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Comment Jean Claude Juncker vient de mettre du plomb dans l’aile du projet européen d’Emmanuel Macron

Une Europe des unions. Jean-Claude Juncker et Emmanuel Macron ne semblent visiblement pas partager les mêmes idées concernant le "projet européen". Et cela commence à se voir.

Chacun son Union

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 Comment Jean Claude Juncker vient de mettre du plomb dans l’aile du projet européen d’Emmanuel Macron

Atlantico : Jean Claude Juncker, Président de la Commission européenne tenait, ce mercredi 13 septembre, son discours de l'Etat de l'Union. Au cours des diverses annonces faites, il est apparu que l'ex Premier ministre luxembourgeois proposait un projet alternatif à l'Union européenne, en apparente contradiction avec le projet porté par Emmanuel Macron. Quelles sont les principales différences entre les deux projets, de quelle philosophie découle chacune de ces deux visions ?

Christophe Bouillaud : Il faut d’abord préciser que les deux projets – celui d’Emmanuel Macron et celui de Jean-Claude Juncker – ne sont pas si différents que cela dans leur philosophie générale : tous deux sont des fédéralistes sans oser tout de même le mot de fédéralisme ; tous deux sont des héritiers affichés du compromis européen d’après-guerre entre libertés de marché et protections sociales ; et enfin tous deux prétendent défendre les intérêts européens dans le monde (« l’Europe qui protège »).

Il n’y a donc pas d’opposition sur la finalité générale de l’action à entreprendre. La différence réside seulement dans le périmètre d’approfondissement de l’intégration européenne. Tout le discours d’Emmanuel Macron, tenu depuis sa campagne électorale, part du périmètre actuel de la zone Euro. C’est la zone Euro qu’il faut intégrer plus à travers un budget, un exécutif et un parlement ad hoc. Le discours de Jean-Claude Juncker part du périmètre des bientôt 27 Etats membres de l’Union européenne. Cela s’explique pour deux motifs distincts. 

Un premier, tout simplement institutionnel et bureaucratique, la Commission européenne qu’il préside, n’a aucune envie d’être marginalisée par la création d’une autre instance exécutive disposant d’un budget propre. Au contraire, il propose de concentrer encore plus de pouvoir dans la Commission en tant que dirigeant collectif de l’Union. En effet, il souhaiterait que le futur « Ministre de l’économie de la zone Euro » soit aussi Commissaire européen,  vice-Président de la Commission et président de l’ « Eurogroupe ». Ce personnage aurait donc à peu près le même statut que celui qu’a reçu Federica Mogherini pour la politique étrangère, à mi-chemin entre le côté communautaire et le côté intergouvernemental de l’Union européenne. De même, il propose l’idée de fusionner le poste de Président de la Commission européenne – le sien -  et de Président du Conseil européen – qu’occupe actuellement Donald Tusk. 

Un second, de nature géopolitique, réside dans l’inquiétude affichée de Jean-Claude Juncker d’un décrochage entre l’est et l’ouest du continent. En effet, il n’y a aucun grand pays est-européen dans la zone Euro. Un gouvernement économique de la seule zone Euro, comme le proposent les Français, reviendrait à marginaliser encore plus la Pologne, la Roumanie, la Hongrie, la République tchèque dans les grandes décisions économiques concernant pourtant en pratique l’Europe dans son ensemble. Cette proposition de Jean-Claude Juncker s’inscrit par ailleurs à un moment où les tensions montent entre le gouvernement polonais  et la Commission européenne sur le respect de l’Etat de droit en Pologne ou des décisions de justice européenne. Juncker veut donc clairement signifier par tout son discours que l’ex Europe soviétisée fait partie pleine et entière du projet européen, au moment même où la Commission s’apprête par ailleurs à être désagréable avec des dirigeants nationalistes de ces pays. C’est là une façon de bien cerner l’adversaire : pas l’Europe de l’est en général, mais seulement quelques trublions à ramener à la norme commune. Le projet français risque au contraire d’envenimer les choses et de leur donner un tour anti-oriental malvenu. 

 
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  • Par vangog - 14/09/2017 - 10:05 - Signaler un abus Le projet fédéraliste mondialiste de Macron est mort!

    Car Macron a lu le fédéralisme européiste dans les vieux écrits des gourous Habermas et Kalergi, lorsqu'il était en manipulation à l'ENA...Juncker, lui, a les mains dans le cambouis européiste et pas la tête dans les nuages roses de la grosse manipulation mondialiste enarchique... Et il a compris, depuis longtemps, que les états européens etaient trop divergents budgetairement, économiquement et socialement (et cette divergence s'accentue, contrairement aux souhaits des gourous...) pour rêver d'une fédération! Les Suisses, les Americains ont réalisé des fédérations intelligentes, adossées à la notion de Nation et même, de Défense patriotique et de patriotisme économique. Les gourous europeistes ont voulu régresser sur la notion d'identité nationale avant de construire quoi que ce soit...bien mal leur en a pris, car ils ne peuvent plus que diverger sur l'européisme malsain, aujourd'hui...

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