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Confiance des ménages au plus haut depuis octobre 2007 : réelle embellie ou est-ce que les français se sont résignés à une situation de crise permanente ?

D'après une étude de l'INSEE, les ménages français ont atteint leur niveau de confiance le plus haut depuis 2007. Pourtant, la France est encore dans une période de chômage et n'est pas complètement sortie de la crise. Ce constat paradoxal est pourtant bien réel : voici pourquoi.

Déprime heureuse ?

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Confiance des ménages au plus haut depuis octobre 2007 : réelle embellie ou est-ce que les français se sont résignés à une situation de crise permanente ?

Atlantico : Selon l'INSEE, la confiance des ménages aurait atteint son plus haut niveau depuis le mois d'octobre 2007. Comment expliquer un tel résultat alors que la croissance, le chômage, le pouvoir d'achat étaient alors bien plus favorables qu'ils ne le sont actuellement ? Peut on dire que les français se sont résignés à une situation de crise ? 

Christopher Dembik : La confiance des ménages n’est pas l’indicateur le plus viable pour connaître réellement l’état de l’économie française. En effet, sa méthodologie n’est pas exempte de critiques. Il résulte de réponses à une série de questions qui n’ont pas changé depuis 1974 et dont aucune ne traite directement de la confiance. Il faut plus appréhender la confiance des ménages publiée par l’INSEE comme un ensemble de ressentis à un moment donné que comme un indicateur réellement fiable pour comprendre le panorama de notre économie.

Quelles sont les causes de cette amélioration ? Quelle part attribuer à la conjoncture économique européenne et quelle part attribuer à la situation franco française ? 

Au niveau domestique, il y a eu quelques signaux positifs. Comme l’indiquait François Hollande il y a quelques mois : « ça va mieux ». C’est notamment le cas au niveau du marché du travail où on a pu constater sur l’année écoulée une amélioration notable, en particulier pour les plus jeunes (mais pas pour les seniors). Bien évidemment, cela n’efface pas les effets directs de la crise qui sont encore bien perceptibles au niveau du taux de chômage, surtout si on ose la comparaison avec d’autres pays européens.

Toutefois, c’est bien la conjoncture internationale qui a certainement eu l’impact le plus positif. La faiblesse de l’euro conjuguée aux effets du CICE ont permis aux entreprises de gagner de la compétitivité. En outre, le baril de pétrole bas a entraîné un gain de pouvoir d’achat, surtout pour les ménages les plus défavorisés qui sont plus réceptifs à l’évolution de cette dépense. Enfin, les taux d’intérêt historiquement faibles sur le marché obligataire ont été répercutés par les banques sur les ménages ce qui a permis à de nombreux primo-accédants de devenir propriétaire à bas coût. Encore une fois, c’est plus le contexte international qui a joué que le contexte domestique.

Fait il y voir une source d'espoir pour l'année en cours ? Quelles sont les conséquences pratiques de cette hausse de la confiance pour l'économie française ? 

Malheureusement non. La croissance en 2016 a atteint 1,1%, en recul par rapport à 2015 (1,2%). Selon nos prévisions, dans le meilleur des scénarios, elle devrait atteindre 1,2% cette année. C. L’économie française est toujours à l’arrêt. Surtout, il faut bien prendre en compte que le contexte international est en train de se dégrader. Le risque politique lié au Brexit va se matérialiser au cours du printemps et, surtout, l’alignement des astres (pétrole, euro, taux bas) n’est plus d’actualité. L’euro devrait être pénalisé par la politique du dollar faible qui sera soutenue par Donald Trump, les taux d’intérêt sont en nette appréciation du fait de la hausse de l’inflation et, enfin, le pétrole devrait stagner autour de 60 dollars cette année en moyenne. Point très négatif pour la France : la remontée de l’inflation qui est bien amorcée et est essentiellement liée à la hausse du prix des matières premières importées va directement pénaliser le pouvoir d’achat des ménages dans un contexte de croissance basse. Concrètement, cela veut dire que la confiance des ménages pourrait rapidement décrocher en 2017. L’élection présidentielle, en l’état actuel des choses, ne permet pas d’espérer une amélioration rapide de la situation. Tout indique que la France va rester bloquée dans cette croissance molle qui n’est pas créatrice de beaucoup d’emplois. Ce qu’il faudrait faire, c’est certainement de mettre en œuvre une vraie relance européenne sous l’égide de l’Allemagne, qui a les moyens de financer un tel programme, maintenir la politique monétaire accommodante de la BCE pour éviter une envolée des taux et également faire monter en gamme l’économie française, ce qui implique aussi de miser sur la formation. Monter en gamme ne signifie pas chercher à concurrencer les Allemands, ce qui serait vain, mais développer des secteurs d’activité d’excellence pour que notre économie soit plus compétitive. Il peut s’agir du domaine énergique ou encore du numérique. Bref, adopter une vraie politique industrielle, ce que n’a plus la France depuis des décennies.

 
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  • Par ikaris - 31/01/2017 - 18:20 - Signaler un abus titre encore une fois plutot trompeur

    L'interviewé ne répond pas à la question et ne nous assène que des réponses très convenus à partir d'autres indicateurs bateaux. Si on parle de confiance pourquoi ne pas parler de vrais facteurs d'anticipation positive : l'élection de mai ouvre la perspective tangible de mettre dehors ce gouvernement et ce président irresponsables. La situation internationale nous laisse envisager autre chose que la résignation grâce au succès du Brexit et à la venue au pouvoir de Trump ... l'espour revient ! Fillon le futur président a promis une hausse de la TVA ... voilà une bonne raison de faire de gros achats assez vite.

  • Par essentimo - 01/02/2017 - 11:12 - Signaler un abus Est-ce

    parce que les prix ont augmenté de 1.4 % ? Il es surprenant, par ailleurs, que l'on ne réagisse pas à l'augmentation des prix des marchandises comme ci-dessus et qui profite, en premier lieu aux fabricants dont la Chine, mais que l'on se révolte, oh combien, sur une hausse de TVA de 2 % !

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Christopher Dembik

Avec une double formation française et polonaise, Christopher Dembik est diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences polonaise. Il a vécu cinq ans à l’étranger, en Pologne et en Israël, où il a travaillé pour la Mission Economique de l’Ambassade de France et pour une start-up financière. Il est responsable de la recherche économique pour le Groupe Saxo Bank. 

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