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Comprendre le marketing grâce aux anciens Egyptiens

En Égypte, un produit en particulier a connu un immense succès pendant plus de deux mille ans : l'assistance à la vie après la mort. Extrait de "Le Management Expliqué par l'Art" (1/2).

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Comprendre le marketing grâce aux anciens Egyptiens

La vie après la mort était une des préoccupations principales des anciens Égyptiens. Crédit DR

Le produit ­est la raison d’être de l’entreprise. C’est pour le fournir que tout le travail de séparation des tâches et de coordination est accompli. C’est aussi sa vente qui apporte la contrepartie financière nécessaire à la couverture des coûts. La politique de produit consiste en la définition de ses caractéristiques afin qu’il puisse avoir le plus de succès possible. En pratique, comme les gens ont des goûts, des désirs et des moyens différents, l’entreprise s’aperçoit vite qu’elle a intérêt à proposer plusieurs déclinaisons de ce produit, en fonction du public auquel on s’adresse.

En Égypte, un produit en particulier a connu un immense succès pendant plus de deux mille ans, connaissant de nombreuses déclinaisons.

La vie après la mort était une des préoccupations principales des anciens Égyptiens. Si à l’origine il semble que seuls le pharaon et quelques proches aient accès à la vie éternelle, cette croyance s’est peu à peu étendue à tous les individus : il était possible, si tout ce qu’il fallait avait été accompli (notamment la préservation du corps), de « devenir un Osiris », c’est-à-dire d’accéder à une renaissance, à une vie éternelle bienheureuse. Mais la vie éternelle n’était pas nécessairement obtenue et réussie. L’angoisse de tout Égyptien était de ne pas bénéficier de tous les rites et tous les moyens nécessaires au succès de la vie après la mort. Si la vie en effet devait être difficile à l’époque, la mort n’était pas moins périlleuse, l’Égyptien vivant grosso modo dans la terreur de sa vie après la mort comme un chrétien du Moyen Âge vivait dans la terreur de la damnation. Comme pour les chrétiens plus tard, la mort se conclut par un jugement des fautes face à la divinité. Chez les chrétiens, on aimait représenter ce jugement comme une grande pesée des âmes mortes, celles qui étaient trop lourdes de fautes étant immédiatement remises entre les mains de démons terrifiants et précipitées en enfer, les autres étant sauvées et jugées dignes du paradis. Chez les anciens Égyptiens, le processus était très similaire : Anubis et Horus pesaient le cœur du défunt sur une balance, afin d’évaluer la lourdeur de ses péchés. Le défunt devait ensuite « se justifier » en présence du dieu en récitant la liste des fautes qu’il n’avait pas commises et en montrant ses bonnes actions : « J’ai donné du pain à celui qui avait faim, de l’eau à celui qui avait soif, un vêtement à celui qui était nu... ». Si le défunt était trop lourd de péchés, il était dévoré par Ammit la mangeuse et il mourrait définitivement.

Arriver au lieu du jugement n’était pas une sinécure, à la différence des chrétiens pour qui le jugement est automatique. Il fallait que le défunt traverse le monde souterrain sur lequel règne Osiris. Un monde plein de dangers terribles et de pièges. Tous ceux qui voulaient vivre éternellement devaient accomplir le même périple souterrain que le soleil. Ce dernier parcourait en effet chaque jour son périple sur une barque, grandissant en force à mesure qu’il atteignait le zénith, puis s’affaiblissant le soir venant. Le soleil descendait alors pendant la nuit sur le fleuve souterrain Ouresnes où le serpent Apophis, des crocodiles, des scorpions et d’autres forces malfaisantes tentaient de s’opposer à sa progression. Pour triompher chaque jour de ses ennemis et pouvoir à nouveau renaître dans le ciel, le soleil pouvait compter sur quelques aides (le serpent Méhen qui l’entoure de son corps par exemple), mais cela restait un combat difficile et incertain dans lequel les prêtres avaient un rôle à jouer par leurs prières. Les humains prétendant à la vie éternelle devaient subir grosso modo le même type d’épreuve.

 
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Olivier Babeau

Olivier Babeau est professeur de stratégie d’entreprise à l’université Paris 8. Il s'intéresse aux dynamiques concurrentielles liées au numérique. Parmi ses publications :  "La transgression ordinaire" (2011, Ed. Eska), "Devenez stratège de votre vie" (2012, éd. JC Lattès), "Le management expliqué par l'art" (2013, Ellipses).

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