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Les femmes choisissent-elles vraiment leur contraception ?

Plus que jamais, la pilule apparaît comme le contraceptif le plus plébiscité en France. Mais la pilule est-elle vraiment choisie par les femmes, ou a-t-elle été érigée en norme par la société moderne ?

Contraception

Publié le

Atlantico : Le lundi 14 novembre dernier, à l'Assemblée nationale, la députée UMP Bérengère Poletti a déposé une proposition de loi étendant l'autorisation de délivrance de la contraception gratuite et sans autorisation aux mineures. Que pensez-vous de ce projet ?

Marie-Laure Brival : Je ne peux qu’être d’accord avec cette proposition dans la mesure où elle facilite l’accès à un type de contraception. (Actuellement une mineure ne peut obtenir - gratuitement - une contraception orale au sein d’un centre de planification, ou bien avec le pass-contraceptif qui existe dans certaines régions.) C’est donc un plan national pour un accès simple à une forme de contraception.

Le problème de cette proposition est  qu’elle est orientée sur « le tout pilule ».  Actuellement, la contraception pour les mineures ne se perçoit qu’à travers la contraception orale, nous faisons fausse route dans cette voie-là. 

La contraception orale est une contraception raisonnée. Il est indispensable d’avoir une démarche cartésienne pour prendre une pilule tous les jours à heure fixe, ce qui est antinomique avec la période de l’adolescence.  Lors de cette période nous sommes dans la folie, la transgression, la vulnérabilité et la découverte d’une sexualité particulière. La sexualité à l’adolescence est sporadique, demander une astreinte de prise sur la longue durée à une adolescente, cette dernière n’en verra pas forcément l’intérêt. De surcroît, la sexualité à l’adolescence commence souvent, en cachette des parents. Cette mesure conforte le caractère tabou de la sexualité chez les adolescents. Nous devrions réellement réfléchir : est-ce que la pilule est vraiment la bonne contraception à l’adolescence ? 

A-t-on vraiment le choix de son contraceptif ? La pilule n’est-elle pas trop banalisée par rapport aux autres contraceptifs ? 

Absolument ! En favorisant l’accès gratuit à la pilule, le phénomène s'accentue.

Certes cette proposition améliore l’accès à la contraception et il existe assurément des mineures sérieuses, qui vont se renseigner et assumer leur sexualité. Mais la plus grande proportion des jeunes filles est plutôt dans le schéma inverse.  En choisissant l’accès gratuit à la pilule cette mesure est univoque, on minimise complètement l’intérêt des autres contraceptifs.

Le dispositif intra-utérin par exemple, en tant que contraception passive, peut correspondre au profil de l’adolescente lorsque les précautions nécessaires sont prises. Le problème de la pilule reste son efficacité pratique. Son efficacité théorique est indiscutable, cependant du fait des nombreux oublis, son efficacité pratique est en deçà de ce que l’on peut espérer. L’étude de Nathalie Bajos, montre que  2/3 des femmes qui demande un IVG sont sous contraceptifs oraux à savoir la pilule. La grossesse étant survenue à l’occasion d’un oubli. Même lorsque la gratuité est mise en avant, la démarche qui en découle n’est pas en adéquation avec un rythme de vie irrégulier.

N’y a-t-il pas un refus des médecins de prescrire un autre contraceptif que la pilule ? Pourquoi cette obsession de la pilule en dépit des autres contraceptifs ? 

Les médecins sont largement responsables de cette situation. 

La pilule se retrouve au cœur d’un dilemme terrible. Cette dernière a été pour les féministes l’outil de la libération des femmes, dissociant sexualité et procréation. La pilule a été portée par le mouvement féministe.

