Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 20 Août 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Comment petits voyous et mafia gangrènent la société corse

Paradoxaux, paresseux, hostiles... Si vous comptez partir en vacances en Corse, petit conseil : informez-vous d'abord sur ce peuple pas comme les autres. Extrait de "Ils sont fous ces corses" (2/2).

Bonnes feuilles

Publié le
Comment petits voyous et mafia gangrènent la société corse

"Être truand, en Corse, ne surprend personne : il y a des voyous comme il y a des boulangers et des médecins, des retraités, des paysans." Crédit Reuters

Pour peu qu’ils aient suivi la série Mafiosa, les téléspectateurs sont parfaitement informés sur la vie quotidienne d’une famille impliquée dans le milieu. Ce qu’ils n’ont peut-être pas mesuré, c’est à quel point les voyous sont présents dans la société. Être truand, en Corse, ne surprend personne : il y a des voyous comme il y a des boulangers et des médecins, des retraités, des paysans. C’est un état « normal ». Le truand ne choque moralement personne. Tout le monde, dans son entourage, en connaît – de près ou de loin –, en fréquente plus ou moins.

Le curieux – le « fou » ? – est que les truands sont même entourés de considération. Laquelle ne procède pas seule- ment de la crainte qu’ils peuvent inspirer ou de la révérence motivée par leur puissance et les services qu’ils pourraient rendre… Non.

Ils jouissent d’une véritable considération, comme en méritent les grands hommes, les savants, les sages ou, par exemple, les chefs d’entreprise créateurs d’emplois : les voyous sont révérés. Pourquoi sont-ils si nombreux en Corse ? Comment ont-ils su s’acquérir ce statut, finalement enviable, sur le plan de la considération sociale – même s’il ne l’est pas au regard des années de prison qui, de loin en loin, finissent malgré tout par être distribuées, ou au regard de la fin tragique de la plupart d’entre eux –, pourquoi les voyous sont-ils tenus pour des gens fréquentables, et même comme des gens bien, comme des modèles ? – C’est un des grands mystères de la Corse, et qui n’est pas près de se désépaissir… Mais si l’on oublie qu’ils ont du sang sur les mains, ou qu’ils sont d’efficaces artisans de la toxicomanie qui détruit la jeunesse, il faut admettre que certains sont des garçons cordiaux, amusants, charmeurs, bien élevés…

Pas désagréables, dans le fond. Pas pires que certains financiers totalement déshumanisés qui, en toute impunité et en toute respectabilité, trafiquent le libor et commettent des délits d’initiés, pas pires que des gestionnaires impitoyables et cupides des fonds de pension qui déterminent le quotidien de la moitié des salariés de la terre… Oui, beaucoup de ces voyous, les plus gros d’entre eux, qui ne sont pas bêtes, sont séduisants. – Je vous trouve bien bienveillant avec la pègre. – Que faire ? Les exterminer ? Une fois que l’on a dit que leurs activités sont répugnantes, qu’ils n’ont, sur aucun plan, pas le moindre intérêt. Qu’ils pourrissent le pays, ses paysages et ses habitants. Une fois que l’on a dit que ce sont des brutes épaisses, des assassins, que voulez-vous faire ? Leur déclarer la guerre ? C’est le rôle des pouvoirs publics qui semblent, malheureusement, avoir d’autres chats à fouetter… – Vous vous rappelez ce que Vaclav Havel déclarait à ses concitoyens : « Nous sommes malades moralement parce que nous sommes habitués à dire blanc et à penser noir. »

Une mafia

Longtemps, pour désigner les voyous corses, on a parlé de « milieu », et réservé le mot « mafia » à ce qu’elle était à l’origine, une société criminelle basée en Sicile. Le mot mafia est désormais employé – improprement, assurent les puristes – pour désigner les criminels corses. Le mot fait référence aux activités criminelles, mais sur- tout à la présence admise, universelle, discrète, acceptée, des voyous au milieu de la société, à la bienveillance dont ils sont l’objet. Dès que « mafia » est prononcée, il se trouve toujours de bonnes âmes, en Corse, pour expliquer que le phénomène voyoucratique corse n’a rien à voir avec le sicilien, par exemple. Que le crime, ici, est beaucoup moins organisé que là-bas, plus brouillon. Qu’il n’y a, en Corse, qu’une juxtaposition de bandes, qui ne tiennent que par la personnalité de leur chef ; sitôt celui-ci disparu, le groupe s’égaille, se livre à des guerres de succession, des rivaux veulent s’emparer de ses dépouilles, etc. Et rien, aucune structure supérieure, n’est prévu pour apaiser tout ce petit monde et le mettre au pas. Certes. Mais enfin, guerres de succession, rivalités, règlements de compte sévissent aussi en Sicile, dans les yakusas ou dans la mafia turque. Et la corruption de certains tenants du pouvoir aussi. Non, ce qui signe une mafia – même si le mot peut être discuté –, c’est la préparation des esprits : les Corses admettent le phénomène. Il ne les révolte pas. Les voyous font partie du fonctionnement habituel de la société… Plusieurs, du reste, sont élus le plus démocratiquement du monde – personnellement ou par épouse, fils, fille, beau-frère ou cousin interposés – à la tête de municipalités, voire au conseil général ou à l’assemblée territoriale. Beaucoup, qui se cachent à peine de leurs activités délictueuses, occupent des situations parfaitement officielles… On peut toujours se consoler en se souvenant qu’il en est ainsi dans le monde entier, y compris chez les plus prompts, sur tous les plans, à distribuer des leçons de morale ; mais le phénomène, en Corse, est particulièrement développé.

