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Le coup de coeur de la semaine - "Bécassine" : n'écoutez pas les autonomistes bretons !

Dans l'imaginaire breton, Bécassine occupe une place privilégiée, sauf pour les autonomistes qui y voient une image insultante de la bêtise et de la soumission. Aux antipodes du film de Bruno Podalydès, petit joyau de sensibilité, de tact et d'intelligence.

Atlanti-Culture

Publié le
Le coup de coeur de la semaine - "Bécassine" : n'écoutez pas les autonomistes bretons !

CINEMA

"Bécassine"
de Bruno Podalydès 
Avec  Emeline Bayart, Karin Viard, Josiane Balasko, Denis Podalydès…

RECOMMANDATION

EXCELLENT

THEME

Parce qu’elle nait dans une modeste famille bretonne un jour où des bécasses survolent son village, une petite fille est surnommée Bécassine par son oncle, un chasseur doté d’un cœur gros comme ça (Michel Vuillermoz). Les années vont passer…

Devenue adulte, Bécassine (Emeline Bayart) est restée, dans l’âme, la petite fille naïve et tendre qu’elle était. Rêvant de voir la Tour Eiffel, elle s’embarque sur les chemins qui mènent à Paris. Mais voilà qu’au détour d’une route, elle rencontre la Marquise de Grand-Air (Karin Viard) qui a besoin d’une nounou pour sa petite Loulotte. Ni une ni deux ! Tombée en amour pour cet adorable bébé, Bécassine accepte cette nouvelle fonction, qui la conduit dans le château de la Marquise, où l’on mène grand train malgré l’impécuniosité de la maitresse de maison… Les nuages s’amoncellent, d’autant qu’un marionnettiste un peu filou sur les bords  (Bruno Podalydès) va achever de ruiner la Marquise.

Heureusement, Bécassine est là…  

POINTS FORTS

- Aujourd’hui, exceptés les plus de soixante ans et les fans de Chantal Goya qui lui  rendit hommage par la grâce d’une chanson composée en 1979 par le très talentueux Jean-Jacques Debout, peu sont ceux qui connaissent encore Bécassine, ce petit personnage breton né en 1905 sous le crayon d’Emile-Joseph-Porphyre Breton et la plume de Jacqueline Rivière, et dont les aventures de petite bonne gentille et naïve enchantèrent plusieurs générations d’enfants. On imagine donc la réaction des producteurs quand Bruno Podalydes  leur annonça vouloir la  faire revenir, en chair et en os sur les écrans, en ces années 2010, soit plus de cent ans après sa naissance.

Mais ce réalisateur, très à part dans le monde si concret des cinéastes, et qui est également têtu, poète et fantaisiste sut, heureusement, convaincre les financiers.  Voici donc Bécassine au cinéma, qui fait souffler un grand vent d’air frais sur les écrans des cinés.

- Désuète, notre héroïne dans sa robe verte rehaussée d’un grand tablier blanc et rouge ? Pas du tout. Sans rien lui enlever de sa nature rêveuse, tendre et naïve, Bruno Podalydès en a fait, ici, une nounou ingénieuse, pragmatique, très débrouillarde avec sa petite Loulotte. Dans ce film, et contrairement à ce que clament, ici et là quelques détracteurs (qui n’ont pas dû le voir), Bécassine n’a donc rien, ni d’une innocente, ni d’une niaise. Elle est juste charmante, et gentille. A peine est-elle un peu trop crédule, ce qui  d’ailleurs ajoute encore à son charme !

- Et puis, elle est très bien entourée par des personnages formidables et touchants, comme celui de la Marquise de Grand Air, inénarrable de gracieuse immaturité.

- C’est à Emelyne Bayart que Bruno Podalydes a demandé d’incarner la Bécassine de ses rêves. On regarde jouer cette comédienne et on se  dit qu’aune autre actrice n’aurait pu faire mieux.

