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Ce concept majeur de la psychologie sociale qui vient de s’effondrer et laisse le monde de la science en plein désarroi

Le concept psychologique fondateur de "l'égo depletion" (épuisement de l'égo), mis au point en 1998 par les chercheurs Baumeister et Tice, vérifié par des centaines d’expériences et dont découle des dizaines d'études, est en train d'être remis en cause, bouleversant le monde de la recherche et questionnant son mode de fonctionnement.

Epuisement de l’ego

Publié le - Mis à jour le 21 Mars 2016
Ce concept majeur de la psychologie sociale qui vient de s’effondrer et laisse le monde de la science en plein désarroi

Pour leur expérience, Baumeister et Tice empilèrent leurs cookies tout chauds dans une assiette, à côté d’un saladier rempli de radis rouges et blancs, et firent entrer un cortège d’étudiants volontaires.  Crédit wikipédia

Atlantico : Pouvez-vous m'expliquer en quoi consiste la théorie de "l'égo depletion", appelée en France "la théorie de l'égo" ?

Bernard Cadet : La définition « officielle » de « l’ego depletion » (Baumeister et Tice, 1998°) est la suivante : « a temporary reduction in self capacity of willingness to engage in volitional action ».

En d’autres termes « l’ego depletion » terme mal traduit en Français par l’expression « épuisement de l’ego » (la définition parle d’une réduction temporaire et l’ego est un terme connoté), est un concept psychologique qui désigne tout ce qui peut diminuer l’exercice volontaire des fonctions (cognitives de nos jours) qui amènent l’être humain à s’engager dans des tâches définies en fonction d’un objectif bien défini. Parmi elles figure la prise de décision mais c’est loin d’être la seule compte tenu du caractère très extensif, voire passe partout, de la définition.

Il serait donc réducteur de limiter les effets de « l’ego depletion » à la prise de décision et à une fatigue décisionnelle. En effet les facteurs limitant les effets de toutes nos capacités cognitives sont non seulement nombreux mais très variés : le stress , la motivation négative, la fatigue, le burn out, les traitements en parallèle de plusieurs sources d’information, ou le fait d’effectuer simultanément  plusieurs activités, etc….

Pourquoi cette étude est-elle aujourd'hui remise en cause ? Quelles sont ses faiblesses ?

Les premières études (fin des années 90) présentent, de mon point de vue, trois faiblesses qui se « cumulent » :

1) le concept (« l’ego depletion ») est défini de façon insuffisamment précise. C’est un terme devenu fourre-tout car le concept de base est très général et va se trouver utilisé dans des acceptions différentes. En règle générale, plus une théorie est définie de façon précise, plus il est difficile de la confirmer ; plus une théorie est vague et imprécise et plus il est difficile de la rejeter.

2) l’opérationnalisation, c'est-à-dire la traduction en terme de situation concrète des grandeurs étudiées ou si l’on préfère les tâches que concrètement les sujets auront à effectuer, est pour le moins discutable et ne serait probablement plus pratiquée aujourd’hui sous cette forme. Des sujets répartis en deux groupes sont mis en présence ou de cookies ou de radis (ce qui représente la variable indépendante) censée activer ce que les chercheurs veulent produire. La variable dépendante est la mesure du temps (chronométrage) avant que les sujets n’abandonnent  une tâche à effectuer. Mais deux biais me paraissent évidents. Le premier est que les sujets qui sont dans le groupe « radis » subissent une première frustration (disons « culinaire » !) par rapport à ceux du groupe cookies qui peuvent être plus satisfaits du traitement qui leur est réservé. Ensuite la tâche à effectuer est insoluble, ce qui fait que le groupe « radis » connait là une seconde frustration qui n’est que la première pour le groupe cookies. Il paraît alors évident que le groupe radis ne va pas être enclin à chercher une solution très longtemps en tous cas moins longtemps que le groupe des cookies. Pour parler plus simplement le peu de satisfaction voire le stress du groupe « radis » va limiter leur participation sans que nécessairement cela renvoie à « l’ego depletion ».Ainsi pour moi, cette opérationnalisation mesurerait plutôt la résistance à la frustration que la capacité de prise de décision. Si vous imposez deux frustrations à un groupe, il sera moins participant qu’un groupe qui n’en connaît qu’une en fin de tâche.

3) Les méthodes de traitement statistique des résultats (en 1997 et 1998) sont inadaptées (r de Bravais Pearson le plus souvent, coefficient qui permet de préciser dans quelle mesure deux variables sont liées, ce qui n’est probablement pas la question posée au niveau concret des comportements.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 17/03/2016 - 10:05 - Signaler un abus Ego depletion

    Let's forget it, too questionable.

  • Par Humaniste - 17/03/2016 - 10:13 - Signaler un abus incroyable

    Un tissu d'aneries et d'arguments pseudo scientifiques sans rigueur conceptuelle ni même orthographique. Je ne parle pas de la thèse dont il n'est rien dit de très sérieux mais de sa dénonciation qui l'est encore moins.

  • Par emem - 17/03/2016 - 13:28 - Signaler un abus Drôles de recherches

    Et moi, qui adore les radis et déteste les cookies et le chocolat, j'aurais mis combien de temps ?

  • Par borissm - 17/03/2016 - 17:07 - Signaler un abus Et on les a payé pour ça ?

    Incroyable...

  • Par kaprate - 17/03/2016 - 22:17 - Signaler un abus Mauvais présage

    5 ans à bouffer du Hollande et tu vas même plus voter!

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Bernard Cadet

Bernard Cadet est professeur de psychologie cognitive et responsable, à l'université de Caen Basse-Normandie, d'un groupe de recherches dont les travaux portent sur les modalités de traitement des informations dans les contextes, de toute nature, pour lesquels une évaluation, un diagnostic, un jugement ou une prise de décision doivent être élaborés.

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