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Corée du Nord : pourquoi les Etats-Unis se trompent de stratégie en sous-estimant la rationalité du régime de Pyongyang

De Clinton à Obama, en passant par Bush fils, les différentes approches américaines de la question nord-coréenne furent toutes des échecs. Les raisons sont multiples, mais elles traduisent une baisse progressive d’influence de Washington dans la région, et une incapacité à apporter des réponses unilatérales satisfaisantes.

Méchants mais pas fous

Publié le - Mis à jour le 21 Avril 2017
Corée du Nord : pourquoi les Etats-Unis se trompent de stratégie en sous-estimant la rationalité du régime de Pyongyang

Atlantico : Quelle serait la bonne stratégie à mettre en œuvre par les Etats-Unis pour endiguer la menace nord-coréenne ? 

Barthélémy Courmont : D’abord, en accordant moins de crédit à la myriade d’experts qui, depuis la fin de la Guerre froide, prédit la chute imminente du régime nord-coréen. Qu’ils soient proches des administrations républicaines ou démocrates, les experts américains de la péninsule coréenne n’ont cessé d’annoncer la chute de la dynastie des Kim, à la mort de Kim Il-song, puis à celle de Kim Jong-il, et quasiment à chaque fois qu’une nouvelle équipe prenait le pouvoir à Washington. Confondant leurs désirs et une réalité leur échappant, ils se sont systématiquement trompés, et bénéficient encore cependant d’une immense influence dans les cercles stratégiques américains.

Qu’ils revoient leur copie, et que les dirigeants américains apprennent à moins les écouter.

Ensuite, en évitant de faire pression, de manière très contre-productive et dangereuse, sur l’allié sud-coréen. Si la "menace" nord-coréenne est discutable dès lors qu’on la considère depuis les Etats-Unis, elle est bien réelle dans les rues de Séoul, à quelques kilomètres de la zone démilitarisée, et qui a par ailleurs connu le feu lors de l’offensive de 1950. Mike Pence peut jouer les braves en regardant dans les yeux les soldats nord-coréens à Panmunjeon, il ne doit cependant pas oublier que pour les Sud-coréens, c’est une question permanente, et qui se maintiendra une fois qu’il sera rentré à Washington DC, à l’autre bout du monde. Les Sud-coréens vont désigner un nouveau président de la République en mai, et tourner définitivement la page de la présidence désastreuse de Park Geun-hye. D’ailleurs, le grand favori de cette élection est Moon Jae-in, candidat malheureux en 2012. Il souhaite renouer le dialogue avec Pyongyang et repenser la pertinence des missiles THAAD, que Madame Park avait choisi de déployer, au point que les manœuvres américaines ont tout pour inquiéter les Sud-coréens, sans doute plus encore que les gesticulations de Pyongyang dont ils sont de toute façon familiers. La Corée du Sud est mieux placée que les Etats-Unis pour comprendre les enjeux sécuritaires dans la péninsule, et Washington doit lui laisser plus de place dans les négociations, sans quoi les moqueries du régime nord-coréen, qui accuse le Sud d’être un vassal des Etats-Unis, ne seront pas que de la propagande.

Enfin, en cessant de croire que les Etats-Unis peuvent régler seuls tous les problèmes, et endiguer toutes les menaces. Quand bien même elle ait eu lieu, cette période est révolue. Les différentes approches américaines de la question nord-coréenne furent toutes des échecs, de Clinton à Obama, en passant par Bush fils. Les raisons sont multiples, mais elles traduisent une baisse progressive d’influence de Washington dans la région, et une incapacité à apporter des réponses unilatérales satisfaisantes. Ce n’est qu’en relançant les pourparlers à six, qui aux côtés des Etats-Unis et des deux Corées associent le Japon, la Chine et la Russie, qu’une solution pourra être trouvée, et qu’un apaisement des tensions permettra un abaissement de cette menace nord-coréenne tant redoutée. Toute autre méthode sera irrémédiablement vouée à l’échec.

 
Commentaires

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  • Par ikaris - 20/04/2017 - 11:48 - Signaler un abus Superbe article

    L'interviewé arrive à peindre clairement avec finalement peu de mots une situation que l'on perçoit de manière embrouillée à travers les échos médiatiques ... il manque juste un peu de contenu sur la position des autres membres de ce club des 6. Et puis en risquant l'escalade en Corée depuis l'autre côté du Pacifique, les américains ne font tils finalement pas une démonstration de force à peu de frais vis à vis des autres pays de la région ?

  • Par Deudeuche - 20/04/2017 - 15:06 - Signaler un abus Demander à M Fitou

    Notre diplo à Séoul (ancien mari de Fleur Pèlerin).

  • Par Anguerrand - 20/04/2017 - 15:25 - Signaler un abus À mon avis Trump " montre ses muscles"

    et il a raison de montrer à la Corée du Nord, la Chine voire la Russie.. jusque là tout va bien mais il ne faut pas en arriver à une guerre dont l'issue est incertaine. Pour l'instant l'Occident à laissé ces pays nous défier sans la moindre réaction.

  • Par lémire - 20/04/2017 - 16:23 - Signaler un abus Imprévisible

    Etre imprévisible est un atout. Les stratèges français l'avaient théorisé à l'époque de notre dissuasion nucléaire du faible au fort, et les Allemands de l'Ouest n'aimaient pas ça du tout. On pensait à l'époque que cette incertitude sur le seuil de riposte française pouvait éviter des tentations à l'ennemi potentiel (hé oui, encore un vocabulaire maintenant prohibé). Et la polémique sur les missiles Thaad me rappelle celle sur les euromissiles... La passivité de M. Obama face à la Syrie et la Corée du Nord ressemblait à de la faiblesse, et aux dernières nouvelles, la diplomatie française trouve que l'accord avec l'Iran est laxiste... Je ne suis pas sûr de comprendre comment l'auteur préconise de faire passer "le message" aux puissances proliférantes ou "agressives", sauf si finalement il trouve que Trump a bien fait de frapper la Syrie et les jihadistes afghan pour générer de l'incertitude sur le seuil de réaction des USA. Mais approuver cette attitude serait acter que les éditorialistes occidentaux ont eu tout faux pendant 20 ans., et que les dividendes de la paix, s'ils ont existé, se sont évanouis (enfin, les Européens en ont bien profité...)

  • Par toupoilu - 20/04/2017 - 19:58 - Signaler un abus Un vaste camp de concentration

    Dont les geôliers détiennent l'arme nucléaire. Si Trump veut faire sauter cet archaïsme, la je l'approuverai. Je ne suis pas spécialiste, mais il me semble que l'arsenal nucléaire nord coreen doit être relativement exposé, et assez facile à détruire par une première frappe. Ensuite on pourrait tester la combativité de ce peuple esclave qui ne se battrait peut être plus comme lors de la guerre froide qui se passait au temps de la décolonisation et du marxisme triomphant. Je dirais que la Corée du nord est un fruit bien mur. Ça mettrait aussi un coup d’arrêt à la prolifération, qui serait d'un coup moins vu comme la protection ultime. Écrit depuis mon fauteuil (de commandement) :D

  • Par Deudeuche - 21/04/2017 - 08:43 - Signaler un abus Correction M Fitou est à

    Pyong Yang dans l'antre du monstre.

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences à l’Université catholique de Lille, et directeur de recherche à l’IRIS, où il est en charge du programme Asie-Pacifique. Il dirige la collection Asia Focus à l’IRIS, et a publié de nombreux ouvrages, dont L’énigme nord-coréenne, aux Presses universitaires de Louvain, 2015.

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