- Autour d’elle, pour interpréter les autres personnages de cette comédie à la légèreté de plume, les comédiens fétiches du réalisateur, dont, son frère, Denis Podalydès, et Michel Vuillermoz. Karine Viard les a rejoints, merveilleuse d’humour et de grâce.

POINTS FAIBLES

Sauf à détester ou mépriser Bécassine, il n’y a aucun point faible. En outre, malgré ce que peuvent proclamer ici et là des mouvements autonomistes bretons, Bruno Podalydes a réussi à donner une image à la fois attendrissante et positive de Bécassine.

EN DEUX MOTS

Après avoir vu ce Bécassine, qui osera encore  affirmer qu’il est impossible de réussir une adaptation de BD pour le grand écran? Intelligente, poétique, drôlatique, burlesque aussi, cette comédie, visuellement très réussie, portée par un humanisme tendre, devrait séduire toutes les générations.

UN EXTRAIT

« Le scénario de Bruno Podalydès était magique. En le lisant, j’ai retrouvé toutes mes sensations de petite fille élevée à la campagne. Le chant du coq, le mugissement des vaches, l’odeur de l’herbe fraichement coupée, les bruits de la nature… Mes cinq sens étaient exacerbés. Sous sa plume, Bécassine, que je trouvais déjà très poétique, le devenait encore davantage. Bruno a pris le nectar des albums et y a mis sa pâte » (Emeline Bayart, comédienne, interprète de Bécassine).

LE REALISATEUR

Né le 11 mars 1961 à Boulogne-Billancourt d’un père pharmacien et d’une mère professeur d’anglais, Bruno Podalydès, frère de l’acteur Denis Podalydès est un scénariste réalisateur et acteur français.

Après un petit détour par le film d’entreprises, notamment Air France, il se lance dans le cinéma, en réalisant d’abord des courts et moyens métrages, dont, en 1992, le très remarqué Versailles Rive-Gauche qui remporte un César.

En 1994, tout en tenant parallèlement une chronique dans les Cahiers du cinéma, le cinéaste s’essaie au long avec Dieu seul me voit (Versailles-Chantiers), qui lui vaut de recevoir le César de la meilleure première œuvre en 1999. En 2001, c’est Liberté-Oléron. 

Suivront le Mystère de la chambre jaune et le Parfum de la Dame en noir, deux adaptations de l’œuvre de Gaston Leroux. Puis, en 2009, Bancs Publics (Versailles-Rive droite), et en 2011,co-écrit avec son frère Denis,  Adieu Berthe, l’enterrement de Mémé, qui  sera accueilli à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs, par une ovation debout.

Bécassine est le huitième long métrage de ce réalisateur singulier qui aime tourner « en bande », et, de temps à autre, s’amuse à faire l’acteur dans les films de ses confrères-amis, dont Roschdy Zem, Claire Denis et Valérie Lemercier.

ET AUSSI

- « Jerico » de Catalina Mesa- documentaire.

 

C’est un film qui raconte un village -celui de Jerico, niché dans la montagne colombienne- à travers le regard de huit femmes d’âges et de conditions sociales différentes. Les témoignages de ces femmes vont balayer tous les champs sociétaux et humains possibles : la vie, l’amour, la mort, la  sexualité, la religion,  les hommes, les enfants, les tragédies, les petits bonheurs et les grandes désillusions. 

Dans ce documentaire tourné  avec simplicité dans un coin reculé de Colombie, il n’y a aucune place pour les clichés habituellement véhiculés sur le pays par les cinéastes, notamment les cartels et la violence.

Réalisé par la jeune cinéaste colombienne Catalina Mesa, qui vit désormais à Paris où elle a fait la Femis, Jerico est un film à la fois  ethnographique, poétique, philosophique et sociétal. Par la pureté et la beauté de ses plans, il enchante aussi le regard. Il n’est pas étonnant qu’il connaisse une jolie  carrière internationale.

RECOMMANDATION: EXCELLENT

- « Une Prière avant l’aube » de Jean-Stéphane Sauvaire - avec Joe Cole…

C’est une histoire vraie. Celle de Billy Moore, un jeune boxeur anglais  incarcéré dans une prison en Thaïlande pour trafic et possession de drogue.

