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Comment la libération des services à la personne pourrait conduire à la création de 200 000 emplois en France

Selon le bureau d’étude Oliver Wyman, au moins 200 000 emplois supplémentaires pourraient être très rapidement créés si les ménages ne supportaient pas le décalage de trésorerie entre la dépense et l’économie d’impôt.

Victoire pour l'emploi

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Comment la libération des services à la personne pourrait conduire à la création de 200 000 emplois en France

3 millions : plus d’un salarié sur dix travaille en France pour offrir des services aux ménages, directement ou en passant par une entreprise ou une association spécialisée, et on n’en parle pas. Et pourtant, dans son interview au Point, Emmanuel Macron note : « Enfin (quatrième fonction économique), il faut reconnaître dans le champ productif les activités d’aide et d’entraide, essentielles dans une société où les liens se distendent ». Ce chiffre est de fait très important, à comparer aux 25 millions de personnes qui travaillent dans les entreprises et ont des liens moins directs avec le consommateur final.

3 millions de salariés travaillent ainsi pour s’occuper des personnes âgées, faire le ménage, s’occuper de personnes handicapées, garder les enfants ou encore faire des cours à domicile, plus d’autres activités (on en compte 26 au total). Mais ce chiffre pourrait être fortement et rapidement augmenté au vu des besoins à satisfaire, notamment auprès d’une population vieillissante. Ainsi, selon le bureau d’étude Oliver Wyman, au moins 200 000 emplois supplémentaires pourraient être très rapidement créés si les ménages ne supportaient pas le décalage de trésorerie entre la dépense et l’économie d’impôt. Pourquoi ce supplément d’emploi est-il si rapide ?

D’abord, il y a une différence de fond entre les 3 millions d’emplois liés aux personnes et les 25 liés aux entreprises. Les premiers sont immédiatement dépendants des prix, puisqu’ils sont payés sur le revenucourant des ménages, les autres sont dépendants du profit général de l’entreprise, avec toujours un décalage plus ou moins important. Ce décalage entre profit et emploi est fonction des résultats actuels et surtout futurs de l’entreprise, donc du moral et de la conjoncture. Il dépend des anticipations de croissance et de rentabilité que forment les dirigeants, en liaison avec leur entreprise et la situation générale. Ilprend en général plusieurs trimestres entre amélioration et embauches, en recourant aux heures supplémentaires, à la sous-traitance, aux importations et aux intérimaires, avant d’être sûr de l’amélioration.A l’inverse, le décalage est quasiment nul pour les services à la personne : la baisse des prix, en liaison avec la fiscalité,a augmenté immédiatement la demande. Et symétriquement sur quatre ans en France, la hausse de 20% du coût horaire dans le secteur a ainsi malheureusement impliqué une baisse de 15% de l’activité déclarée.

« Déclarée » est ici le qualificatif essentiel, car l’emploi n’a évidemment pas disparu : il est passé dans le noir ou le gris, avec la sous déclaration partielle. Cette dernière permet de bénéficier un peu à la retraite (de l’employé) et surtout de l’assurance (pour les deux). Dans les deux cas, la hausse de la fiscalité est ainsi très négative, faisant disparaître la base fiscale et affaiblissant les entreprises qui ne peuvent offrir plus d’heures, mais aussi de formation (avec des gains de qualité à la clef) et de carrière. C’est bien pourquoi les services à la personne sont relativement peu développés en France par rapport aux pays d’Europe du Nord notamment, parce qu’ils sont largement sous déclarés. Leur efficacité et leur qualité en pâtit d’autant, avec l’emploi que ces entreprises peuvent générer.On compte au total environ 1% du PIB pour la France, comme en Allemagne, contre 2% au Royaume-Uni et près de 3% aux Pays-Bas. Le crédit  d’impôt des Services à la personne a permis le développement d’un secteur, et a rapporté bien plus que la déduction fiscale de départ. Symétriquement, les réductions des déductions, autrement dit les hausses du prix net des heures, ont immédiatement fait baisser l’emploi officiel et les ressources fiscales, faisant apparaitre une perte nette ! C’est bien la baisse de l’impôt qui augmente l’impôt, et dans l’année ! Les preuves sont aveuglantes.

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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