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Corée du Nord : 2 doses de malentendus réciproques, 1 dose d’habileté made in Trump

Au travers d'une lettre adressée à Kim Jong-un ce 24 mai, Donald Trump a annulé la rencontre prévue avec le dirigeant nord-coréen initialement prévue pour le 12 juin prochain.

Annulation du sommet Etats-Unis

Publié le

Barthélémy Courmont : Cette annonce n’est, malheureusement, pas une grande surprise, tant les développements de ces derniers jours, les nouveaux exercices militaires entre Américains et Sud-coréens et les déclarations à Washington comme à Pyongyang laissaient présager un report, voire une annulation de cette rencontre. En claire, les deux parties ne se faisaient pas confiance. Dans sa lettre, Donald Trump se montre ambigu, souhaitant sans doute associer la carotte et le bâton, mais il est au final assez peu convaincant.

Ainsi, comment dans le même document menacer la Corée du Nord de frappes nucléaires et regretter que cette rencontre ne puisse avoir lieu? Certains estimeront que le changement de ton est consécutif à la seconde visite de Kim Jong-un à Pékin, mais force est de reconnaître que ce n’est pas Pyongyang qui a pris la décision d’annuler cette rencontre, mais bien Washington. C’est ce que l’histoire retiendra.

 

Quelles sont les différences stratégiques entre les objectifs des deux parties ? Ces différences peuvent-elles être réconciliées ? Le ton du rapport de force, qui traverse la lettre, est-il approprié en ce sens ? 

 

 

Jean-Sylvestre Mongrenier : De longue date, les Etats-Unis, avec le soutien de la « communauté internationale » (plusieurs résolutions du Conseil de sécurité ont été votées), exigent la dénucléarisation pure et simple de la Corée du Nord. Cela signifie le renoncement à l’arme nucléaire, aux vecteurs balistiques et aux infrastructures qui ont permis à ce programme d’aboutir. Parfois considérés avec mépris au cours des deux dernières décennies, les efforts produits par ce régime-bunker ont porté leurs fruits. Pyongyang dispose désormais des missiles intercontinentaux et des charges nucléaires requises pour menacer les Etats-Unis et, accessoirement, l’Europe. A fortiori, la Corée du Sud ainsi que le Japon sont dans le champ de tir. Non seulement la nucléarisation de la Corée du Nord menace les alliés des Américains en Asie du Nord-Est, mais l’Alaska et les Etats de la côte Pacifique des Etats-Unis sont potentiellement menacés. Sans parler du régime de contre-prolifération qui, vaille que vaille, avait réussi jusqu’alors à limiter le nombre des Etats membres du club nucléaire. D’exception en exception, ce dispositif juridique et institutionnel risque l’effondrement. Avec ou sans Trump, les Etats-Unis n’ont plus guère de temps et de latitude d’action. Que les ricaneurs se retiennent : la question n’est pas uniquement celle des Etats-Unis et il est à craindre qu’une future guerre mondiale commence non plus en Europe, comme au siècle dernier, mais en Asie de l’Est et du Sud, si ce n’est en Asie antérieure (« notre » Moyen-Orient).

Du côté nord-coréen, le terme de « dénucléarisation » n’est pas compris de manière identique. Kim Jung-un a donné le sentiment qu’il était prêt à une concession présentée comme de taille, minime en réalité : le démantèlement de son centre d’essais (en cours de réalisation). De fait, il dispose désormais de l’arme balistico-nucléaire et ces installations n’ont plus la même utilité (elles auraient été gravement endommagées, ce qui limiterait plus encore cette concession). Au prétexte de « dénucléariser », Kim Jung-un semble vouloir obtenir, par un mélange de pression et de négociation, le retrait des armes nucléaires américaines de la région et la fin des exercices militaires menés entre les armées des Etats-Unis et de la Corée du Sud. Les observateurs épris de symétrie apprécieront la justesse d’un tel marchandage, mais il importe de comprendre qu’à terme, cela signifierait la fin de l’alliance entre Washington et Séoul, avec de probables répercussions sur les liens stratégiques nippo-américains et tout le système d’alliances des Etats-Unis en Asie-Pacifique. C’est d’ailleurs l’objectif de Pékin qui manipule ce conflit en vue d’écarter les Etats-Unis de la région. Notons à ce sujet que Kim Jung-un a pris soin de resserrer son alliance avec la Chine populaire. Les Etats-Unis peuvent-ils accepter le retour à la situation qui prévalait avant l’attaque-surprise du Japon de Pearl Harbor (îles Hawaii), le 7 décembre 1941 ? On peut en douter. En cela, les objectifs politiques sont difficilement compatibles et il n’y a guère de place pour un compromis satisfaisant.

 
Commentaires

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  • Par gerint - 26/05/2018 - 09:55 - Signaler un abus C’est quand-même la Corée du Nord

    qui est le nain par rapport aux USA et qui doit avoir le plus peur

  • Par kelenborn - 26/05/2018 - 22:48 - Signaler un abus on appréciera: LE TITRE:

    Le TITRE: une dose d'habileté made in Trump et la fin "Cette annulation est d’abord un échec pour la diplomatie américaine et pour le locataire de la Maison-Blanche " BRAVO! On nous prend vraiment pour des gogols! et Ferjou se fout de la gueule du monde! Pas grave: personne ne s'en serait aperçu!

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima (Lemieux éditeur).

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