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Condamner le Qatar ET lui vendre des armes dans la foulée : l’étrange chaud et froid américain au Moyen Orient

Donald Trump souffle le froid et le chaud vis-à-vis du Qatar. D'un côté il accuse Doha de financer le terrorisme et de l'autre, il n'hésite pas à conclure des contrats d'armement à hauteur de 12 milliards de dollars. Pour comprendre cette étrange position, il faut observer la scène d'un point de vue régional.

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Condamner le Qatar ET lui vendre des armes dans la foulée : l’étrange chaud et froid américain au Moyen Orient

Atlantico : Donald Trump mène un jeu étrange vis-à-vis du Qatar, d'une part il accuse le pays de financer le terrorisme et de l'autre il conclut des contrats de vente d'arme avec le pays pour un montant de 12 milliards de dollars. Comment expliquer ce début de "schizophrénie géopolitique" par rapport à Doha ? 

Rolland Lombardi : Nous commençons à avoir l’habitude des contradictions, des volte-face et de l’imprévisibilité  du Président américain. Il n’est d’ailleurs pas le premier homme d’Etat à mettre ses actions en opposition avec ses discours. Il faut se souvenir également qu’il a eu les mêmes propos au sujet de l’Arabie saoudite lorsqu’il était candidat. On connaît la suite… En politique et surtout en relations internationales, les réalités viennent souvent à bout des slogans ou des promesses électorales. Toutefois, je ne parlerai pas de « schizophrénie géopolitique ».

J’évoquerai plutôt une diplomatie américaine « bicéphale ». Car à présent, il est évident, pour ceux qui veulent bien le voir, que nous avons dans la politique internationale de Washington, notamment au Moyen-Orient, deux visages. Le premier, celui du locataire de la Maison Blanche, pour la scène afin de choquer, déstabiliser et mettre sous pression, l’interlocuteur ou l’adversaire. Le second, celui de ses conseillers et de ses ministres, pour les coulisses, là où tout se joue sérieusement. Mais cette « double gestion » des affaires n’est pas aussi handicapante qu’on pourrait le croire. Certes quelques couacs sont possibles, mais je pense au contraire que les rôles sont savamment partagés. 

On l’a d’ailleurs bien vu ces derniers jours lorsque le Pentagone s’est désolidarisé des propos Trump vis-à-vis du Qatar… 

Lors de sa victoire en novembre dernier, j’avais déjà annoncé que Donald Trump ne gouvernerait ni ne déciderait seul de la politique américaine à l’étranger . Il faut bien comprendre qu’il ne connaît rien aux affaires du Moyen-Orient. Or, en dépit du « Trump bashing » ambiant de nos médias, il ne faut pas le sous-estimer. Comme le décrit très bien Laure Mandeville dans son ouvrage, Qui est vraiment Donald Trump ?, le Président Trump a été un manager et même un bon manager. Et en tant que tel, il sait très bien s’entourer et surtout, déléguer à des collaborateurs de qualité, les tâches pour lesquelles il n’a aucune expérience et dont il ne maîtrise pas les subtilités. C’est exactement ce qui se passe actuellement dans le Golfe. Je rappelle encore une fois que les conseillers du Président américain pour le Moyen-Orient sont (pour les plus discrets), le colonel Sam Clovis, le libanais Whalid Phares, le général Petraeus et Henry Kissinger. De plus, son conseiller à la sécurité nationale, le général H.R. McMaster, et son Secrétaire à la Défense, le général James Mattis, sont des militaires d’expérience respectés, ayant servi en Irak et en Afghanistan, et surtout, sont considérés comme de véritables intellectuel-soldats qui connaissent parfaitement la région. Enfin, le Secrétaire d’Etat, Rex Tillerson (l’ancien PDG d’ExxonMobile) est lui aussi un fin connaisseur des arcanes du monde arabo-musulman, grâce notamment à son passé dans le milieu du pétrole. 

