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Les coulisses de l’éviction de Jean-Marc Ayrault du gouvernement de François Hollande

En électricité, il s’agit d’une petite pièce isolante qui, en sautant, permet d’éviter la destruction complète du système. Le fusible. Dans le domaines des relations humaines, en politique mais aussi dans l’entreprise, le sport ou la fonction publique, ce sera celui ou celle que l’on désignera comme coupable pour calmer la vindicte populaire. Extrait de "Les Fusibles" de Cyril Touaux et François Vignolle, publié aux éditions l'Artilleur. 1/2

Bonnes feuilles

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Les coulisses de l’éviction de Jean-Marc Ayrault du gouvernement de François Hollande

A l’automne 2013, les «conspirationnistes» échafaudent un plan de guerre : dégommer Jean-Marc Ayrault qu’ils considèrent comme une erreur de casting pour placer Manuel Valls à Matignon. Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, attend un retour d’ascenseur de Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur. Un infléchissement à gauche de la politique économique du pouvoir: voilà le deal soutenu par ailleurs par Benoît Hamon, à l’époque en charge de l’Economie sociale. Et, dans l’ombre, par Aquilino Morelle, le conseiller politique du président (voir chapitre 8).

Christiane Taubira, la garde des Sceaux, Aurélie Filippetti, la compagne d’Arnaud Montebourg, toujours à la tête du ministère de la Culture en 2013, se joignent à la troupe des insurgés. Arnaud Montebourg avec ses 17% de voix à la primaire de gauche de 2011 dégoupille quelques grenades en direction de son Premier ministre. Déjà en mars 2013, il avait menacé de démissionner après avoir été désavoué par Jean-Marc Ayrault sur son projet de nationalisation de l’usine sidérurgique de Florange. «Tu fais chier la terre entière avec ton aéroport de Notre-Dame-des-Landes dont tout le monde se fout!», lui avait-il jeté à la figure dans une première ambiance de crise gouvernementale.

Plusieurs mois durant, François Hollande tente de retenir son ministre frondeur. Rien n’y fait. Gaz de schiste, critique de la politique d’austérité, l’ancien avocat défie le chef du gouvernement de plus en plus ostensiblement. Situation intenable. La lourde défaite de la gauche aux élections municipales de 2014 va jouer le juge de paix entre les deux hommes.

François Hollande reçoit Jean-Marc Ayrault au lendemain de ce scrutin. «Le Président n’avait pas laissé voir son intention réelle, se souvient Hervé Yannou, cela pouvait être un changement de Premier ministre ou le départ de ministres pour un rééquilibrage au sein du gouvernement». Le scalp d’Arnaud Montebourg a-t-il été évoqué par Jean-Marc Ayrault à cette occasion au nom de la doctrine Chevènement («Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne») ? C’est en tout cas l’ancien maire de Nantes qui sortit de la route. Donnant ainsi corps au «pacte des ambitieux». Manuel Valls, l’autoritaire de la bande, prit Matignon. Arnaud Montebourg passa du Redressement productif au ministère de l’Economie, Hervé Hamon s’invita à l’Education nationale et Aurélie Filippetti fut confortée à la Culture avec la Communication en plus. Carton plein. Enfin pour quelques mois.

Grâce à cette option, Hollande n’en cajola pas moins à la fois sa droite et sa gauche. Jean-Marc Ayrault, l’éléphant sans troupeau, ne pesa guère dans cet arbitrage face à Manuel Valls qui n’avait recueilli que 5% lors des primaires de gauche. « Il a vécu cette affaire comme une grande blessure, car il entretenait une relation riche avec Hollande. Il a eu du mal à accepter que ce soit Valls qui soit nommé», évoque Hervé Yannou.

 

 
Commentaires

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  • Par wwmat - 23/02/2018 - 09:07 - Signaler un abus C'etait le radeau de la meduse,

    et Ils doivent tous regretter l'aventure avec l'audacieux capitaine de pédalo. Les 3/4 ont ou vont quitter la politique et ce pour le plus grand bien de la France.

  • Par Atlante13 - 23/02/2018 - 19:36 - Signaler un abus Il aura fallu

    la débâcle de la promotin compl!te de l'Ena d'où sont sortis Hollande et son gouvernement de branquignols pour que les français comprennent à quel point les socialistes sont des nuisibles. Ils sont tous repartis les poches pleines en laissant la France sur la paille.

  • Par alam - 23/02/2018 - 22:28 - Signaler un abus Macron a vraiment de la chance!

    Travaillant dans une multinationale, je peux observer les jeux d ' accession au pouvoir. L ' accès au pouvoir est très contingent et a rarement à voir avec le mérite ou l ' intelligence. La malhonnêteté, le népotisme et actuellement le jeunisme et le média-réseaux socio compatible y jouent un grand rôle.

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