Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 22 Juin 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Comment la robotisation risque de booster les problèmes des deux catégories de la population déjà les plus fragilisées

La robotisation croissante dans le monde du travail aura certainement des conséquences positives pour l'économie...Et des effets dramatiques pour les plus vulnérables.

Cycle des robots

Publié le - Mis à jour le 3 Janvier 2018

C'est la tentation de nombre des entreprises actuelles, qui sont en fait coincées entre le nouveau monde et l'ancien : elles maintiennent l'organisation hiérarchique et continuent à nier le fait que les salariés possèdent un cerveau, alors même que l'informatisation les pousse à leur déléguer des responsabilités. Cette contradiction les conduit à des absurdités manifestes, car on ne peut pas déléguer une responsabilité sans déléguer en même temps la légitimité qui permet de l'exercer : obliger quelqu'un à être responsable sans être légitime, c'est lui faire vivre l'enfer. 

La façon dont actuellement la richesse se concentre, les rémunérations prédatrices que des dirigeants obtiennent de leur conseil d'administration, les bonus délirants que distribue la finance, la part excessive prise par la "création de valeur pour l'actionnaire" dans la stratégie des entreprises, tout cela est autant de manifestations de cette situation de transition où les effets de l'informatisation sont plaqués sur des structures sociales qui ne leur correspondent pas.

Plutôt que de prendre ce problème à bras le corps, on propose de taxer les robots, palliatif illogique. Pourquoi les seuls robots, et non tous les automates, tous les ordinateurs ? On précise certes qu'il s'agit de "taxer le profit que les robots procurent aux entreprises", mais comment le distinguer de l'ensemble du profit ? 

Faut-il s'attendre à l'émergence de nouvelle forme de luddisme, comme on avait pu le voir lors de l'émergence des premières machines à vapeur dans les usines et manufactures dans l'Angleterre du début du XIXe siècle ?

L'idée de taxer les robots en est déjà une manifestation. Une autre, plus générale, consiste à promouvoir une "décroissance" pour lutter contre le réchauffement climatique, mauvaise réponse à une vraie question. 

Le modèle de l'iconomie (économie numérique parvenue à la maturité) montre que l'informatisation transforme en profondeur, outre le travail, la nature des produits et la consommation. Les produits de l'iconomie sont des assemblages de biens et de services, la composante "service" (conseil avant-vente, information, maintenance, remplacement et recyclage en fin de cycle de vie) étant essentielle à leur qualité. La consommation, qui détruit le produit, devient pour l'essentiel une utilisation, le consommateur devient un utilisateur. 

La consommation ainsi transformée est exigeante en qualité et sobre en quantité. La croissance est qualitative et non plus quantitative. 

Le "cerveau d'oeuvre" libère le potentiel d'intelligence que possède chaque être humain, ressource naturelle que l'économie antérieure avait négligée. La libération de ce potentiel suppose un système éducatif différent de celui que nous avons hérité de l'économie antérieure, où il s'agissait de préparer la main d'oeuvre à l'emploi et de former un petit nombre de cadres. 

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Michel Volle

Michel Volle est économiste français.

Diplômé de l'École Polytechnique et de l'École Nationale de la Statistique et de l'Administration Économique, il est l'auteur d'un blog dédié à l'actualité économique.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€