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Comment la droite allemande s’éloigne doucement mais sûrement d’Angela Merkel

Le SPD se réunit du 7 au 9 décembre sur fond de débats relatifs à la coalition avec Angela Merkel. Avec l'élection d'Alexander Gauland et le passage de témoin au sein de la CSU, la situation politique en Allemagne ne semble pas favoriser les plans d'Angela Merkel.

Outre-Rhin

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Quelles sont les conséquences de ces turbulences à droite de l'échiquier politique allemand pour Angela Merkel ? Faut il y voir une ligne de fracture entre la Chancelière et sa base politique ? 

Qu’il s’agisse de l’AfD, du FDP ou de la CSU, de façon certes très différente dans les trois cas, on voit la droite allemande se restructurer contre l’approche d’Angela Merkel. Cette contestation se retrouve d’une certaine façon au sein même de la CDU, mais l’absence d’alternative personnelle permet à Angela Merkel de rebondir sur l’idée d’une nouvelle grande coalition. La question cruciale est celle de l’évolution des forces politiques qui pourraient de plus en plus la contester, en particulier le FDP, dont la rupture des négociations tripartites pourrait être une sorte d’acte « refondateur ».

Le changement politique à la tête de la CSU va pour sa part exercer une pression beaucoup plus directe et immédiate sur Angela Merkel puisque la CSU sera partie prenante des négociations en vue d’une nouvelle grande coalition. On entend beaucoup en Europe depuis quelques jours l’idée selon laquelle, dans le fond, Merkel s’en sortirait bien avec une grande coalition pro-européenne avec le SPD et en ayant échappé aux blocages du FDP sur cette question. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron a fortement encouragé les deux partis à s’entendre, dans le sillage du travail de conviction effectué par le président fédéral Frank-Walter Steinmeier. La réalité de la scène politique allemande est néanmoins celle d’une pression exacerbée à droite contre la ligne qu’Angela Merkel a développé dans le cadre de la grande coalition.

La grande coalition actuelle n’avait pas produit d’avancée significative en ce qui concerne le renforcement de l’UE et de la zone euro, alors que rien ne l’en empêchait formellement si ce n’est la crainte d’une levée de bouclier de l’électorat. Cette crainte est désormais décuplée et autrement plus palpable.

Quelles sont les conséquences de cette situation pour la Chancelière ? Comment anticiper la suite des négociations sur de telles bases ? 

De nombreux sociaux-démocrates comprennent que la voie de la grande coalition est sans issue, aussi bien pour eux que pour la CDU, dans le fond. Il est intéressant de voir notamment les jeunes du parti monter une campagne formelle contre la « GroKo ». Les sociaux-démocrates n’ont rien à gagner dans cette coalition et n’ont plus de ligne politique véritablement différente de celle d’Angela Merkel à imposer. On ne peut ainsi même plus vraiment dire qu’ils tentent d’arracher des concessions politiques lorsque l’on regarde les points qui sont modestement évoqués. Ils devraient certes pouvoir obtenir des ministères de premier plan, peut-être même le ministère des Finances, mais l’intérêt en reste très limité pour eux en réalité, sur le long terme. De nombreux gouvernements européens souhaitent cette issue qui maintiendrait une forme de statu quo. Ce statu quo vient en fait déjà d’être balayé par l’évolution croisée du FDP, de la CSU et de l’AfD, chacune à sa façon. Angela Merkel, si elle parvient d’une façon ou d’une autre à se maintenir, sera parfaitement consciente de cette situation et elle ne manquera pas d’ajuster sa ligne politique en conséquence, profitant notamment du manque d’alternative au leadership dans son camp. Un mouvement profond de fracture et de restructuration est néanmoins à l’œuvre, qui rend non seulement l’Allemagne ingouvernable mais indique aussi le creusement de divergences européennes d’ores et déjà manifestes.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 07/12/2017 - 09:53 - Signaler un abus La transition identitaire de l’Europe!

    Par lâcheté et soumission à la pensée unique rétro-gauchiste, les analystes ne veulent pas accepter cette nouvelle donne européenne: un positionnement identitaire franc des Nations, sous l’effet d’un vent frais venu de l’Est, de France et, d’une certaine manière (mais la Catalogne n’est pas une Nation historique) d’Espagne et de Grande Bretagne. Partout, les Nations, qui avaient subi une tentative d’annihilation par la gauche neo-trotskyste, se recentrent sur leur identité historique. Ce recentrage obéit à des raisons objectives: l’echec du fédéralisme européiste, l’émergence d’une guerre de civilisations qui apparaît de plus en plus inéluctable, la conscience collective que l’histoire se fabrique naturellement, et que les manipulations humaines pour la diriger ne font que la pervertir. Contrairement à ce que croient les gauchistes, « on ne change pas le monde », mais « c’est le monde qui nous change »...alors, la conséquence de tout ça? Pour ne pas se disperser, façon puzzle, en régions autonomes, et blocs nordistes et sudistes antagonistes, l’UE devra se moderniser en coopération de Nations sur des fondements stables et durables: les frontières physiques, l’identité culturelle...

  • Par Olivier62 - 07/12/2017 - 12:10 - Signaler un abus La révolte des peuples contre les manipulations de l'élite

    En Allemagne comme ailleurs, les peuples sont de plus en plus exaspérés de l'arrogance, de la corruption des élites, mais aussi de leur volonté d'imposer des changements sociétaux et ethniques majeurs à leur pays respectifs. C'est notamment le cas de l'immigration de remplacement, voulue par le mondialisme, et qui a provoqué les attentats terroristes qu'on a connu en France et en Allemagne. Avec un cynisme criminel les élites veulent continuer à imposer l'immigration, quitte à faire entrer des terroristes en masse; elles condamnent sciemment à mort les futures victimes de ces terroristes. Que Mme Merkel finisse dans les poubelles de l'histoire n'est que justice !

  • Par assougoudrel - 07/12/2017 - 12:58 - Signaler un abus Prochains attentats qui ne sauront

    tarder. Nos gouvernant auront un coupable de luxe: Donald Trump.

  • Par kelenborn - 07/12/2017 - 16:07 - Signaler un abus Ah

    Que cela fait du bien de lire des choses intelligentes!!! Oui c'est vrai qu'il y a un particularisme allemand! Le SPD se suicide et il le sait mais , pour paraphraser Lénine, il paie son ticket de train pour aller à l'abattoir!

  • Par Liberte5 - 07/12/2017 - 22:15 - Signaler un abus Les peuples se rebiffent!!!!

    Contre une élite mondialiste qui veut leur imposer de façon autoritaire un remplacement de population, un changement de civilisation et un changement d'identité. Cela fait beaucoup et ça ne passe plus. Pour le moment le politiquement correct garde encore la main , mais cela devient difficile.

  • Par Gré - 08/12/2017 - 19:26 - Signaler un abus Il n'y a pas d'alternative

    Il n'y a pas d'alternative personnelle à Angela Merkel à la CDU : elle a coupé toutes les têtes qui dépassaient, comme l'a fait Mitterand en son temps au PS en France. Résultat : le PS s'est effondré. La CDU risque de suivre le même chemin,

  • Par Deudeuche - 09/12/2017 - 08:58 - Signaler un abus La CDU va exploser comme la SPD

    Question de temps. Quant à l’AfD elle devient societal compatible avec sa défense de l’emploi et ses thèses libérales proches de la FDP, et Alice Weidel tendance sapho est media compatible. Schulz avec ses États Unis d’Europe, fait la course avec Macron pour devancer la psycho-opportuniste Angela afin de positionner sa pauvre SPD.

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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