Jeudi 17 avril 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Confessions d'un braqueur : "Je voulais faire payer à la société la facture de mes douleurs"

En quelques mois, Didier Caulier a participé à deux "coups" considérés comme les plus audacieux de leur époque : le vol de 119 toiles de Picasso exposées au Palais des Papes et le casse de la Société Générale à Nice, en compagnie d’Albert Spaggiari. Extrait de "Confessions d'un braqueur" (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le 1 août 2013
 
Le crédit agricole.

Le crédit agricole. Crédit Reuters

Me voici appelé. Par chance, je suis affecté à une caserne du génie située en plein Avignon. À moins de trois cents mètres du petit appartement que j’occupe avec mon épouse. Difficile pour moi de rester si proche de ma dulcinée sans la voir. Je fais le mur presque tous les soirs mais par deux fois me fais prendre. J’écope de jours de prison. Pour moi une nouvelle injustice. De quel droit peut-on interdire à un jeune homme dans la force de l’âge de retrouver son épouse ? Que je couche à la caserne ou dans le lit conjugal ne représente pas une si grande différence. Les militaires ne l’entendent pas de cette oreille. Les soirs où je ne suis pas derrière les barreaux, je sors. Pas seulement pour retrouver ma femme. Je remarque des jeunes à qui l’argent semble brûler les doigts. Ils dépensent sans compter et n’ont pas l’air accablés par le labeur. Des marginaux d’Avignon. Des voyous. Je ne les juge pas car mon parcours a détruit la plupart de mes barrières morales. Du fait des nombreuses injustices que j’ai subies, il me paraît normal de prendre ma revanche sur la société. À elle de payer la facture de mes douleurs.

Je me rapproche de plus en plus de ces jeunes qui m’acceptent bien volontiers. Ils ne cachent pas être des voleurs faisant feu de tout bois. Sportif et agile, je peux leur être utile. Pour notre premier coup en commun, ils me demandent de me glisser par la petite fenêtre d’une imprimerie. Elle est si étroite qu’un tel exploit paraît impossible. Pourtant, j’y parviens sans difficulté. J’entre et leur ouvre la porte. Cela me vaudra le surnom de « l’homme-serpent ». Par trois fois nous cambriolerons cette imprimerie. Pratiquement sans rien prendre car elle contient peu d’argent liquide mais beaucoup de rames de papier inutiles pour nous. Ça devient presque un jeu. Un jeu dangereux car si nous nous faisons prendre, la police et la justice se montreront sévères. La raison pour laquelle, dès ce moment, et jusqu’à la fin de ma carrière de voleur, je ressens une forme de stress avant de monter sur un casse ou un braquage. Comme un acteur avant de monter en scène. Mais, dès que ça commence, le trac disparaît, me voilà totalement investi dans l’action.

Plus d’un demi-siècle plus tard, je continuerai de passer devant ce bâtiment. L’imprimerie aura disparu mais les murs seront toujours là. Je reverrai cette petite fenêtre, depuis fermée par des barreaux, et aurais un petit pincement au coeur. Le vol de l’imprimerie ne constitue pas tout à fait mon premier larcin. En réalité, j’ai déjà volé à l’âge de 7 ans, alors enfant de choeur. Lors d’une fête religieuse au Pontet, il y avait tellement de monde que le tronc pour faire la quête s’est rapidement rempli jusqu’à ras bord. Je n’avais d’autre choix que de mettre l’argent supplémentaire dans mes poches. Au moment de restituer le fruit de la quête, à la sacristie, je me suis bien gardé de les vider. Cet argent me permit de payer quelques parties de baby-foot aux copains… De l’imprimerie, nous passons à une chemiserie. Toujours à Avignon. L’un de nous a remarqué une fenêtre ouverte à l’étage. Je grimpe le long de la façade, monte sur un balcon, et me glisse dans cette ouverture. J’ouvre la fenêtre en grand pour permettre à mes deux complices de me rejoindre et nous commençons à remplir les sacs. Soudain retentit un bruit caractéristique. Celui de la 403 de la police municipale qui s’entend de très loin. Nous restons figés mais les pandores ne font que passer. Ils ne voient rien. Ils repasseront d’ailleurs quelques minutes plus tard, sans nous remarquer. Une fois les sacs pleins, nous franchissons la même fenêtre et jetons les sacs par-dessus le balcon. Heureusement que les policiers n’effectuent pas un troisième passage à ce moment-là ! Nous irons vendre notre marchandise à Marseille. Ma première visite à la cité phocéenne. Je suis fasciné par les truands traînant dans les bars en exhibant d’énormes chevalières qui renvoient les reflets du soleil. Ce monde-là sera le mien. Adieu la coiffure.

