Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 16 Décembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Connaissez-vous les six “tribus” politiques qui pourraient modeler le futur politique de l’Europe ?

Chatam House et Kantar public ont interrogé 10 000 européens situés dans 10 pays différents pour faire émerger six tendances vis-à-vis du sentiment d'intégration à l'Europe.

Intégration

Publié le
Connaissez-vous les six “tribus” politiques qui pourraient modeler le futur politique de l’Europe ?

Atlantico : Après avoir interrogé 10 000 européens dans 10 pays européens, Chatham House et Kantar public ont pu dresser une topologie du sentiment des citoyens à l'égard de l’intégration européenne. A l'inverse de la vision binaire habituellement proposée, entre européistes et europhobes, apparaît une fragmentation entre 6 tendances : européens hésitants (31%), européens satisfaits (23%), les "anti" (14%), les euro-frustrés (9%), les rebelles de l'austérité (9%), et les fédéralistes (8%). A quoi correspondent ces intitulés ?

Comment apprécier ces différences d'approche d'un point de vue politique ?

Christophe Bouillaud : Chacun de ses intitulés correspond à la manière dont les spécialistes de Chatam House et Kantar ont travaillé pour constituer un classement des citoyens interrogés. Ils ont essayé par une méthode mathématique de constituer des regroupements cohérents de citoyens dont les réponses se ressemblent le plus. On trouvera la description de leur travail dans un site dédié, https://tribes.chathamhouse.org/fr/, dont il existe une version française. On y est d’ailleurs invité à faire soi-même le test pour se classer dans une des six tribus qu’ils définissent.  Cependant, il faut bien noter qu’ils n’ont souhaité interroger des gens que dans 10 pays  (Autriche, Belgique, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Pologne, Espagne et Royaume-Uni), ce qui constitue une limitation évidente de cette étude, puisqu’aucun pays scandinave n’est représenté ou puisque les petites nations sont absentes pour la plupart. Chaque intitulé choisi correspond donc selon eux à une manière commune de répondre à une batterie de questions ciblées sur l’Europe. Chaque groupe ainsi défini, une tribu dans leur langage imagé, tend à être érigé en réalité sociopolitique, par exemple, leurs 8% de fédéralistes sont à la fois satisfaits de l’Union européenne actuelle et veulent plus d’intégration européenne, mais ils se distinguent aussi par le fait que ce sont des  hommes à 66%, plutôt urbains, plutôt des gens à revenus élevés et âgés, satisfaits de la vie, et apparemment plus présents en Europe du sud (Italie, Espagne) qu’ailleurs. Inversement, les 14% de réfractaires à l’UE sont aussi des hommes à 54%, plutôt d’âge moyen, insatisfaits de la vie, plutôt vivant dans des petites villes ou le rural, et comme par un heureux hasard, particulièrement présents au Royaume-Uni, en Autriche et en Belgique. Il est donc clair que cette typologie ressemble fort à ce que l’on peut savoir par ailleurs de la composition des électorats nationaux par ailleurs et sur son opinion sur l’intégration européenne. 

Comment interpréter cette grille de lecture dans un débat qui est souvent arbitré entre pro et anti-européens ? Que nous révèle-t-elle de la perception de la population quant à l'Union ?

Comme les auteurs de l’étude veulent le souligner, il n’y aurait pas une opposition si forte que cela entre deux groupes bien constitués et majoritaires à eux deux dans l’opinion : les ‘pro’ et les ‘anti’. Ils trouvent en particulier l’existence d’un vaste marais d’indécis qui sont tout de même 36% de leur échantillon : ce sont surtout des femmes (57%), aux revenus bas et moyens, présents un peu partout dans leurs 10 pays. C’est le regroupement des gens non politisés en général, qui n’ont pas d’opinion bien arrêté sur l’Europe comme sur bien d’autres sujets. En réalité, au-delà de l’existence de ce marais, leurs données montrent plutôt des lignes de clivages multiples : entre les satisfaits et les insatisfaits de l’Europe ; entre ceux qui en voudraient plus, ceux qui en voudraient autant, et ceux qui en voudraient moins ; sur l’immigration et sa gestion en commun ou non ; sur les transferts financiers entre pays d’Europe. Vu ces multiples divisions, il n’y a donc pas de ligne majoritaire certes, mais il semble d’après leurs données que seuls deux groupes, soit les 8% de fédéralistes et les 9% de pro-européens frustrés, veulent majoritairement plus de transferts de pouvoir à l’Union européenne. C’est peut-être cela qu’il faudrait retenir de ce vaste sondage : les répondants qui veulent aller plus loin en général dans l’intégration européenne sont minoritaires, ce qui ne veut pas dire toutefois qu’une majorité se prononce nettement contre l’Union actuelle.   

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par kelenborn - 06/12/2017 - 11:24 - Signaler un abus oui

    C’est vrai qu’au regard de ce sondage, il n’est pas évident que les Britanniques soient si différents des autres Européens, or, comme chacun le sait, il y a eu un vote pour le « Brexit ». .....................................................Oui ben on a la réponse à la question qui n'est pas posée: ce "marais" d'opinions , c'est celui que l'on retrouve dans toutes les enquêtes et qui a fait que Chirac et Cameron ont pu, sans inquiétude organiser les référendums sur Maastricht et le Brexit! C'est dans la dernière ligne droit qu'il rejoint les flingueurs!

  • Par J'accuse - 06/12/2017 - 13:04 - Signaler un abus Astrologique

    Que pensent les Béliers et les Capricornes de l'intégration européenne ? Les blonds et les bruns ? Les "experts" adorent la taxinomie: on regroupe les gens selon certains critères subjectifs et ambigus, on leur colle des étiquettes, et ça donne des chiffres et des opinions supposées qu'on peut commenter inlassablement. Ça ne fait pas avancer d'un poil le débat sur l'UE, mais ça occupe; et surtout, ça détourne des vraies questions.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€