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Comment Donald Trump est en train de gagner le défi de la guerre commerciale (curieusement, sans humilier ses partenaires)

L'accord entre les Etats-Unis et le Mexique s'apparente à une victoire politique pour Donald Trump, sans trop de dégâts économiques pour le Mexique, incite le Canada et sans doute les Européens à accélérer les négociations pour éviter le pire.

Bras de fer

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Comment Donald Trump est en train de gagner le défi de la guerre commerciale (curieusement, sans humilier ses partenaires)

 Crédit MANDEL NGAN / AFP

Atlantico : A l'occasion d'une interview donnée à Bloomberg, Donald Trump a jugé insuffisantes les propositions faites par les européens de réduire à 0 les droits de douane sur les automobiles, tout en menaçant d'une sortie des Etats-Unis de l'OMC. Après avoir conclu un accord le Mexique, et dans le contexte d'une négociation qui pourrait aboutir avec le Canada, comment évaluer les récents rapports de force entre Donald Trump et les Européens ? Comment expliquer le refus par Donald Trump des propositions européennes : peut-il réellement obtenir plus ? 

Rémi Bourgeot : Derrière les menaces tous azimuts qu’a brandies Donald Trump au cours des derniers mois, l’administration américaine joue en réalité un jeu assez complexe à l’échelle mondiale, vis-à-vis de ses partenaires de l’ALENA (Canada et Mexique), de l’UE, de la Chine ainsi que du Japon et de la Corée du Sud.La méthode se déploie en plusieurs temps.

En premier lieu, ont été mises en place les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium, assez généralisées, et qui ne sont pas d’une grande efficacité en termes de protection. En réalité, au-delà même du message à l’attention de l’électorat populaire américain, elles consistaient surtout à envoyer un message de détermination aux partenaires commerciaux des Etats-Unis dans le conflit commercial qui s’annonçait. Les taxes sur l’acier n’étaient toutefois pas à même d’enclencher une négociation commerciale poussée, que ce soit à l’échelle de l’ALENA ou avec l’UE.

La deuxième phase repose sur la menace, bien plus redoutable, de mesures douanières substantielles dans l’industrie automobile. Sur la base de ce qui a déjà été mis en place dans l’acier, on constate que les menaces sur les industries automobiles des divers pays partenaires sont prises très au sérieux, que ce soit au Mexique, au Canada, en Europe ou au Japon. On a vu le Mexique s’engager dans une renégociation commerciale poussée, en acceptant des quotas et une révision des règles encadrant la provenance des composants des produits pouvant bénéficier d’une exemption de taxes douanières. L’enjeu de l’Alena est, de toute évidence, également majeur pour le Canada, dont les Etats-Unis sont de loin la première destination d’exportation.Il apparaissait clairement que les menaces douanières des Etats-Unis vis-à-vis des ses deux voisins visaient à une reconfiguration de l’accord de libre-échange, en maintenant cet accord in fine à condition que les trois pays se mettent d’accord sur un certain nombre de conditions.

On voit en fait une stratégie à peu près comparable vis-à-vis de l’Europe. La Commission européenne insiste sur le fait qu’il ne s’agit en aucun cas de négocier sous la menace un accord commercial alternatif au défunt TTIP. On voit néanmoins une négociation large s’enclencher, sur la base des menaces qui pèsent sur le secteur automobile européen, et allemand en particulier. L’administration américaine était parvenue à un embryon d’accord avec la Commission lors du voyage de Jean-Claude Juncker en juillet à Washington, visant à supprimer les taxes douanières sur les produits industriels en dehors du secteur automobile. Derrière l’objectif de la suppression des droits de douane, on constate une négociation par secteurs. La partie américaine cherche surtout, pour rééquilibrer dans une certaine mesures les échanges, à développer les débouchés des entreprises américaines en Europe. Pour des raisons électorales notamment, Donald Trump insiste constamment sur l’accroissement par l’Europe mais aussi par la Chine des importations de soja américain. De la même façon, les négociations comportent systématiquement un volet sur les exportations de LNG américain.

La proposition européenne consistant à supprimer les droits de douane dans l’automobile sur une base réciproque présente un certain intérêt pour les Etats-Unis, puisque les droits de douane européen sur les automobiles sont plus élevés que leur équivalent américain (bien que les USA taxent plus fortement les camions). Mais Donald Trump cherche avant tout à obtenir une renégociation plus générale qui amènent à un rééquilibrage partiel des échanges. Comme le montre son insistance sur les exportations de soja, il n’est sans doute pas guidé par une grande vision technologique. A ce stade, la méthode offre néanmoins une certaine lisibilité. Alors que le Mexique et le Canada (plus progressivement) en sont amenés à accepter une révision de l’Alena, l’UE s’efforce de présenter les négociations comme ne visant qu’à éviter une surenchère douanière. La partie américaine tente néanmoins de mettre au centre de son jeu vis-à-vis de l’Europe ce qui s’apparenterait également à une reconfiguration des échanges.

Selon un éditorial de Mohammed El-Erian, paru dans les colonnes de Bloomberg, l'accord signé avec le Mexique mettrait les Etats-Unis en position de force concernant les prochaines négociations qui s'annoncent. Quelles seraient les conséquences pour l'Europe d'une défaite politique, et économique dans le cadre de la guerre commerciale ? 

L’éditorial de Mohamed El Erian, célèbre économiste et financier, est un signe marquant, parmi de nombreux autres récemment, de l’évolution du débat sur la question commerciale aux Etats-Unis. L’amorce du débat par Trump sous la forme de menaces à tout va centrées sans grande cohérence sur la métallurgie semblait indiquer une approche chaotique sans véritable objectif si ce n’est électoral. Si la finalité de la stratégie en termes de promotions de certains secteurs interroge encore, il s’avère que l’on a affaire à une stratégie en plusieurs temps visant à une reconfiguration généralisée des échanges des Etats-Unis avec ses principaux partenaires commerciaux.

