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Comment la gauche social-libérale est devenue l'idiote utile des excès de la mondialisation

Alors que les questions actuelles qui occupent la gauche sont principalement axées autour de la stratégie politique et des accords électoraux, au cours des mois à venir, celle ci ne pourra faire l'impasse sur son avenir idéologique.

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Comment la gauche social-libérale est devenue l'idiote utile des excès de la mondialisation

Comment expliquer le processus de balkanistation actuelle de la gauche, sur la base de divisions plus ou moins légitimes sur le plan des idées, peut-on parler d'une forme d'immaturité politique à ce sujet ? Alors que la gauche est en voie d'explosion, comment celle ci pourrait elle se réinventer sur le terrain idéologique ?  Quelles sont les questions que la gauche doit se poser pour parvenir à reconnecter aux problématiques actuelles ?

Sylvain Boulouque : L'explosion de la gauche n'est que la résultante de cultures politiques des gauches dans la mesure où nous avons deux voire trois gauches qui existent. La première est la gauche "gouvernementale", qui s'adapte aux transformations du monde actuel quitte à abandonner une partie de son corpus idéologique. La deuxième gauche, que l'on pourrait qualifier de "social-démocrate", est prête à gouverner mais pas à perdre une partie de son âme. C'est celle des frondeurs, incarnée par Benoît Hamon, qui ne veulent pas renier les principes qui les ont fait élire.

Enfin, la troisième gauche est la gauche plus radicale. Elle peut être rejoint par la gauche social-démocrate, mais cherche à transformer le système de fond en comble. Ce qu'il s'est passé, c'est qu'une partie de la gauche sociale-démocrate a voté pour la gauche radicale pour exprimer son mécontentement de la gauche gouvernementale. Le paradoxe, c'est que le candidat social-démocrate qui se présentait était en rupture avec la gauche gouvernementale. 

Alors qu'une frange de la gauche s'était récemment convertie à une forme de libéralisme, ce courant "social libéral" semble se comporter aujourd’hui avec la ferveur du converti, alors que le l'économie mondiale, elle aussi, pu évoluer au cours de ces dernières années. N'y a t il pas un temps de retard idéologique sur cette question ? Quels sont les moyens, pour cette gauche, de se réinsérer dans un monde actuel, qui semble mettre à mal les théories développées au cours des ces dernières années ?
 

Sylvain Boulouque : En France, certainement. Dans la mesure où les principaux responsables socialistes n'ont pas pensé suffisamment tôt la mondialisation. Maintenant qu'ils le font, le problème est qu'ils n'ont pas pensé à la réforme du système que cette dernière entraîne, avec la contestation qui l'accompagne. Du coup, il y a effectivement un retard idéologique. Deuxièmement, il manque à la gauche ce qui pourtant était sa raison d'être pendant très longtemps : l'internationalisme. Il y a eu très peu de discussion sur l'international sur les dirigeants de la gauche social-démocrate (voire social-libérale) ces dernières années, alors que c'est ce moment-là qu'on aurait dû penser ensemble, à travers le monde, aux modes de régulation de l'économie. Il y a donc un manque idéologique – par paresse intellectuelle ou défaut de réflexion – qui fait que la gauche a un retard sur l'analyse du monde. Le problème est qu'elle ne propose pas de solutions alternatives. Jusqu'ici, les modèles idéologiques qui ont fait vivre la gauche étaient de dimension utopique. Mais ceux-ci aillant disparus, la gauche ne propose plus que de la gestion quotidienne en se contentant de mettre du "mercurochrome sur les bobos trop importants de la mondialisation". 

Aux Etats Unis, Bernie Sanders prône une "démocratie socialiste", alors que le linguiste Noam Chomsky qualifiait le candidat démocrate comme étant plutôt un "New dealer" en référence aux politiques de F.D.Roosevelt. Quel pourrait être l'avenir idéologique de cette gauche de la gauche française ?

