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​Commerce mondial : mais comment expliquer la tentative de rapprochement entre Chine et Allemagne face aux attaques de Donald T​r​ump ?

Tandis que Donald Trump continue de brandir ses menaces protectionnistes en accusant ses principaux partenaires commerciaux, Berlin et Pékin semblent bien vouloir s'allier pour promouvoir un libre échange à leur bénéfice exclusif.

Fracture

Publié le - Mis à jour le 3 Février 2017
​Commerce mondial : mais comment expliquer la tentative de rapprochement entre Chine et Allemagne face aux attaques de Donald T​r​ump ?

Atlantico : Entre l'administration de Donald Trump qui tire à boulets rouges sur les pratiques économiques de la Chine, du Japon, du Mexique, et maintenant de l'Allemagne, et une Chine qui tente elle-même un rapprochement avec Berlin pour la défense du système commercial mondial, quels sont les lignes de fracture ?

Nicolas Goetzmann : Entre Trump et la Chine, le Japon, l'Allemagne ou le Mexique, la ligne de fracture est celle des échanges commerciaux. Les États Unis sont largement déficitaires contre l'ensemble de ces pays. Pour les 11 premiers mois de l'année 2016, le déficit américain vis-à-vis de la Chine est de 319 milliards de dollars, 62.4 milliards pour le Japon, 59.6 milliards pour l'Allemagne et 58.8 milliards pour le Mexique, qui forment ce fameux quatuor. Donald Trump cherche à mettre la pression sur ses pays pour permettre à la balance commerciale de s'équilibrer, et c'est ce qui explique son discours protectionniste.

De l'autre côté de la barrière, la nouveauté est effectivement cet appel lancé par le premier ministre chinois, Li Keqiang, à Angela Merkel "La Chine et l'Allemagne devraient envoyer des signaux de stabilité aux marchés mondiaux et sauvegarder ensemble le système international existant grâce à la libéralisation des échanges commerciaux et des investissements". L'alliance de la Chine et de l'Allemagne renvoie à ce que ces deux pays ont de commun, c’est-à-dire des excédents commerciaux gigantesques vis-à-vis du reste du monde. Les deux pays ont donc des intérêts communs ; une libéralisation maximale des échanges pour permettre à leurs produits de trouver des débouchés. Et si les États Unis ne veulent plus participer à ce jeu, il va falloir se tourner vers d'autres victimes. Nous assistons donc à une polarisation de la situation, entre le protectionnisme d'une part, et la poursuite d'une stratégie commerciale agressive de la part de la Chine et de l'Allemagne. Aucune de ces ceux deux situations ne semblent satisfaisantes. Et la France est au milieu du guet, car elle partage en partie la situation américaine, avec une balance commerciale lourdement négative au profit de la Chine et de l'Allemagne. Malgré des intérêts communs avec la situation américaine, la France est évidemment un partenaire privilégié de l'Allemagne au sein de la zone euro. Pour la France, se rallier au protectionnisme américain n'aurait pas de sens, mais il n'y en aurait pas plus à soutenir la stratégie de cavalier solitaire menée par l'Allemagne et la Chine, dont la France supporte largement le coût depuis 15 ans. Quand l'administration Trump parle d'une Allemagne qui "exploite" les Etats Unis et ses partenaires européens, il ne faut pas oublier qu'il y a bien une part de réalité. 

Quelle est l'origine de cette situation ? Comment la mondialisation des années 2000 en est-elle arrivée à produire de telles tensions ?

Il suffit de comprendre comment Chine et Allemagne en sont arrivés à de tels excédents commerciaux. En 2001, la Chine présentait un surplus de 22 milliards de $; en 2015, le chiffre était de 600 milliards. Concernant l'Allemagne, le surplus est passé de 59 milliards d'euros en 2000 à 244 milliards en 2015. Traditionnellement, ce type de résultats est associé à la capacité de ces pays à faire de bons produits "que les gens veulent acheter". Mais cela est vrai d'autres pays, comme les États Unis, ou la France. La différence est que l'Allemagne et la Chine maintiennent leurs salaires excessivement bas, ce qui empêche la population de pouvoir absorber la quantité de biens et de services qu'elle produit. L'Allemagne fait de très bons produits, cela est indiscutable, mais si les entreprises allemandes distribuaient les fruits de ces succès à ces salariés, ceux-ci consommeraient plus, notamment des biens étrangers, et la balance commerciale s'équilibrerait. C'est la même chose en Chine. En résumé, Chine et Allemagne créent leurs excédents en profitant de la croissance d'autres pays tout en réprimant leur propre demande intérieure. C'est ce qu'on appelle la stratégie du cavalier solitaire.

 
Commentaires

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  • Par Citoyen Ordinaire - 02/02/2017 - 11:21 - Signaler un abus Nouvel Ordre Mondial

    Ils nous l'ont annoncé...de Bush à Sarkozy en passant par De Villepin ou Boris Johnson...leur nouvel ordre mondial sans l'expliquer. Rien n'est du au hasard, la chine permet à la haute finance de faire des affaires juteuses en exploitant la misère des ouvriers et un marché en développement. Mme Merkel n'est qu'une exécutante des choix des Lobbys.

  • Par vangog - 02/02/2017 - 12:35 - Signaler un abus Merkel est le Shihuahua du mondialisme délocalisateur!

    alliée aux écolo-trotskystes favorables aux centrales à charbon, à 'intérieur, et alliée aux socialistes chinois, manipulateurs d'économie, de monnaie, et du cerveau de leur peuple, à l'extérieur...

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 02/02/2017 - 23:00 - Signaler un abus les 2 usines du monde

    (ceux qui fabriquent ,construisent, font ...) ont tout interêt au "libre échange" qui leur permet d'accumuler des emplois et partant de la richesse au détriment des gogos aux solides acquits sociaux et aux patrons délocalisants ! Enfin je le vois comme çà !

  • Par Danper - 03/02/2017 - 10:17 - Signaler un abus Fin proche de l'Europe allemande

    L'Allemagne à conquis l'Europe sans tirer un coup de fusil. Elle bride la croissance de pays comme la France et l'Italie en contrôlant le secteur bancaire européen et en déprimant son marché intérieur ce qui crée le déséquilibre entre les différents pays. Si elle ne jette pas un peu de lest l'Italie se retirera de l'Euro et fera indirectement exploser la monnaie unique qui n'est en fait qu'un mark déguisé. Aux Allemands de démontrer qu'ils sont vraiment européens pas seulement Allemands. Faisons seulement remarquer que France, Italie, Espagne, Portugal, Belgique, etc. ne sont pas innocents dans cette affaire. Leur refus de faire des réformes et d'équilibrer les comptes publics sont criminels et démagogiques, typiques de politiciens faibles et nuls.

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.
 
Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

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