Assurément donc, les vrais architectes et les fins timoniers des nouvelles orientations moyen-orientales des Etats-Unis, sont peut-être les meilleurs spécialistes américains de la région depuis des décennies.

 

Peut-on y voir une stratégie régionale qui elle serait cohérente, et ayant pour objectif de réaffirmer la présence des Etats-Unis dans la région ? 

A mon sens, oui. Même si les crises et les tensions dans le Golfe assurent encore les beaux jours du complexe¬ militaro-industriel américain, les Etats-Unis ont toujours pour objectif de se tourner vers l’Asie et pour cela, de bonnes relations avec la Russie mais surtout, un retour à la paix, ou du moins à la stabilité, au Moyen-Orient sont indispensables.

Regardons de plus près la crise du Qatar. Celle-ci illustre tout à fait le fait que les Etats-Unis essaient de reprendre la main dans la région. Et certainement, l’influence de Washington dans la nouvelle position de l’Arabie saoudite et de ses alliés y est sûrement pour beaucoup. La dernière visite à Riyad du président américain Donald Trump a évidemment précipité la décision de Riyad et, incontestablement, rien n’aurait pu se faire sans l’aval américain.

Ainsi, Trump mais surtout ses conseillers et son entourage (qui, comme je l’ai dit, sont réellement à la manœuvre), ont estimé, par réalisme et pragmatisme, que le royaume saoudien, malgré sa relative faiblesse conjoncturelle valait la peine d’être de nouveau reconsidéré (ce qui a, en outre, l’avantage de mettre Téhéran sous pression). A leur yeux, les Saoud tiennent encore d’une main de fer leur pays (qui rappelons-le abrite les lieux saints de l’Islam) et peuvent donc retrouver une certaine influence et un relatif leadership mais sous certaines conditions (lutte sincère et efficace contre le terrorisme, le financement de l’islamisme radical et surtout, l'extrémisme religieux)… Au final, vous verrez que les Etats-Unis seront à l’origine de l’apaisement. Surtout, s’ils ne veulent pas pousser un peu plus le Qatar dans les bras de la Russie et de l’Iran. En effet, il faut rappeler que le Qatar abrite la plus grande base aérienne américaine du Moyen-Orient (Al Ubeid). Hautement stratégique pour Washington celle-ci est également le QG avancé de l’USCENTCOM… D’ailleurs, dans sa traditionnelle politique imprévisible du « chaud et froid », le président Trump (sûrement « cornaqué » par le Pentagone) a proposé, et ce juste après ses fameux Tweets virulents contre Doha, une rencontre avec l’Emir Tamim. Jusqu’ici, ce dernier refuse encore… Or, tout ceci n’a pas empêché le Secrétaire de la Défense, James Mattis, et son homologue qatari Khalid Al-Attiyah, de conclure, le mercredi 14 juin, un accord de 12 milliards de dollars pour la vente d'avions de combat F-15 !

En définitive, nous pouvons imaginer que la passagère « mise au ban » du Qatar, traduit peut-être, en définitive, une « mise au pas » de l’Arabie saoudite par la nouvelle administration de Washington.

 

Quant à l’Iran, soyons sérieux. Certes, toutes les démocraties ont besoin d’un « Croc-mitaine ». Mais, en dépit des « Tweets » incendiaires et des déclarations hostiles au sujet de l’Iran (qui ne sont pour moi que des éléments de langage diplomatique visant simplement à rassurer l’Arabie Saoudite et Israël) du candidat puis du Président Trump, celui-ci ne pourra pas (ni ne le voudra réellement) tenir ses engagements, notamment sur une éventuelle abrogation de l’accord sur le nucléaire iranien signé en juillet 2015. D’abord, car il s'agit d'un accord multilatéral et les Etats-Unis ne peuvent pas l'annuler au nom de la Russie, de la Chine, et de l'UE. Ensuite, et Tillerson, Mattis et McMaster le savent très bien, l’Iran, nation plurimillénaire et Etat phare du chiisme est (re)devenu incontournable dans tout règlement sérieux des crises régionales (n’oublions pas la collaboration américano-iranienne, certes discrète mais concrète, depuis des années, en Irak et en Afghanistan…). Enfin, il est peu probable que l’ancien businessman Trump comme d’ailleurs les grandes firmes américaines déjà très présentes à Téhéran, laissent s’échapper les nombreuses opportunités que représente l’immense marché iranien…

Ce retour sur la scène du Moyen-Orient Ne serait-il pas contraire aux promesses de campagne de Donald Trump résumées à son slogan "America First" ?

