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Comment Paris est redevenue un aimant à touristes

D'après le Comité régional du tourisme (CRT) Paris Île-de-France, la région a connu une fréquentation touristique record au premier semestre.

Ville lumière

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Comment Paris est redevenue un aimant à touristes

Atlantico : Les hôtels d'Île-de-France ont accueilli 16,4 millions de visiteurs au premier semestre 2017. Un record depuis 10 ans. Alors que la capitale a été violemment touchée par des attaques terroristes au cours des années passées, entraînant une chute du nombre de visiteurs, quels ont été les moteurs de ce retour en grâce du côté des touristes ? 

Pascal Perri : Vous évoquez la vague terroriste mais il faut aussi y ajouter l’image désastreuse des violences de rue au moment des mouvements sociaux contre la loi El Khomry au printemps 2016. Paris est parvenu à retrouver un niveau de fréquentation remarquable en profitant du calme des derniers mois. La destination fait toujours rêver.  C’est une ville unique, peut être même une marque ombrelle sous laquelle on trouve de la culture, de la gastronomie, du patrimoine, de la mode et un certain art de vivre. Paris restera toujours Paris, c’est inscrit dans l’imaginaire collectif des touristes et pas seulement des plus de 40 ans.

Le flux des visiteurs supplémentaires est très significatif. Il ne s’agit pas d’une petite embellie mais bel et bien d’un mouvement quantitatif significatif. La région Ile-de-France qui est associée au succès de Paris a accueilli 1,5 millions de touristes additionnels par rapport au premier semestre de l’année dernière. Les européens sont de retour grâce aux Allemands et aux Espagnols, les Américains reviennent aussi tout comme les Chinois. Ces touristes dépensent plus, c’est aussi le signe que l’offre parisienne est attractive. Il ne faut pas non plus oublier les Français qui font du tourisme dans leur propre pays. Le séjour parisien « pour profiter de Paris comme les parisiens ne savent pas toujours le faire » rencontre un vrai succès.  

Quelles ont été les actions mises en place par les professionnels du secteur ? Dans quelle mesure l'apparition d'acteurs de type Airbnb a--elle pu participer à un élargissement de l'offre, ou même à une baisse des prix ? 

Les professionnels du tourisme, les collectivités, les organisations professionnelles sont passées à une vraie politique de l’offre. Ils ont compris que le tourisme naturel ne marchait plus. Pendant longtemps, on a pensé en France que nos atouts naturels suffisaient pour attirer les touristes. Or, ce marché est devenu très concurrentiel. La concurrence s’exerce en terme de prix mais aussi de contenus. Le tourisme est une industrie. Il faut proposer des produits, des assemblages, des formules, la demande n’est pas uniforme, il en faut pour tous les prix et pour tous les goûts. Ce n’est pas un marché naturel. La politique des professionnels a été proactive. Ils ont innové, ils sont allés chercher de nouveaux clients, ils ont rassuré, le ministre des affaires étrangères a fait du tourisme une cause politique majeure. Tous ces éléments ajoutés les uns aux autres ont eu un effet. Mais on sait dans ce domaine que rien n’est jamais acquis. Il faut sans cesse séduire et convaincre. Le tourisme est un secteur expérientiel. La demande est dynamique. Il faut se battre pour que l’expérience vécue soit supérieure à l’expérience espérée. La communication digitale, les liens avec les visiteurs participent à l’attractivité de Paris. Nous avons retourné la situation, il faut encore faire mieux.  

Quels sont encore les efforts à fournir pour toujours améliorer l'attractivité de la Ville de Paris ? Quelles sont les principales critiques formulées par les touristes ? 

Les efforts à fournir portent sur la qualité du service et sur la cohérence d’ensemble. Les touristes sont des collectionneurs de souvenirs. Ils viennent pour consommer des produits et des services. Si le niveau de qualité est hétérogène, les mauvaises impressions gommeront les bonnes. Je vais citer quelques exemples : l’anglais n’est pas parfaitement parlé partout, or c’est un pré requis quand on s’adresse à une population internationale ; le niveau de service dans la restauration est aléatoire, la qualité des produits servis n’est pas garantie alors que Paris devrait être un territoire sans mauvaise surprise dans ce domaine, les transports sont sales tout comme une partie de la ville, certains quartiers sont insécures. Le projet Paris 2014 va libérer des moyens qui seront investis pour réaménager et rénover une partie de la région, pour  ajouter des capacités de transport supplémentaires. C’est l’occasion de mettre le turbo pour confirmer les bonnes tendances et enchanter ou ré-enchanter ce qui ne l’était plus à Paris. 

 
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Pascal Perri

Pascal Perri est économiste. Il dirige le cabinet PNC Economic, cabinet européen spécialisé dans les politiques de prix et les stratégies low cost. Il est l’auteur de  l’ouvrage "Les impôts pour les nuls" chez First Editions et de "Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien" chez Anne Carrière.

En 2014, Pascal Perri a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France au ministre de l’économie.

Il est membre du talk "les grandes gueules de RMC" et consultant économique de l’agence RMC sport. Il commente régulièrement l’actualité économique dans les décodeurs de l’éco sur BFM Business.

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