Sylvain Boulouque : cela renvoie au débat entre plusieurs figures de la gauche américaine, Noam Chomsky incarnant une forme traditionnelle et Bernie Sanders se revendiquant plus d'un modèle Rooseveltien de relance de l'économie par de grands travaux. On est dans un processus classique de social-démocratie, voire "à l'ancienne". Ce débat, on le retrouve en France entre deux partis de la gauche, avec d'un côté une branche plus traditionnelle dans son discours, analogue à Chomsky en disant qu'il faut tout transformer de fond en comble, et accusant les grands sociaux-démocrates d'être uniquement des "gestionnaires de capital". Du coup, on se retrouve toujours avec le même cas de figure qu'au début : on a deux, voire trois gauches. Une contestatrice, une social-démocrate et une gauche gestionnaire qui va non plus tenter de transformer la société, mais au contraire s'y adapter. On est dans processus inverse : la gauche ne réforme plus la mondialisation ; c'est la mondialisation qui réforme la gauche. 

 
 
Commentaires

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  • Par horus35 - 28/04/2017 - 07:43 - Signaler un abus Oubli ! Volontaire?

    Et que faites vous de l'extrême- gauche , extrêmement violente, fachiste, celle qui cachée derrière des masques, lache car ne sachant qu'agir en groupe ne reconnait en rien les valeurs de notre pays ! Composée de casseurs professionnels, elle est la protégée des autres "gauches" qui voit en elle la reponse face au "diabolique" FN ! Le probleme est que cette extrême-gauche est une entité que je n'hésite pas pas à comparer aux nazis , aux chemises brunes qui brûlaient les boutiques des juifs ! La complicité, au mieux le laissé faire du gouvernement et le silence assourdissant des autres composantes de cette gauche moralisatrice ( quelle ironie) rendent caduc toute leçon voulant être donnée aux patriotes de droite par ces militants hors la loi ! La gauche est responsable, ne l'oublions pas, de dizaines de millions de morts dans le monde entier !

  • Par bern4243 - 28/04/2017 - 08:49 - Signaler un abus qui fait donc la loi dans notre pays

    l'europe donne raison aux anti européens Europe. La justice européenne ne permet plus aux autorités françaises de suspendre les certificats de détachement s'ils constatent des abus.

  • Par Deneziere - 28/04/2017 - 10:34 - Signaler un abus Disparition de l'utopie

    La gauche est une utopie auto-proclamée. Le pouvoir est un destructeur d'utopie. Dans ce contexte, plus la gauche s'approche du pouvoir, plus son utopie se délite, au point de périr complètement. Ce sont les années de pouvoir, c'est à dire Mauroy, Jospin et Hollande/Ayrault qui ont tué la gauche, et aussi les mesure "socialistoïdes" prises par la droite quant elle était au pouvoir (ex : abord du chômage par le seul biais du traitement social). Les seuls à bien se porter électoralement sont ceux qui se tiennent éloignés des problèmes concrets de gouvernement, en récitant leur bréviaire en boucle, c'est à dire les bolchos et autres trotskistes, Méchancon inclus.

  • Par lémire - 28/04/2017 - 11:30 - Signaler un abus Pourront-ils réfléchir par eux-mêmes avant de disparaître ?

    Depuis le congrès de Tours et la prise de position de Léon Blum à l'époque, la gauche social-démocrate française (au sens où l'auteur l'entend) est incapable de penser par elle-même. Elle s'est toujours positionnée par rapport à des analyses proposées par l'extrême gauche (importées au PS par Rocard) ou le centre démocrate-chrétien (importées par Delors). Avant 81, "social-démocrate" était une injure, et "droitier" un moyen de disqualifier un adversaire. Le logiciel des militants est resté le même jusqu'à présent : discuter des idées qualifiées "de droite" (sécurité, vie des entreprises, rôle des USA, rapport au savoir et à la culture nationale) reste stigmatisant. Pour tirer des leçons des expériences à l'étranger, les militants ont toujours préféré s'inspirer de la gauche plus ou moins communiste (PCI, castrisme, Chavez, Tsipras) plutôt que des sociaux-démocrates (Bad Godesberg et le blairisme sont des repoussoirs). Les idées n'y servent qu'à la conquête du pouvoir en interne, pas à définir ce qu'on va faire si on gagne.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 28/04/2017 - 17:36 - Signaler un abus .........quand on est capable

