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Comment la désescalade en Corée du Nord pourrait aboutir à une reconnaissance de fait d’une nouvelle puissance nucléaire ?

L’apaisement entrevu par les dernières déclarations de Donald Trump et de Kim Jong-un semble avoir été préparé dès le départ... et sert de base pour une désescalade sur les termes imposés par Pyongyang, et non par Washington.

Kim Jong 1, Donald Trump 0 ?

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Comment la désescalade en Corée du Nord pourrait aboutir à une reconnaissance de fait d’une nouvelle puissance nucléaire ?

"Kim Jong-un de Corée du Nord a pris une décision très sage et très raisonnée". C'est ce qu'a déclaré Donald Trump suite à l'annonce de Kim Jung Un de suspendre son projet de tir de missile vers l’île de Guam (qui abrite une base aérienne stratégique pour les opérations de Washington dans la région). Est-ce que c’est le résultat de la stratégie du double gel, poussée par la Chine, mais également par la Russie ? Comment décrire cette stratégie ? 

Barthélémy Courmont : Kim Jong-un a-t-il jamais eu l’intention d’effectuer un tir de missile à proximité de Guam ? On peut en douter. Le dictateur nord-coréen est, comme son père avant lui, passé maître dans l’art de pousser la négociation en faisant usage d’une rhétorique très violente. Et ça marche, comme la crise actuelle semble le démontrer. Rappelons les faits. Cette crise n’est pas née de l’annonce de Kim, ni même d’activités inhabituelles (80 tirs de missiles depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un fin 2011, une bonne douzaine depuis le début de l’année, business as usual, pourrait-on dire).

Cette crise est partie de la volonté du président américain de régler la question nord-coréenne. Une raison juste, compte-tenu du fait que ses prédécesseurs s’y sont montrés incapables, mais qui a sans doute manqué de préparation, et ne repose pas sur une stratégie. Ajoutons à cela que le président américain a totalement changé de méthode, lui qui proposait il y a quelques mois de rencontrer Kim Jong-un et de déjeuner autour d’un hamburger.

Sans aucune surprise, et comme de coutume, le régime nord-coréen a répondu à ces menaces par une surenchère, jusqu’à élever le niveau en suggérant d’effectuer un test à proximité de Guam, base aérienne et navale américaine très importante, et accessoirement le territoire américain le plus proche de la Corée du Nord (si on exclue les petites îles Marshall). L’apaisement semble avoir été préparé dès le départ, et sert de base pour une désescalade sur les termes imposés par Pyongyang, et non par Washington. La Corée du Nord est un régime totalitaire et brutal, sans doute ce que l’on fait de pire de nos jours, mais c’est un régime rationnel et qui parvient, en faisant usage de cette stratégie du pire, à survivre.

Au-delà des menaces proférées par le Président des Etats Unis, Donald Trump a également initié cette politique de pression sur la Chine pour obtenir des résultats. La stratégie en elle- même était-elle la bonne ? 

Non, et pour plusieurs raisons. D’abord, il ne faut pas surestimer la relation entre la Chine et la Corée du Nord. Pékin est le seul pays qui maintient une activité économique avec son turbulent voisin, pour son plus grand avantage d’ailleurs (la Corée du Nord est très riche en ressources minières, indispensables à la Chine), mais les relations politico-stratégiques n’ont plus rien à voir avec le début des années 1950, quand Mao Zedong envoyait ses « volontaires » combattre aux côtés des Nord-coréens face aux troupes de l’ONU (essentiellement américaines). Ces dernières années, les relations se sont très fortement refroidies, Pékin cherchant, en vain, à rappeler à l’ordre Pyongyang à plusieurs reprises, et condamnant toutes les gesticulations des Kim. Dans ce contexte, le soutien de Pékin à la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU imposant de nouvelles sanctions à la Corée du Nord ne fut pas une surprise (elle les a toutes votées depuis 2006, et le premier essai nucléaire nord-coréen), et s’accompagna même de l’adoption de sanctions, unilatérales celles-ci, imposées directement par Pékin. Considérer que la Chine soutient la Corée du Nord est donc aussi dépassé que déplacé.

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 17/08/2017 - 11:35 - Signaler un abus Si je comprends bien,

    Trump est un dirigeant brutal et serait à mettre dans le même sac que le gros Kim. En une phrase l'auteur a tué son article. Il y a une différence entre être "couillu" et être brutal. Prenons par exemple notre "vénéré" président de la République; il n'est pas "couillu", mais brutal, mais contre celui qui est respectueux et qui a un devoir de réserve comme le Gal De Villiers, mais sera "toutou" devant l'homme au "filtre à air" sous le nez (Martinez) qui est comme tout coco ou socialiste, un gros rustique mal élevé. Quand au coréen, alors que l'américain possède depuis longtemps la Bombe à Neutrons, il n'a qu'une Bombe à Étrons. Mégatonnes contre Kilotonnes.

  • Par vangog - 17/08/2017 - 12:17 - Signaler un abus "très sage" d'un coté..."très bête" de l'autre...

    Bon! s'ils ne s'envoient que ce type de missiles codés, rien n'est grave...

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 17/08/2017 - 12:55 - Signaler un abus Rien compris notre spécialiste.....!!!!!!

    Encore un spécialiste....qui n'a pas compris que le "P'tit Kim, n'est qu'un "Gros Kom" entre les mains de Pékin qui ne l'utilise que pour obtenir des compensations en mer de Chine ......Mais il est impensable que Pékin accepte ce genre de débile armé dans sa sphère d'influence. .........Les américains font semblant d'y croire parce que ça leur permet un joli petit business basé sur la vente d'armes aux pays voisins comme la Corée du Sud et le Japon.....Mais bientôt, Pékin va sonner la fin de la récré....

  • Par assougoudrel - 17/08/2017 - 16:36 - Signaler un abus Vous avez raison Paulquiroulenamassepasmousse

    Il y a quelques années la Corée du Sud voulait acheter des avions Rafales. Après un gros chantage de Obama, elle a dû reculer et acheter des avions américains pratiquement dépassés.

  • Par J'accuse - 18/08/2017 - 12:13 - Signaler un abus Une "reconnaissance de fait" est un oxymore

    Tous les pays qui veulent la bombe peuvent l'avoir: seuls ceux qui n'en veulent pas ne l'ont pas. Le TNP, les sanctions économiques et financières, les menaces de guerre, sont sans aucun effet: ce ne sont que des jeux diplomatiques entre politiciens arrogants au détriment des peuples. Les États-Unis croient que les menaces (économiques ou militaires) sont la seule diplomatie possible, et leurs ennemis (ici la Chine) s'appuient sur cette stupidité pour servir leurs intérêts. Ça marche à tous les coups.

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima (Lemieux éditeur).

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