Pas nécessairement. D’abord, sur le plan économique, ce « retour » des Etats-Unis au Moyen-Orient est bénéfique pour les emplois américains et la balance commerciale du pays.

Les importants contrats, notamment dans le domaine de l’armement, déjà signés avec l’Arabie saoudite et dernièrement avec le Qatar en sont la meilleure illustration. D’autant, que de nombreux autres accords commerciaux sont attendus avec d’autres pays de la région.

Enfin, sur le plan politique, il est certain que la nouvelle administration de Washington a bien retenu les erreurs du passé. L’interventionnisme dogmatique et moralisateur américain de ces dernières décennies et enfin, l’utopie dévastatrice du Regime change et du Nation building, ne sont plus à la mode sur les rives du Potomac… du moins chez ceux qui tiennent actuellement la barre. Indifférents aux « droits de l’homme » et aux idéologies, l’ancien homme d’affaires et les hommes qui l’entourent sont des pragmatiques et des réalistes attachés aux seuls intérêts nationaux des Etats-Unis, qu’ils soient économiques, commerciaux ou encore géostratégiques.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 18/06/2017 - 13:01 - Signaler un abus La politique de la carotte et du bâton fait avancer les chameaux

    Donald-le-pragmatique!....Ah! Ça change du droidelhommisme béât à la Obama-Moguerrini-Junker-Macron et de leurs mensonges sur l'immigration heureuse et la décroissance climatique...Donald agit avec les pays arabes comme auraient toujours dû agir les occidentaux: avec fermeté et pragmatisme! En maniant le baton du langage et la carotte des échanges économiques...Grâce à Donald, les USA gagnent sur les deux tableaux économiques et stratégiques! Les lâches europeistes seront rapidement évincés de ces marchés moyen-orientaux juteux et ils gagneront, en prime, le terrorisme islamiste qui, à défaut de pouvoir continuer à terroriser l'Amérique, s'importera de plus belle en UE lâche et immigrationniste, futur conquête de l'expansionnisme islamiste...Bravo Donald, well done!

  • Par lasenorita - 18/06/2017 - 14:08 - Signaler un abus Le Qatar et le terrorisme.

    Les Qataris ainsi que les Saoudiens ont financé des coupeurs de têtes au nom d'Allah!...voir http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Il-faut-demander-des-compres-a-ceux-qui-soutiennent-le-Qatar et voir http://www.libertepolitique.com/Actualite/Coup-de-projecteur/Avec-la-benediction-des-responsables-saoudiens-des-centaines-d-etudiants-saoudiens-ont-rejoint-Daech...et ce ne sont pas uniquement les U.S.A. qui ''soutiennent'' le Qatar et l'Arabie Saoudite...Nos gouvernants vendent notre pays, la France, à ces terroristes musulmans en leur faisant plus de facilités pour acquérir des biens français qu'aux ''vrais'' Français.. Nous sommes envahis par les terroristes musulmans que nos gauchistes attirent, chez nous, dans un but électoral...bientôt les ''vrais'' Français non-musulmans ne pourront plus faire un pas dans leur pays ''sans sécurité'' comme nous le prédit le maître-chanteur Erdogan voir http://www.libertepolitique.com/Actualite/Coup-de-projecteur/Erdogan-demain-aucun-Europeen-aucun-occidental-ne-pourra-plus-faire-un-pas-en-securite-avec-serenite-dans-la-rue et ce n'est pas Macron qui protègera les ''vrais'' Français du terrorisme islamiste!

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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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