La police aura sa revanche peu après. Cette fois j’opère à Nîmes où habite mon père. Je me trouve dans le fond d’une impasse, m’apprêtant à crocheter la serrure du bureau d’un important négociant en vin. Soudain surgissent les poulets. Cavale impossible. Ma seule issue consisterait à foncer sur eux mais je ne pourrais les contourner. Ils n’hésiteront pas à tirer sur moi au moindre mouvement brusque. J’ai sur moi une paire de gants et un tournevis que je dissimule dans mon pantalon, maintenu à l’aide d’une ceinture à hauteur du sexe. J’ai l’espoir qu’ils n’oseront pas toucher à cet endroit lors d’une palpation. Espoir comblé ! Les flics m’entourent. L’un me fouille. Il évite cet endroit de mon anatomie. Bilan : il ne trouve que mes gants. Je raconte que je les ai empruntés à mon père et compte sur mon passage à Nîmes pour les lui rendre. Ils me traînent jusqu’au commissariat.

Dans l’attente d’être auditionné par un inspecteur, je suis enfermé dans une cellule. J’en profite pour me débarrasser de l’encombrant tournevis que je planque sous un banc en bois. Je passe la nuit-là. Ma première garde-à-vue. Le lendemain, on me fait monter dans un bureau. S’y trouve déjà mon père, dans son uniforme d’adjudant-chef, arborant fièrement sa médaille militaire. L’un des flics lui demande si les gants lui appartiennent bien. D’une voix mal assurée, il confirme. Les poulets ne sont pas dupes. Ils ont trop l’habitude des gens qui mentent pour ne pas remarquer la légère incertitude de mon père. Mais ils comprennent aussi que cet homme souffre parce qu’allant à l’encontre de ses principes. Un père tentant de préserver son fils. Ils ferment les yeux et nous laissent repartir. Pour la première fois, je ressens une bouffée d’amour et de fierté pour mon militaire de père. Il ne fait aucun commentaire mais, intérieurement, je me jure de ne plus jamais le placer dans une situation si désagréable.

Extrait de "Confession d'un braqueur",  Didier Caulier, (Nouveau Monde éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

 


Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Glop Glop - 01/08/2013 - 14:06 - Signaler un abus Fort heureusement...

    ... la plus grande majorité des appelés a fait son temps sans faire chier ni même reprocher quoi que ce soit à qui que ce soit. Quant aux petits "cons qui se brûlent les doigts avec l'argent", d'ailleurs ne sont-ils pas toujours "cons" nécessairement, heureusement encore que la plus grande majorité des personnes ne s'angoissent pas de cela pour trouver un sens à leur vie. Un cave reste un cave parce qu'il n'est rien, ne sait rien, ne sert à rien, alors que même un étron canin est utile à des mouches qui festoient.

  • Par Atlante13 - 01/08/2013 - 12:09 - Signaler un abus Manifestement il n'est pas l'écrivain

    de ce livre. Les phrases sont trop bien construites pour un débile intellectuel.
    La société ne lui doit rien, car la société c'est nous tous. Et s'il en conteste les lois, il doit aussi contester les droits et devoirs qui sont les siens.
    Mais ça, ce doit être un peu trop compliqué pour lui. Il ne lui reste plus qu'à s'installer en Arctique ou Antarctique, et encore, où il pourra vivre sa vie comme il l'entend, sans rien attendre ni donner à personne.
    A mon époque on appelait ça de la philosophie de comptoir.

  • Par Ravidelacreche - 01/08/2013 - 11:45 - Signaler un abus "Je voulais faire payer à la société la facture de mes douleurs"

    Il aurait du choisir une pharmacie !

  • Par Temüdjin - 01/08/2013 - 11:09 - Signaler un abus On va pleurer

    "Je voulais faire payer à la société la facture de mes douleurs", ben voyons. La société c'est "nous", la société c'est pas "eux".
    Je reste convaincu que le ressort de toute déviance civique est psychologique avant même d'être culturel.

Didier Caulier

Auteur de plusieurs braquages spectaculaires, Didier Caulier continue de vivre dans le sud de la France où il exerce désormais des activités tout à fait légales.

Voir la bio en entier

Fermer