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Comment Donald Trump réaffirme la position des Etats Unis en Syrie en soutenant les combattants Kurdes contre l’Etat Islamique

Donald Trump a autorisé l'armée américaine à équiper les forces kurdes syriennes (YPG) pour concourir à une victoire sur l'Etat islamique provoquant de fait l'ire d'Ankara.

YPG

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Comment Donald Trump réaffirme la position des Etats Unis en Syrie en soutenant les combattants Kurdes contre l’Etat Islamique

Atlantico : Donald Trump a autorisé l'armée américaine à équiper les forces kurdes syriennes (YPG)« autant qu’il sera nécessaire pour remporter une nette victoire sur l’organisation Etat islamique [EI] » en jugeant que les Kurdes associés aux brigades arabes sont "la seule force capable de prendre Rakka dans un avenir proche". Comment jugez-vous cette stratégie d'un point de vue purement militaire ?

Alain Rodier : Depuis son élection, beaucoup d’observateurs (dont je suis) s’interrogeaient sur ce qu’allait faire le nouveau président Donald Trump. Si les questions restent entières sur de nombreux sujets, il semble se dessiner une politique au Proche-Orient qui peut se résumer à deux points principaux :

  • le premier en opposition avec la ligne suivie par l’administration précédente est : le principal adversaire des États-Unis dans la zone reste l’Iran (mais c’est un sujet que je ne développerai pas dans cet ITW) 
  • le second qui est dans la continuité de la stratégie adoptée depuis 2015 en Syrie est : la seule force fiable capable de conquérir Raqqa, la « capitale » du proto-Etat Islamique est constituée par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS).
  • Pour « faire passer la pilule à Ankara » qui considère les FDS comme une émanation du PKK, Washington affirme (en mentant éhontément) que la majorité des activistes qui composent aujourd’hui les FDS sont des Arabes et des Syriaques. En effet, se sont les Unités de protection du peuple (YPG et leurs homologues féminins, les YPJ) qui restent majoritaires dans cette coalition de circonstance qui a vu le jour juste après la bataille de Kobané.
 

S’il est exact que les FDS sont les seules forces constituées qui ont les ressources humaines et surtout idéologiques capables de s’opposer aux guerriers fanatiques de Daech, je doute personnellement qu’en dehors des effets d’annonce, les combattants kurdes aient vraiment l’intention de prendre la ville de Raqqa qui est située au sud de leur zone de peuplement et donc d’intérêt prioritaire. Quant aux tribus arabes et aux Syriaques, ils sont aussi en dehors de leurs régions d’origine. Si tous ont fait preuve d’un véritable héroïsme pour défendre leur pré carré, je me pose des questions sur leur volonté réelle d’en sortir (géographiquement parlant) car ensuite il faudra gérer la situation localement.

Il convient de ne pas oublier que le seul objectif des Kurdes est d’établir un « Rojava » (Kurdistan syrien) autonome qu’ils ne revendiquent pas encore comme totalement indépendant pour des raisons de « politiquement correct ». A savoir que le mythe d’une future « Syrie fédérale » reste d’actualité dans les discours officiels, même à Moscou. La réalité est toutefois plus prosaïque : la Syrie - comme l’Irak et la Libye - est aujourd’hui scindée en plusieurs entités : la Syrie « utile » à l’Ouest tenue par le régime, le « Rojava » au Nord avec quelques enclaves arabes et syriaques, un « Sunnistan » patronné indirectement par Al-Qaida « canal historique » dans la province d’Idlib au Nord-Ouest et un autre Sunnistan actuellement dirigé par Daech à l’Est (de Raqqa à Deir ez-Zor). Cette partition me semble définitive. Que cela plaise ou non, il va donc falloir faire avec.

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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