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Comment le risque terroriste s’est installé en France

Plus 2 000 djihadistes européens, dont la moitié de Français, seraient partis en Syrie. Bon nombre d’entre eux reviennent dans leurs pays d’origine. Parfois déçus, souvent prêts à y commettre des attentats. Ce qui inquiète de plus en plus les services de renseignement qui intensifient leur coopération. Objectif : éviter que d’autres drames comme ceux d’Ottawa, du musée juif de Bruxelles et de Toulouse se renouvellent. 1ère partie de notre dossier consacré à la persistance de la menace d'attentats terroristes et aux moyens de lutte déployés en France.

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Publié le - Mis à jour le 5 Novembre 2014
Comment le risque terroriste s’est installé en France

Des membres du plan Vigipirate.  Crédit REUTERS/Gonzalo Fuentes

  • Le profil de nombreux djihadistes est souvent le même : ils ont connu la prison pour des faits de droit commun.
     
  • Ils seraient 900 Français convertis ou pas, partis faire le djihad en Syrie. Certaines sources en dénombreraient 3 à 400 de plus.
     
  • Quelques Français ont déjà commis des attentats suicides. Une pratique qui ne correspond guère à la mentalité française mais qui pourrait se développer selon le député UMP Alain Marsaud.
     
  • La DGSI, en pointe dans la lutte contre le terrorisme, a vu ses pouvoirs renforcés en matière d’écoutes et de recrutements d’informaticiens de haut niveau.
     
  • Dans un fort consensus entre droite et gauche, quitte à écorner les libertés publiques,  le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve  a fait voter une loi qui vise à éradiquer le terrorisme et ses nouvelles formes.

 

Le terrorisme islamique est comme une hydre fertile. Chaque fois, on croit lui donner un coup d’arrêt, chaque fois, il renaît. 

Il suffit de voir ce qui s’est passé le mercredi 22 octobre à Ottawa où Michaël Zehaf-Bibeau, 32 ans, canadien par sa mère, libyen par son père, a ouvert le feu sur un militaire le blessant mortellement… Cet individu offre des similitudes avec le profil de Mohamed Merah, meurtrier, dans la région toulousaine, en mars 2012 de trois militaires et de trois enfants ainsi que  d’un adulte au sortir d’une école juive de Toulouse. Une ressemblance peut également être trouvée avec Mehdi Nemmouche le tueur du musée juif de Bruxelles qui fit quatre morts le 24 mai 2014. Tous trois, instables sur le plan psychologique, ont déjà eu affaire à la justice pour des infractions de droit commun…

>>>>> A lire également : Internet, machine à fabriquer des terroristes

Ainsi, Michaël Zehaf-Bibeau a effectué quelques mois de prison pour vol, trafic d’armes et possession de produits stupéfiants. Quant à Nemmouche, il a écopé d’une peine de prison pour vol aggravé en 2007, suivi d’une autre pour le braquage d’une supérette à Tourcoing. Ce genre de profil, marqué par de grandes difficultés à mener une vie normale - ou à peu près - on  l’on retrouve souvent chez les apprentis djihadistes.

Jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989 et la décomposition du régime soviétique, le monde était bi polaire : d’un côté, les « affreux capitalistes »  avec à leur tête les Etats-Unis et l’Europe ; de l’autre, les « affreux communistes » avec à leur tête l’URSS et les partis frères de l’Europe de l’Est. Cahin-caha, ce duo fixait la marche de la planète, en tenant compte d’un troisième larron, la Chine de plus en plus fascinée par le profit, la croissance et le monde des affaires.

Si la Chine reste omniprésente, le schéma dual, si puissant il y a 25 ans, s’est effacé. Au profit d’un autre où s’affrontent dans un face à face déjà terrifiant, d’une part, une entité terroriste moyen-orientale - encore qu’existe désormais un Etat islamique - implantée dans nombre de pays jusqu’au Sahel, et de l’autre, des Etats  démocratiques qui tentent de repousser les assauts de l’islamisme radical mondialisé. Un combat d’autant plus difficile que ces Etats voient arriver sur leur territoire de nombreux terroristes prêts à les détruire de l’intérieur. La France en a payé le prix dans les années 86 puis 95. Elle vient de le payer à nouveau, avec l’exécution du guide de haute montagne, Luc Gourdel, décapité en Algérie.

Le grand « Satan » américain, - souvenons-nous du 11 septembre 2001 - le Royaume-Uni n’ont pas été davantage épargnés… Une guerre de cent ans serait-elle en train de naître entre l’Occident et des milliers de djihadistes partis en croisade contre les Chrétiens, les Juifs et même contre une grande partie des Musulmans de la planète ? Pour lutter contre les djihadistes, le gouvernement s’est doté d’un nouvel arsenal voté le mercredi 29 octobre par l’Assemblée nationale et a redéfini les missions de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), nouvelle dénomination de la DCRI, issue de la fusion de la DST et la DCRG.

La DGSI, toujours dirigée par Patrick Calvar, jouit désormais d’une indépendance accrue vis-à-vis de la Direction du renseignement militaire (DRM) et de la DGSE, notamment dans le domaine des écoutes. C’est ainsi qu’elle dispose de son propre système d’interceptions téléphoniques ou de pénétration des mails, dévolue à une direction des services techniques animée par un ingénieur général de l’Armement. Preuve aussi de cette montée en puissance de la DGSI, elle devrait recruter d’ici à cinq ans, 3 à 400 informaticiens de haut rang.

Pour sa part, la DGSE qui travaille  sur l’étranger, via de nombreuses études documentaires  souhaiterait augmenter ses effectifs de 4 00 personnes. Les services Français, sont parvenus à identifier nombre de candidats djihadistes, qu’ils s’apprêtent à quitter la France ou qu’ils s’apprêtent à y revenir. Au 1er juillet 2014, les services  ont recensé 899 personnes concernées par le djihadisme. Un chiffre qui selon certaines sources, serait supérieur. On parle de 3 à 400 de plus.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 04/11/2014 - 10:32 - Signaler un abus Je croyais que Cazevide avait retiré les passeports

    des apprenti-jihadistes! Il nous aurait [encore] menti à ce propos?...les frontières Schengen sont une passoire et Schengen est un risque pour la sécurité des peuples Européens qu'il faut abroger tout de suite!

  • Par Texas - 04/11/2014 - 18:08 - Signaler un abus Avec l' aide de deux doigts !

    ...de l' index levé du radicalisme islamique au majeur dressé des banlieues ..! . ( Vous excuserez la synthèse vulgaire pour éviter les conjectures ) .

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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée - La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut),  La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014) et Les journalistes ne devraient pas dire ça (L'Artileur, 2017).

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