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Comment la reprise en main drastique de la finance chinoise envisagée par le parti communiste fait peser une lourde menace sur la croissance mondiale

Face à un modèle qui devient trop risqué, la Chine, à travers le Parti communiste chinois reprend en main le secteur de la finance. Un risque sur la croissance du pays et, économie mondialisée oblige, un risque pour la croissance mondiale.

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Comment la reprise en main drastique de la finance chinoise envisagée par le parti communiste fait peser une lourde menace sur la croissance mondiale

Atlantico : Selon la Banque Nomura, ​Le gouvernement chinois serait en passe de réguler son secteur financier de manière plus stricte​, ​ceci afin de contrer les excès du pays en la matière. En quoi la situation de la finance chinoise est elle dangereuse pour le pays ?

Antoine Brunet : La communication de la banque Nomura vendredi 28 avril n'a pas encore été relayée par les grands medias internationaux à l a seule exception de Bloomberg. Il est vrai que les chiffres concernant les chiffres du "Total Social Financing" publiés à mi-avril par le gouvernement chinois sont accablants : ils font ressortir que la progression de l'endettement public et privé se maintient à un rythme très élevé, beaucoup trop élevé (18 trillions de yuan, soit 2,7 trillions de dollars, au cours des 12 mois à mars 2017).

Il est vrai aussi que la banque centrale a déjà remonté récemment de 25 points de base ses taux directeurs. Il est vrai enfin que Xi Jinping vient de présider une réunion au sommet exceptionnelle, réunissant les sept membres du Politburo, le gouverneur de la Banque Centrale et les trois  présidents des organisme de surveillance financière. Tout cela manifeste une vive préoccupation au plus haut niveau. Il est donc assez légitime de conclure que M.Xi s'apprête à prendre des mesures complémentaires pour casser cette dynamique excessive de la dette.

L'expérience, tant en Chine qu'à l'extérieur de la Chine, a montré que lorsque la dette totale s'emballe dans un contexte où, comme c'est le cas aujourd'hui, la conjoncture reste décevante et où la dette impayée se gonfle, cela se termine mal : certains organismes, en général les plus audacieux dans l'octroi de crédits, se trouvent brusquement déstabilisés par le défaut simultané de plusieurs de leurs clients débiteurs ; ils finissent par être obligés de l'avouer publiquement ; cela fait subitement disparaître la confiance entre organismes financiers ; le marché des prêts entre organismes financiers se paralyse brusquement, ce qui provoque un choc majeur dans l'économie réelle.

Manifestement M.Xi et le Parti Communiste cherchent à désamorcer préventivement un tel scénario. Ils n'ont pas envie que surgisse une nouvelle crise financière après celle de l'été 2015, surtout à la veille de son 19ème Congrès (fin 2017), un Congrès à l'issue duquel M.Xi espère un renouvellement pour cinq années supplémentaires.

Quels seraient les effets pour la croissance d'une régulation plus stricte ? 

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de désamorcer une dynamique aussi forte de la dette sans recourir à une hausse significative des taux d'intérêt, courts et longs. On devrait donc assister à un renchérissement et à une raréfaction du crédit distribué. Cela devrait nuire à l'investissement des entreprises, à l'immobilier et à la consommation des ménages. Si cette restriction du crédit se confirme et se concrétise, la croissance du PIB chinois qui semblait se stabiliser dans les derniers trimestres devrait subir une nouveau ralentissement.

 
Commentaires

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  • Par lémire - 05/05/2017 - 13:30 - Signaler un abus et le protectionnisme serait idiot ?

    Il serait moins rentable pour la Chine de tenter de saturer le marché mondial si les droits de douane étaient plus élevés sur les produits concernés

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Antoine Brunet

Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.

Il est l'auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011).

 

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