La prolifération des voyous

D’où cela vient-il ? C’est une vieille affaire. Si vieille qu’elle n’en a plus aucun intérêt. À quoi sert de rappeler qu’on est en Méditerranée, où on s’est toujours défié de l’autorité, de l’État, où on est traditionnellement pauvre ? À quoi sert, aujourd’hui, d’évoquer encore les légendaires bandits d’honneur, qui prenaient le maquis pour avoir fait une bêtise, et y restaient, soustraits à la loi, avec l’aide de leurs parents ? À leur suite, il y eut de très ordinaires truands qui, comme leurs théoriques prédécesseurs, ont continué à bénéficier de la protection de familles nombreuses ou d’élus politiques, perpétuellement candidats à leur réélection, à qui, en retour, les bandits rendaient des services… Mauvaise administration et justice débile ont fait le reste : depuis deux cents ans, il y a des bandits. Après la guerre de 1914, ils sont allés faire leurs affaires sur le continent. Ils y ont prospéré quelques décennies. À la fin du XXe siècle, ils ont commencé à se replier en Corse, du moins à avoir besoin d’y consolider leurs bases… Sur l’île, ils ont été les grands bénéficiaires de l’assassinat du préfet Érignac. – Racontez… En tuant le représentant du gouvernement en Corse, les nationalistes sont allés trop loin. Ils ont provoqué une réac- tion des pouvoirs publics qui, depuis quinze ans, en traquent sans faiblesse excès et dérives – lesquels n’ont pas manqué, et mis beaucoup de « natios » en contact avec la pègre. Passons. Du coup, l’énergie de la police est employée dans la lutte contre les nationalistes, ce qui donne le champ libre aux voyous « purs ». Des historiens, dans très long- temps, découvriront peut-être qui a livré Yvan Colonna à la police, et ce qui a été obtenu en contrepartie de ce précieux renseignement… – Les voyous ne font bien leurs affaires que lorsque l’État fait mal les siennes… C’est une loi. Aussi impitoyable que la loi du milieu. – Ils sont fous, ces… – Oui, ils sont fous, ces gouvernements, de jouer avec le feu…

La mégalomanie est un art.

– Et l’absence de volonté de passer à l’acte une source de « folie » ?

Extrait de "Ils sont fous ces corses", Robert Colonna d’Istria, (Editions du moment), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par passparla - 29/07/2013 - 10:45 - Signaler un abus mafia russe

    Quid de la mafia russe passée sous silence après avoir gangréné la cote d azur est implantée en corse? La répression francaise en Corse est énorme et laxiste sur son propre territoire pourquoi?parce qu’elle veut "mater"le Corse et pas l'arabe? La Corse n'est pas plus mafieuse que la France:encore un cliché allez fouiller chez les petits notables,les maires,conseillers généraux et hommes politiques de province et Paris!ils n'ont rien à envier à la Corse mais se noient dans la masse avec un petit scandale à la Cahuzac de temps en temps...

  • Par Fredricci - 29/07/2013 - 11:18 - Signaler un abus pathetique, diffamant, les mot me manques.

    Quelle ignorance, quelle prétention. Je répond à l'attention des lecteurs qui pourraient croire à ces écrits. Je me targue de connaitre cette société corse comme le fond de ma poche non pas parce que je l'ai étudié; je travail, et je n' ai donc plus le temps. Non pas parce que j' y viens en vacance une foi par an; en effet j'essaie de passer mes vacances ailleurs. Non pas parce qu'un magazine m'a commander un article à sensation; je travail dans le bâtiment donc les articles je les lis! Mais je connais cette société parce que je suis insulaire. J'y ai mon travail, mes amis, ma famille,j'y aime ma femme et j'y élève mes enfants! Alors, amis lecteurs, j' ai un vrai scoop pour vous au sujet de cette société corse gangrenée. Elle l' est ! C'est vrai ! Mais plus par les impôts que par de mythiques truands. Et la, me direz vous "rien d'extraordinaire !!!" Et bien oui! Le scoop c'est ça! La société corse n'a rien d'extraordinaire! Bien au contraire,je dirais même qu'il y fait bon vivre. Alors, petits politiques, petits journalistes, ne faite pas généralité de vos petites investigations, et passez votre chemins quand il est question de donner des leçons. A bon entendeur ...