Le cas européen présente tout de même une difficulté particulière, puisque l’UE, mais surtout la zone euro, évoluent vers un modèle généralisé d’excédents commerciaux. Au cœur de ce système, l’Allemagne présente un excédent de sa balance courante qui dépasse désormais largement les 8% du PIB. L’abaissement du taux de change de l’euro a été rendu indispensable par la crise qui a frappé l’union monétaire et fragilisé toute sa partie Sud. Ce faisant, le taux de change de l’euro est bien trop bas pour l’Allemagne, dont les excédents, par conséquent, ne cessent de croître. De plus, l’ensemble des pays de la zone se sont lancés sur la voie de la compression salariale pour compenser l’atonie de leur productivité et relancer tant bien que mal leur croissance par les exportations vers le reste du monde, et notamment vers les Etats-Unis. Le déséquilibre commercial européen est, d’une certaine façon, inhérent à l’union monétaire et à sa philosophie économique.

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 02/09/2018 - 12:22 - Signaler un abus Surprenant,

    ainsi ce clown de Trump, dixit nos politiques et médias, est en train de réussir ses paris et obtenir ce qu'il veut? Avec en prime une reprise de l'économie américaine. A croire que nos politiques sont trop intelligents pour réussir. Concernant l'UE, j'ai comme l'impression qu'on ne parle que des problèmes de l'Allemagne, bizarre, non?

  • Par thymthym711 - 02/09/2018 - 18:36 - Signaler un abus Euro ?

    "Le déséquilibre commercial européen est, d’une certaine façon, inhérent à l’union monétaire et à sa philosophie économique." Merci l'euro !

  • Par vangog - 03/09/2018 - 00:02 - Signaler un abus Le revirement des économistes été analystes par rapport à Donald

    est spectaculaire!...vaincus par le principe de réalités, ceux-ci doivent reconnaître honteusement que leurs craintes étaient injustifiées pour se USA...à l’inverse, ils n’avaient pas non plus prévu les menaces contre l’Europe et ses navets europeistes qu’une excellente stratégie économique fait peser...pour contrer Trump, il faut adopter ses armes et sa vision spatio-temporelle moderne (ce que des analystes biberonnés au lait néo-marxiste sont incapables d’entrevoir...) Donald menace sur le soja, il aurait fallu lui répondre que l.hégémonie de l.economie digitale américaine est intolérable par l’Europe, et fait peser un immense danger de soumission (l’UE a l’habitude...). Attaquée sur le Soja censé retablir l’equilibre de la balance commerciale, les dirigeants de l’UE auraient dû mettre dans la balance, le déséquilibre de l"économie digitale, et menacer de créer les génériques des entreprise américaines (comme le réalisent la Chine et la Russie)...mais ne rêvons pas! Car les europeistes sont trop habitués à la soumission pour avoir la moindre envie de se défendre...face à de telles larves, Donald a déjà gagné...

  • Par Benvoyons - 03/09/2018 - 11:31 - Signaler un abus Trump veut une Europe en Puzzle & sans l'€

    Mais pourquoi donc nos Patriotes Droites & Gauches qui braillent à l'unisson! Il a raison pas d'UE ni d'€ chacun chez maître chez lui. Pourquoi s'adonner à répéter bêtement ça car béni par Trump? Mais pourquoi ces Patriotes Droites & Gauches ne demandent pas à Trump de rendre indépendant les 50 états USA (comme ils le veulent pour l'UE) & pour chacun une monnaie pour remplacer l'€ USA appelé d'$ .????:)::)

  • Par vangog - 03/09/2018 - 11:54 - Signaler un abus @Benvoyons les patriotes Droites&Gauches ne le demandent pas

    car les états américains sont , déjà, indépendants! Ils sont unis par une défense, une monnaie, une politique internationale commune, mais ils décident séparément de leur fiscalité, système scolaire, système judiciaire, police etc...l’union europeiste fait exactement l’inverse des USA : excepté la monnaie commune, qui s’avèrerait être une bonne chose si elle n’était pas aux mains des banquiers internationaux, et si la BCE avait le même objectif de plein emploi que la FED, les europeiste n’ont ni défense, ni frontière, ni politique internationale commune! A l’inverse, ils veulent « uniformiser » la façon de vivre et de penser de tous les européens, au détriment de leurs cultures et traditions propres....une totale absurdité!

  • Par Benvoyons - 03/09/2018 - 13:09 - Signaler un abus Vangog Chaque Etat de l'UE décide de leurs impôts du système

    scolaire, judiciaire, police etc... Les USA ont une Police FBI sur l'ensemble des états USA Cela n'existe pas en UE :)::)) Au lieu de raconter des conneries Les USA ont une monnaie commune le $ donc l'UE a raison d'avoir une monnaie commune €. Donc la demande des Patriotes D & G contre l'UE sont débiles. Pour être crédible & s'ils voulaient faire preuve de cohérence concernant l'efficacité de l'éclatement de l'UE serait de demander l'éclatement des USA. Bien évidemment tu connais la réponse NON les USA sont les USA & $ mais vous si vous êtes assez con pour écouter notre demande.....:)::)

  • Par vangog - 03/09/2018 - 23:59 - Signaler un abus @Benvoyons Ne vous cachez pas derrière votre vulgarité

    comme un argument! Allez! Préparez-vous vite, car vous allez rater le concert de haine des collabos contre le peuple allemand révolté par les meurtres commis par les migrants. vous y aurez toute votre place, à côté de navets mal-pensants comme Bono (bo?...)

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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