c'est bon enfant ... les antifas sont mêmes invités sur des plateaux télé. Par contre les cranes rasés de l'autre bord c'est répréhensible à vie. Si ce film a des qualités artistique son dessein propagandaire suffit à ce qu'on aille pas le voir.

  • Par edac44 - 27/02/2017 - 11:28 - Signaler un abus @ ikaris

    Comment peut juger un film, quel qu'il soit et quel qu'en soit son réalisateur sans être allé le voir ??? Il y a longtemps qu'ici bas, plus personne ne croit plus personne, sur parole ou sur ses écrits !...

  • Par edac44 - 27/02/2017 - 11:31 - Signaler un abus @ ikaris (correction)

    Comment peut-on juger un film ... sans être allé le voir ?

  • Par ikaris - 27/02/2017 - 16:05 - Signaler un abus edac44 : ça n'empêche pas de lire l'article

    J'ai commenté d'après une interview que j'ai lu de Lucas Belvaux et d'après cet article qui nous détaille le scénario (j'imagine que l'auteur a vu le film). Je ne juge pas le film (acteur, mise en scène etc ) mais son scénario et ses visées propagandaires

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François Quenin pour Culture-Tops

François Quenin est chroniqueur pour Culture-Tops.

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