  • Par mich2pains - 29/07/2013 - 11:19 - Signaler un abus Quoi , il y aurait de la Maffia en Corse ?

    Je me demande si notre VALSEuse et son toutou préféré , TOBY-RAT le savent ? Sinon , il faut vite les en informer

  • Par passparla - 29/07/2013 - 13:13 - Signaler un abus degagez y a rien a lire

    Le Corse en a 10 fois plus que le français:tout est dit,que la France reste dans sa merde et ne l'exporte pas.

  • Par vangog - 29/07/2013 - 15:52 - Signaler un abus A bon entendeur ..., dégagez y a rien a lire...

    enfin une île qui ne perd pas ses traditions...d'Omerta! Mais j'en connais d'autres qui profitent, comme la Corse, du laxisme de la grande sœur continentale, qui alimente trafics, mafias et corruptions diverses, passées sous silence pour ne pas faire de vagues sur les jolies îles...

  • Par texarkana - 29/07/2013 - 15:53 - Signaler un abus Michel Déon

    dans "mes arches de noé" décrit cette société corse et les brigands à lupara sur le bord de la route dans les années 30. Rien n'a changé.

  • Par mich2pains - 29/07/2013 - 16:50 - Signaler un abus LA CORSE NE NOUS A-T-ELLE PAS DONNE .....

    de grands Hommes et d'illustres familles telles celle du ....GUERINI , Président PS du Conseil Général du 13 et , accessoirement , " Défavorablement connu des services de Police et de Justice " ? Au fait , quel internaute patriotique pourrait nous dire où en sont les multiples déboires judiciaires de Jean-Noël GUERINI ? Curieusement , aucun élu de G000che , aucun Média , aucun Pleynel-de-Service ne semble s'y intéresser .....

  • Par passparla - 29/07/2013 - 17:14 - Signaler un abus @ mich2pains

    Et la France ne nous a t'elle pas donné de grands hommes comme Mitterand?Giscard ?Pétain(au 2 sd tour)?etc..et le dernier en date Hollande et sa clique? Guerini est pourri comme pleins d autres pas une raison pour faire le sempiternel procès de la Corse.

  • Par vangog - 29/07/2013 - 23:15 - Signaler un abus @mich2pains Guérini en est à sa troisième ou

    quatrième(difficile à savoir) mise en examen pour son implication dans les trafics des marchés publics dans les Bouches du Rhône. Une de ses spécialités était la vente de sociétés possédant des délégations de service public, acquises grâce aux mafieux socialistes des BdR, et la création de nouvelles sociétés qui bénéficiaient ensuite des mêmes avantages, toujours grâce aux socialistes mafieux... Le jack-pot assuré, et permettant d'arroser beaucoup de monde! L'affaire doit être suffisamment grave pour provoquer une omerta médiatique chez quasiment tous les médias nationaux audiovisuels et papiers ( à l'exception de quelques articles dans le Figaro, Le Monde et les rares journaux libres...). A la TV, silence total des médias qui semblent avoir été mis sous coupe réglée par le pouvoir socialo... Si l'affaire Guérini était dévoilée au grand public et que de vrais journalistes poussent les investigations chez VEOLIA et dans la fédération PS des BdR, le pouvoir tremblerait beaucoup plus fort qu'avec l'affaire Cahuzac... Mais chut! Car les journaleux ne peuvent cracher dans la soupe! Ou alors, tous en même temps, a la fin du pouvoir socialo. Alors, que de révélations!...

  • Par Drago-2 - 30/07/2013 - 07:38 - Signaler un abus La corse et la France

    Encore une image d’Épinal sur la Corse....décidément les clichés ont la vie dure, les français se font il chier autant que cela pour avoir besoin d'émotions. C'est du racisme pur et simple...tous les musulmans ne sont pas intégristes....tous les Corses ne sont pas des voyous.. Cahuzac...et les autres compères ne sont pas en reste. Ecrivez un truc comme cela sur les juifs, ou les arabes...vous aurez la licra et le reste sur le dos....!!! De Gaule avait bien raison de dire que les français sont des veaux.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Robert Colonna d’Istria

Robert Colonna d’Istria, Corse, historien et écrivain, a publié de nombreux livres, récits de voyage ou reportages. La Corse à laquelle il a consacré une quinzaine d’ouvrages demeure un de ses sujets de prédilection.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€