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Comment l’industrie française s’est enfermée dans une recherche de compétitivité-prix quand la solution aurait été plutôt du côté de la compétitivité-qualité

Le débat politique français s'est centré autour de la notion de compétitivité-prix, laissant de facto des aspects importants de l'équation de côté. Si le coût du travail en France est globalement plus élevé qu'en Allemagne, la France pourrait souffrir moins des variations de prix en montant d'une gamme la qualité des biens qu'elle commercialise.

Mauvaise stratégie

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Comment l’industrie française s’est enfermée dans une recherche de compétitivité-prix quand la solution aurait été plutôt du côté de la compétitivité-qualité

L’industrie française s’est enfermée dans une recherche de compétitivité-prix. Crédit POOL New / Reuters

​Atlantico : Le débat politique français semble enfermé dans une stratégie de baisse du coût du travail afin de rendre les exportations du pays "compétitives". Or, les coûts ne sont pas l'unique facteur mis en cause dans ce processus. En quoi le niveau de gamme des biens produits par les entreprises françaises peut-il également être décisif ? Dans quelle proportion ?

Gilles Saint-Paul : Tout d'abord il faut recadrer la question. La raison pour laquelle le débat se focalise sur le coût du travail en France est que celui-ci ne cesse de s'envoler sous l'effet des trente-cinq heures et de la hausse continue des charges sociales. Ainsi, en 2004 le coût moyen total du travail était en France de 28 euros de l'heure, soit 5 % plus élevé qu'en Allemagne. En 2014 il est de 34,6 euros de l'heure, soit 10 % plus élevé qu'en Allemagne, en dépit du fait que le chômage a augmenté en France et considérablement baissé en Allemagne.

Ceci étant dit, bien qu'il existe des secteurs de pointe où la France est très bien classée,  il est certain que nos exportateurs sont en moyenne spécialisés dans des biens de milieu de gamme pour lesquels le prix joue un rôle important dans les décisions d'achat, ce qui implique que la demande pour nos exportations est assez sensible aux variations de prix, d'où l'importance de contenir nos coûts salariaux. Une montée en gamme permettrait aux exportations françaises d'être plus résilientes aux aléas de la conjoncture internationale, qu'elle pourrait mieux amortir en jouant sur leurs prix. 

A l'inverse de la France, et malgré des coûts salariaux plus ou moi​ns similaires, l'Allemagne est parvenue à s'extirper en partie de ces contraintes. Quels ont été les facteurs ayant permis cette transition allemande vers un niveau de gamme élevé ?

Cela ne s'est pas fait sans douleur.  D'une part, il y a eu une relative modération salariale, notamment à la suite des réformes Hartz, ce qui explique en partie pourquoi au cours des dix dernières années les Allemands ont en fait amélioré leur compétitivité par rapport à nous. Plutôt que de s'extirper de ces contraintes, ils les ont prises en compte dans leurs politiques, contrairement à la France qui ne s'est pas montrée réaliste. D'autre part, les Allemands ont délocalisé massivement les segments économiques à faible valeur ajoutée, notamment vers les pays de l'Est. Seules les portions de la chaîne de valeur "haut de gamme" sont restées en Allemagne. Cela a créé des flux commerciaux importants entre l'Allemagne et ses partenaires de l'Est. Ainsi, en 1996, l'Allemagne et la France exportaient environ 24 % de leur PIB. Mais en 2013, la France exportait 27 % de son PIB et l'Allemagne plus de 50 % !! A cette explosion des exportations correspond une explosion des importations, qui représentent 44 % du PIB allemand en 2013, contre 29 % du PIB français. C'est l'économie de bazar décrite par Hans-Werner Sinn: les biens intermédiaires à faible valeur ajoutée sont importés, les tâches à forte valeur ajoutée sont effectuées en Allemagne, et le bien est réexporté. Ces évolutions ont permis à l'Allemagne de se concentrer sur le haut de gamme, ce qui réduit effectivement la sensibilité de ses exportations aux coûts. Mais ces délocalisations n'ont pas profité aux travailleurs les moins qualifiés, et c'est précisément parce qu'ils coûtaient cher qu'elles ont eu lieu. 

 
Commentaires

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  • Par zouk - 03/11/2015 - 09:17 - Signaler un abus Compétitivité

    Encore les oeillères de notre politique économique: les usines qui fument, la réduction des coûts des produits que tous les pays sont capables de fabriquer, le refus d'innovation politique autant que technique....nous constatons de tristes résultats.

  • Par Ex abrupto - 03/11/2015 - 12:14 - Signaler un abus Comme beaucoup...

    ...font la confusion entre prix élevés et qualité, contentons nous des prix élevés: ça restaurera les marges de nos entreprises! :-)

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Gilles Saint-Paul

Gilles Saint- Paul est un économiste spécialiste du marché du travail.

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