La vie dans les geôles de Bangkok est un enfer. Surtout pour les détenus étrangers qui ne parlent pas le thaïlandais. Le seul moyen que trouve Billy pour échapper à cette existence de sévices, de chantages et d’épouvante, est de se faire  qualifier pour participer à des tournois de Muay-Thaï, un art martial très violent où tous les coups sont permis… Commence pour lui un autre chemin de croix, qui sera le prix de sa rédemption…

Inutile de prendre des gants pour parler de ce film là : on le reçoit comme un coup de poing et on en sort sonné. Sonné, groggy, mais épaté par la force de son propos et la sombre beauté de son image. Spectaculaire, Une prière avant l’aube n’en rajoute jamais. Il est édifiant, sans complaisance, n’édulcore rien, mais n’est jamais ni insoutenable, ni racoleur. Décidément, Jean-François Sauvaire, à qui l’on doit Johny Mad Dog ( 2008) sur les enfants-soldats en Afrique sait rendre compte du pire, en évitant excès et facilités. Ce talent là, qui révèle une vraie élégance morale, n’est pas donné à tout le monde.

RECOMMANDATION: EXCELLENT

« Sans un bruit » de John Krasinski- Avec Emily Blunt, John Krasinski, etc…

Dans un endroit indéterminé d’un bout du monde (américain ?), Lee, un jeune père de famille (John Krasinski),  sa femme enceinte (Emily Blunt) et leurs trois enfants, tentent de survivre le plus silencieusement possible, sans avoir à prononcer un seul mot, ni faire le moindre bruit. Ils savent que sinon, ils seront attaqués à mort par de monstrueuses créatures que la moindre montée de décibels rend enragées ..

Bienvenue dans le terrifiant « monde du silence » imaginé par deux scénaristes hors pair, Bryan Woods et Scott Beck. C’est John Krasinski, d’habitude plutôt acteur de séries comiques, qui l’a revisité et mis en images. Pour ce débutant en matière de film d’horreur, c’est plutôt très bien réussi. Tant au niveau visuel que des effets sonores . On regarde ce Sans un bruit, et l’angoisse augmente en même temps que l’émotion s’accroit et les larmes viennent aux yeux, surtout lors de l’accouchement, sous total effroi, de la femme de Lee.

 Contre toute attente, ce thriller qui flirte avec le drame de science-fiction vient de faire un carton aux Etats-Unis. Il ne serait pas étonnant qu’il ait le même genre de carrière en France. Non seulement il est bien fichu, mais le couple Blunt-Krasinski  est à tomber.

RECOMMANDATION: EXCELLENT

- « How to talk to girls at parties » de John Cameron Mitchell- avec Elle Fanning, Alex Sharp, Nicole Kidman…

En 1977, en pleine  période d’émergence punk, trois copains anglais à peine sortis de l’adolescence, font la rencontre de créatures extra-terrestres  aux physiques de rêve et aux mœurs étranges. Parmi elles, Zan (la formidable  Elle Fanning) qui va succomber au charme d’Enn, l’un des garçons du trio (l’excellent et très prometteur Alex Sharp). Ce sera l’occasion pour ces trois  jeunes hommes d’apprendre à parler aux filles, pour pouvoir s’adonner, ensuite, enfin, aux délices de l’amour.

Adapté de la nouvelle de l’auteur de romans graphiques Neil Gaiman, le scénario a inspiré au cinéaste américain John Cameron Mitchell ,un film OVNI, à la fois fascinant, trépidant, sentimental, drôle, émouvant et… foutraque. On nage par moments en plein délire visuel, mais justement, ce sont ces sorties de route psychédéliques qui participent au plaisir de ce  drôle d’objet cinématographique, auquel Nicole Kidman,  presque méconnaissable en diva déjantée, apporte une contribution plutôt électrisante.   

RECOMMANDATION: EXCELLENT

 
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Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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