    .........quand on est capable de dire que la gauche sociale démocrate "n'est pas prête à perdre une partie de son âme", cela veut dire qu'on saurait définir, "l'âme de la gauche"..........Alors c'est quoi cette âme ?? Serai-ce qu'il considère que la droite n'a pas d'âme !! Je le sens bien à gauche ce contributeur, mais qu'il ne compte pas sur moi pour lui voler son âme. Par expérience personnelle je me méfie des bonnes âmes (généralement de gauche) qui en parlent beaucoup, mais comptent toujours sur les autres (généralement de droite) pour agir........

  • Par huevos_fritos - 28/04/2017 - 19:19 - Signaler un abus La gauche est simplement laxiste.

    Que ce soit en économie ou avec la justice la gauche est trop laxiste. Même si à court terme ce laxisme profitte à certains, sur le long terme c' est une catastrophe pour tous le monde

  • Par Anouman - 28/04/2017 - 22:23 - Signaler un abus Deux ou trois gauches?

    Je dirais plutôt quatre ou cinq. Comme on doit avoir trois ou quatre droite (rien que chez LR). Ces gens n'ont souvent rien à faire ensemble mais ils se rassemblent pour des raisons économiques car isolés ils ne peuvent pas acquérir leurs petits privilèges d'élus et autres nommés sans passer par l'élection. C'est aussi en cela (mais aussi par leur manque d'idées intelligentes ou à défaut pas trop idiotes) qu'ils intéressent de moins en moins de monde. Heureusement ils renaîtront via la filière Macron, l'arnaque marketing de l'année.

  • Par BOCE64 - 29/04/2017 - 04:24 - Signaler un abus lemire

    parfait !

  • Par BOCE64 - 29/04/2017 - 04:25 - Signaler un abus la gauche

    elle est incompétente !

  • Par Deudeuche - 29/04/2017 - 09:03 - Signaler un abus De Clinton à Macron en passant par Trudeau

    Elle s'accroche parfois avec succès mais de moins en moins grâce aux médias, au showbiz, à l'immigration de masse et à la deconstruction sociétale. Elle vit dans les métropoles et déteste ces bouffeurs de burgers ou de saucisson qui remettent en question sa toute puissance.

  • Par vangog - 29/04/2017 - 09:18 - Signaler un abus Il n'y a qu'une France patriote!

    et elle est rejointe par tous ces patriotes des trois gauches, des cinq droites, du faux-centre...en bref, de tous ceux qui ont participé à tous ces gouvernements qui ont pourri la France, depuis quarante ans. Une seule France, c'est mieux que ces partis ringards, incompétents, méchants, éparpillés façon puzzle...

  • Par Stephanebleue - 29/04/2017 - 14:05 - Signaler un abus Et alors, on fait quoi ???

    Il manque à cet article une partie décrivant ce que doit être une réelle politique de gauche dans un contexte de mondialisation. Doit-on/Peut-on revenir sur la libéralisation des mouvements internationaux de capitaux (c'est Mitterrand qui a fait cette ouverture pour la France sans, à mon avis, mesurer les conséquences) ? Doit-on/Peut-on nationaliser certaines banques car elles sont devenues des acteurs trop puissants, acteurs essentiels du pillage de l'état via l'évasion fiscale ? Comment obliger les multinationales et les plus riches à payer leurs impôts ? On ne pourra baisser la pression fiscale que lorsque ceux-là paieront leur dû. Comment imposer une régulation du capitalisme à l'échelle mondiale ? Avec Trump aux USA c'est un obstacle de plus...

  • Par Deudeuche - 29/04/2017 - 14:13 - Signaler un abus @Stephanebleue

    Votez Marine !

  • Par Stephanebleue - 29/04/2017 - 14:56 - Signaler un abus Non à la violence raciste et sociale

    @Deudeuche Ne m'insulte pas.

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Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il vient de publier sa nouvelle note, La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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