Désormais une prise de conscience s’effectue, la pilule ne semble plus être le mode de contraception idéal. De par son mode de prise mais également les effets secondaires, de plus en plus de femmes ne souhaitent plus cette contrainte. Pendant les 35 ans de leur vie fertile elles doivent prendre la pilule ! Un grand nombre de femmes  abandonnent le système de contraceptif hormonal. Les femmes dans la généralité, jusque dans les années 80, ont pris la pilule sans sourciller. À l'origine, les comprimés étaient dosés à 100 microgrammes d’hormones, actuellement nous sommes à 15 microgrammes d’hormones par comprimés. Lorsque les pilules étaient dosées à 100 microgrammes, les femmes ne se posaient pas de question. Actuellement, peut-être à la suite de la vague écolo, ou de la crainte des hormones, je ne sais pas, la génération actuelle se pose de réelles questions sur ce mode de fonctionnement. Les risques de cancer, la prise de poids … autant d'effets secondaires non négligeables pour les femmes modernes.

Ce dilemme est terrible : on ne peut pas prétendre que la pilule n’est plus le mode de contraception idéal, historiquement elle a été au cœur de la bataille féministe pour la libération des femmes et le choix de leurs maternités. La société est embringuée dans le tout hormonal depuis la loi Neuwirth en 1967. La pilule est perçue comme essentielle pour les féministes. Je ne diabolise pas la pilule, ce sont les autres contraceptifs qui sont diabolisés à tort au profit de la pilule.

Les médecins sont persuadés, au mépris de ce que peuvent dire les femmes dans les consultations, que la pilule est le mode de contraception idéal. Ils ont gardé en tête toutes les anciennes publications concernant le stérilet et ont ainsi véhiculé de mauvaises idées. Cependant, les études de l’OMS et la littérature sur ce thème ont désormais démontré l’utilité du dispositif intra-utérin.  C’est une excellente alternative pour les adolescentes car il correspond davantage à cette période de la vie. 

Par ailleurs, un autre facteur explique le recours systématique à la contraception orale : il existe un marché pharmaceutique considérable autour de la pilule. Une plaquette d’environ 21 comprimés coûte aux alentours de 12 euros, alors que le stérilet coûte en moyenne 27 euros, mais ce dernier dure 10 ans et est remboursé à 65% ! Le calcul est simple : aucun laboratoire n’a intérêt à promouvoir le dispositif intra-utérin.  La plupart des médecins sont en collusion avec les laboratoires… Je suis scandalisée par les gynécologues qui agissent ainsi. La contraception est celle que la femme choisit ! En aucun cas un médecin ne peut choisir à la place de sa patiente s’il n’existe pas de contre-indications formelles. 

Depuis quand décide-t-on pour une femme du type de contraception qu’elle souhaite ? Le corps médical et la société toute entière, sont complètement axés sur la contraception hormonale. Cependant, nous négligeons énormément les effets secondaires de cette contraception. Je ne parle même pas des effets secondaires de cancers sur le long terme.  Nous n'évoquons jamais de l’atteinte de la libido des femmes par la contraception hormonale. 

Propos recueillis par Caroline Long

 
Commentaires

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  • Par Alexis007 - 29/11/2011 - 01:27 - Signaler un abus Quand l'argent domine : merci pour votre article

    L'argent fait aujourd'hui la loi sur une question de santé publique fondamentale qui touche les adolescentes. N'ayez pas peur de vous battre car cela en vaut réellement la peine. Vous parlez peu des risque liés à la pilule, avec la cigarette notamment.

  • Par de Winecki - 29/11/2011 - 01:34 - Signaler un abus Excellent article

    Bon protestant, je n'approuve pas l'avortement et je pense qu'il faut tout faire pour favoriser la contraception ; cependant, sur un tel sujet, les hommes doivent rester en retrait et il est bon d'entendre une femme interviewée par une autre femme.

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Marie Laure Brival

Marie Laure Brival est gynécologue obstétricienne, chef de service à maternité des Lilas, Seine-Saint-Denis.

Elle est également une fervente défenseure pour le choix du contraceptif, auteur de Contraception : Pourquoi ? Laquelle ? Où ? : c'est moi qui décide(  Editions Milan 2010) 

 

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