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Comment la réduction de l'usage du français dans les institutions européennes traduit la perte d'influence de la France en Europe depuis 20 ans

Voilà maintenant plusieurs décennies que la France perd de son influence au sein de l'Union européenne, ce qu'illustre notamment le recul de l'usage du français dans les institutions européennes. Un phénomène qui s'explique par le manque de vision européenne du pays, alors que celui-ci a pourtant été l'instigateur de nombreux projets.

De pire en pire

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Comment la réduction de l'usage du français dans les institutions européennes traduit la perte d'influence de la France en Europe depuis 20 ans

Atlantico : En 2014, selon le ministère de la Culture et de la Communication, seulement 5% des textes de la Commission européenne étaient rédigés en français contre 40% en 1997. Comment expliquer cette forte diminution ? Au regard des prérogatives dévolues à la Commission, n'est-ce pas préjudiciable pour la France et son influence auprès de cette institution ? 

Guillaume Klossa : Il s'agit là d'un processus de long terme qui trouve son origine après la fin de la présidence de Jacques Delors. Deux événements majeurs se sont produits alors : d'une part, l'entrée de nouveaux Etats-membres en provenance du Nord de l'Europe, essentiellement anglophones ; et d'autre part, des présidents de la Commission qui se sont mis à moins utiliser le français comme langue de travail. Ceci s'explique par le fait qu'ils n'étaient pas francophones, et parce que l'arrivée des nouveaux Etats-membres les a contraint à utiliser l'anglais. Dès lors, dans les réunions de travail, même s'il n'y avait qu'une seule personne ne parlant pas français, c'est l'anglais qui était utilisé.

A mon sens, la France a une responsabilité dans cette situation dans la mesure où elle aurait pu exiger, dans les conditions d'entrée des nouveaux Etats-membres, le bilinguisme français-anglais pour les fonctionnaires européens. Les Français auraient tout à fait pu tenir cette position à l'époque, d'autant plus que les fonctionnaires britanniques et danois étaient parfaitement francophones avant l'arrivée des nouveaux Etats-membres du Nord et de l'Est de l'Europe.

La langue n'est pas le seul élément constitutif de l'influence d'un pays. Il convient de prendre en compte également sa capacité d'attraction, son rayonnement, l'inspiration qu'il procure. Depuis une trentaine d'années, la France répond de moins en moins à ces aspects. Au fur et à mesure, le modèle français s'est retrouvé en concurrence, puis dépassé par d'autres modèles comme le modèle espagnol, le modèle britannique, ou encore plus récemment le modèle allemand. La France avait un poids très fort, dans l'imaginaire collectif, des années 1950 à 1970, avec toute une série de grands projets qu'elle a également portés. D'un point de vue politique, depuis le traité de Maastricht, la France n'a plus rien proposé de véritablement ambitieux. Le sujet aujourd'hui est de savoir si les Français vont être capables de relever le défi en proposant une nouvelle vision pour l'Europe. 

Outre un usage amoindri de la langue française dans les institutions européennes, les députés Christophe Caresche (PS) et Pierre Lequiller (LR) ont publié un rapport en février 2016 reconnaissant la perte d'influence générale de la France dans l'UE. Qu'est-ce qui explique, selon vous, cette perte d'influence générale ? 

Il y a plusieurs raisons à cela. La France a manqué le coche au moment de l'arrivée de nouveaux Etats-membres. La France n'est plus le modèle d'inspiration démocratique, économique et social de l'Union européenne. Elle apparaît aux yeux de ses partenaires européens comme un modèle affaibli, dont les leaders manquent de vision pour l'avenir du pays, en plus du manque de vision pour l'avenir de l'Europe. Pourtantles Français ont été à l'avant-garde de nombreux projets européens : Airbus, Arianespace, la CECA, la création du Conseil européen par Valéry Giscard-d'Estaing, l'élection des parlementaires européens au suffrage universel, la réconciliation franco-allemande de de Gaulle à Mitterrand, l'euro, la Cour de justice des communautés européennes, la Convention européenne des droits de l'Homme, etc.. La liste est longue comme on peut le constater, aussi bien sur le plan économique et commercial, que politique et juridique. Dernièrement, la France a mis sur la table un certain nombre de projets sans avoir la capacité d'action, de conviction, la persévérance nécessaires comme le souligne la capacité budgétaire pour l'Eurozone qui aurait pu la faire revenir.

Ce qu'il faut également noter, c'est que la France ne s'est même pas rendue compte qu'elle était force d'initiative – on peut penser à l'Union bancaire, Erasmus, etc. La France a donc un problème de prise de conscience de son propre apport au projet européen.

J'ajouterai également que nous n'avons pas choisi les profils les plus pertinents et les plus influents, tant au niveau du Parlement européen que des cabinets et autres institutions européennes. A cela, il convient d'ajouter aussi le rejet, ou tout du moins le manque d'attractivité, de nos meilleurs talents vers le projet européen.

 

C'est donc l'accumulation de tous ces éléments qui réduit considérablement l'influence française en Europe. 

 
Commentaires

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  • Par Jean-Benoist - 09/05/2016 - 10:11 - Signaler un abus Et pour l'Euro 2016

    on choisit un hymne en anglais elle est bien bonne celle-là.. A croire que nos chansons sont de piètre qualité ou "trop beauf".... Mais quand allons-nous réagir??

  • Par Deudeuche - 09/05/2016 - 19:20 - Signaler un abus vu la tête de dégénérés de nos diplomates pour tous

    il ne faut pas s'étonner de la perte d'influence!

  • Par vangog - 10/05/2016 - 11:14 - Signaler un abus S'il faut apprendre l'anglais, alors apprenons l'anglais!

    Extirpons du système éducatif français les pédagogues Trotskystes qui cultivent l'autarcie linguistique, et ouvrons-nous au monde des langues...la France n'est pas synonyme d'un langage, mais le gauchisme l'a forcé à se replier sur elle-même, depuis quarante ans. Voila la cause de sa perte d'influence. Lorsque le Front National aura rendu son pouvoir au peuple, les savoirs fondamentaux, lire, écrire, compter, seront réhabilités, et ceux qui veulent apprendre des langues étrangères n'en seront pas découragés par de vieux gauchistes archaïques. Ils constitueront, alors, le fer de lance de la conquête économique et de l'ouverture de la France au monde...un véritable changement patruotique!

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Guillaume Klossa

Guillaume Klossa est fondateur du think tank EuropaNova et a été son président de 2003 à 2015. Ancien conseiller spécial du ministre en charge de la présidence française de l'UE et ancien conseiller du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe (Conseil européen), il anime un blog consacré à l'Europe. Il est aussi l'auteur de Europe, la dernière chance ? (2011) et Une jeunesse européenne (2014). @GuillaumeKlossa

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